Les conséquences de la perte de confiance du public dans l’Internet

Internet rapproche-t-il les gens ou au contraire les isole ? rawpixel / unsplash, CC BY-SA

Les conséquences de la perte de confiance du public dans l’Internet

D’après un sondage récent mené par le Pew Research Centre, moins de gens pensent que l’Internet a été une bonne chose pour la société par rapport à la même étude menée quatre ans apravant.

Cette détérioration de la perspective sur les avantages sociaux de l’Internet contraste avec l’opinion selon laquelle ces mêmes répondants pensent qu’Internet continue à être une bonne chose pour eux à titre individuel.

Les experts sont encore plus pessimistes lorsqu’il s’agit d’Internet. Non seulement ils voient les avantages sociaux décroissants, mais 32 % des experts ont la conviction que le bien-être des gens est dégradé par le web.

Les mauvais côté du réseau

Toujours d’après le sondage Pew, les personnes pensant qu’Internet n’est pas une bonne chose pour la société ont cité notamment le fait que les gens passent trop de temps sur leurs appareils et s’isolent plutôt que de se rapprocher des autres.

La croissance des fausses nouvelles et des fausses informations est une autre préoccupation. Il est intéressant de noter que la diminution de la protection de la vie privée ne préoccupait qu’un faible nombre de personnes selon ce sondage.

L’association entre l’utilisation de l’Internet et un impact social négatif est documentée depuis longtemps. Déjà en 1998, une étude réalisée par des chercheurs de l’Université Carnegie Mellon a révélé qu’une utilisation croissante de l’Internet était associée à une augmentation de la solitude.

Une étude plus récente a révélé qu’il y avait une forte association entre le temps passé sur Facebook et les symptômes dépressifs.

Il n’est pas nécessairement vrai que les réseaux sociaux et l’Internet en général causent la solitude ou diminuent les interactions sociales. Cependant, les personnes solitaires peuvent potentiellement échapper aux interactions sociales en passant plus de temps sur le web.

Plusieurs de ces études ont cependant été faites avant l’augmentation des fausses nouvelles, des problèmes des trolls et des mauvais comportements sur les réseaux sociaux, en particulier Twitter. Il est également clair que les questions générale sur l’Internet masquent les préoccupations du public mondial sur des questions spécifiques concernant la vie en ligne et des plates-formes spécifiques.

Dans une vaste enquête menée par CIGI-Ipsos auprès d’internautes de 25 pays, plus de 30 % des personnes interrogées déclarent que les réseaux sociaux aggravaient leur vie et 63 % ont déclaré que ces entreprises ont trop de pouvoir.

Par conséquent, les gens ont déclaré qu’ils modifiaient leurs comportements en ligne, qu’ils étaient plus prudents avec les courriels, les sites Internet visités, qu’ils augmentaient les mesures de sécurité et qu’ils se livraient à moins d’activités en ligne, y compris l’échange de renseignements personnels. 12 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles effectuaient moins d’achats en ligne.

L’impact de la confiance dans l’économie

Cela a un impact majeur sur l’économie numérique puisque l’ensemble du système dépend du niveau de confiance de l’internaute envers le service.

Dans l’enquête CIGI-Ipsos, les cybercriminels et les sociétés Internet étaient les deux principales sources de préoccupation en matière de protection de la vie privée en ligne et plus de 80 % des personnes interrogées étaient préoccupées par la cybercriminalité en général.

Pour les gouvernements, il est clair que le maintien de la confiance dans l’économie numérique est une préoccupation majeure. Elle est souvent la part de l’économie d’un pays qui connaît la croissance la plus rapide.

Aux États-Unis, l’économie numérique a connu des taux de croissance en moyenne 3 fois plus importants que l’économie globale au cours des 10 dernières années et contribue maintenant à plus de 6 % du PIB total.

En France, ce chiffre n’est que de 5 % mais pour illustrer l’importance qu’il pourrait avoir, en Chine, l’économie numérique représente 30 % du PIB.

Il est clair que l’importance de l’économie numérique d’un pays n’est pas au centre des préoccupations des entreprises de l’Internet, surtout si elles sont basées à l’extérieur de ses frontières.

Ironiquement, des entreprises comme Facebook et Google peuvent avoir un impact négatif sur l’économie numérique d’un pays en érodant la confiance dans l’Internet tout en ne contribuant même pas directement à l’économie numérique de ce pays. Les profits sont réalisés aux États-Unis et les impôts ne sont pas payés dans des pays autres que les États-Unis.

C’est pourquoi la réglementation est si importante : il n’existe aucune incitation pour ces grandes entreprises étrangères à agir dans l’intérêt de l’économie numérique dans son ensemble. L’Union européenne a au moins commencé à agir dans ce domaine en créant une réglementation sur la protection de la vie privée par l’intermédiaire du RGPD et des taxes proposées sur le chiffre d’affaires des services en ligne.

La possibilité que des amendes importantes soient imposées par le RGPD a eu un certain impact sur le comportement d’entreprises comme Facebook en ce qui concerne la protection de la vie privée. La menace constante d’une augmentation des taxes a conduit un grand nombre d’entreprises de technologie à proposer divers projets et concessions au président français Macron récemment. Elles sont davantage axées sur le lobbying auprès du gouvernement et ne font pas ce qu’elles devraient faire, c’est-à-dire accroître la confiance du public.

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