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Un homme au milieu d'une route inondée à Biot en octobre 2015
Les inondations de 2015 dans le Sud-Est de la France ont fait 20 morts et au moins 500 millions d'euros de dégâts. JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET / AFP

Les solutions fondées sur la nature, idéales contre les inondations ? L'exemple des Alpes-Maritimes

Le changement climatique a considérablement amplifié les risques naturels, notamment ceux liés aux inondations. Dans le sud de la France, les impacts du changement climatique se manifestent de manière tangible à travers l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des événements météorologiques extrêmes.

C’est notamment le cas des épisodes méditerranéens. Ces phénomènes météorologiques sont caractérisés par des précipitations intenses et souvent soudaines, pouvant entraîner des crues rapides et des inondations dévastatrices. Autrefois associés à l’automne, ces épisodes méditerranéens sont devenus plus fréquents et plus intenses en raison de l’augmentation de la température des eaux méditerranéennes, ainsi que des modifications dans les schémas de circulation atmosphérique.

En 2015, le département des Alpes-Maritimes a par exemple connu des épisodes méditerranéens ravageurs qui ont causé des dommages estimés à environ 500 à 600 millions d’euros, occasionnant 20 morts. L’ancien maire de la commune de Biot a d’ailleurs été condamnée ce lundi 25 mars 2024 à un an de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Grasse pour « faute grave » suite aux décès des trois résidentes d’un Ehpad dans ces inondations. Des épisodes récurrents : l’année 2020, marquée par le passage de la tempête Alex, a causé à nouveau près de 18 morts. Plus récemment, c’est le Pas-de-Calais et le Gard qui ont été touchés par des crues dévastatrices.


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Dans un tel contexte, les autorités publiques envisagent de plus en plus de recourir à des mesures de solutions Fondées sur la Nature (SFN) pour atténuer les risques d’inondation. Contrairement aux mesures traditionnelles de génie civil, les SFN exploitent les fonctionnalités et la complexité des processus naturels pour restaurer les milieux aquatiques et fluviaux, améliorant ainsi les fonctionnements hydrauliques, géomorphologiques (c’est-à-dire, en lien avec le relief) et écologiques des écosystèmes.

Elles bénéficient aussi, comme on le verra ci-dessous, d’une image positive auprès de la population, ce qui permettrait de les financer plus facilement que les ouvrages de génie civil.


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Moins coûteuses, mais tout aussi efficaces

Nos récents travaux (respectivement publiés en 2022 et en 2021) menés sur le bassin versant de la Brague, dans les Alpes-Maritimes, nous ont permis de comparer les coûts de mise en œuvre et de maintenance des deux approches solutions. Ils montrent que les solutions de génie civil coûteraient plus cher que les SFN.

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Pour le même niveau de dommages évités, les solutions SFN sont 63 % moins coûteuses que les solutions de génie civil. Nos estimations montrent que les bénéfices en matière de protection contre les inondations sont comparables aux solutions de génie civil avec des dommages évités estimés à 500 000 euros par an, soit 30 % de dommages évités. Les travaux menés dans d’autres bassins versants en France (Lez) ou aux Pays-Bas (Rotterdam) montrent également une performance supérieure des SFN sur les ouvrages de génie civil avec le même intervalle de confiance.

Néanmoins, ces bénéfices en matière de dommages évités ne permettent pas à eux seuls de couvrir l’ensemble des coûts. Ce sont donc les cobénéfices, notamment la création d’activités récréatives et des emplois, qui représentent la plus grande part des bénéfices générés par les SFN, à hauteur de 68 millions d’euros par an. Notre analyse met en évidence que les SFN présentent alors des bénéfices supérieurs aux coûts totaux. Et donc une efficacité économique beaucoup plus élevée que celle des stratégies de génie civil à long terme.


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Des solutions plébiscitées par la population

L’étude du bassin de Brague montre aussi que les SFN sont largement plébiscitées par la population locale. Une enquête menée en octobre 2019 auprès d’un échantillon représentatif de 405 personnes a permis de sonder les préférences individuelles en matière de protection contre les risques d’inondation. Les participants devaient choisir entre des mesures à dominante génie civil ou SFN.

Chaque stratégie était déclinée en deux niveaux d’ambition (ambition moyenne ou élevée).

  • La stratégie donnant la priorité aux SFN d’ambition moyenne comprenait quelques mesures de génie civil comme des pièges à flottant (des râteliers placés dans les alluvions pour piéger les troncs d’arbres transportés par les crues) sur 140 m linéaires, ainsi que la reprise de ponts et accès sur 2 880 mètres carrés. En termes de SFN, elle comportait des mesures de restauration écologique et paysagère, comme la restauration du lit moyen de la Brague (élargissements de 15,5 hectares), la restauration de zones humides (10 ha), la restauration de la ripisylve – la végétation des rives – sur 13,2 ha et la création de pistes d’accessibilité discontinues (voies piétonnes et cyclables) sur 12 km.

  • La seconde stratégie donnant la priorité aux SFN était plus ambitieuse avec quelques mesures de génie civil toujours (pièges à flottants sur 110 m linéaires, reprise de ponts, viaduc et déviation de route sur 18 700 m2), mais également des mesures de restauration écologique et paysagère plus fortes. Cela comprenait la restauration du lit moyen de la Brague avec un élargissement sur 15,8 ha, la restauration de zones humides sur 12,7 ha, la création de pistes d’accessibilité continues sur 11,3 km et la restauration de la ripisylve sur 13,3 ha.

La ripisylve est la végétation qui borde les rives des cours d’eau. Daniel Jolivet/Flickr, CC BY
  • La stratégie de moindre ambition donnant la priorité au génie civil comprenait des pièges à flottants sur 140 m linéaires et la création pistes d’accessibilité discontinues sur 4,4 km.

  • La stratégie donnant la priorité au génie civil d’ambition élevée impliquait la construction de grands barrages de rétention (deux ouvrages de 30 m de haut et de capacité de rétention 880 000 mètres cubes sur la Brague et 560 000 m3 sur la Valmasque), des endiguements et le recalibrage (reprise des berges pour augmenter le débit d’un cours d’eau) de la Brague sur 200 m linéaires.

Une étude que nous avons publiée en 2022 montre que la majorité des répondants préféraient les solutions donnant la priorité aux SFN.

  • 44 % privilégiaient le scénario d’ambition moyenne priorisant les SFN, et 10 % ont favorisé celui qui misait sur des SFN d’ambition plus élevée.

  • 28 % ont choisi le scénario centré sur le génie civil d’ambition moyenne, et aucun n’a choisi le scénario de génie civil ambitieux.

Un autre résultat intéressant de cette enquête, c’est que 31 % des répondants ont déclaré être prêts à payer, par le biais d’une augmentation de leur facture d’eau, pour la mise en place de la stratégie qu’ils avaient choisie.

Ce consentement à payer est en moyenne plus élevé pour les SFN, s’élevant à 83 euros en moyenne (pour une amplitude de réponses entre 31 et 125 euros) pour la stratégie SFN d’ambition moyenne et à 156 euros (entre 63 et 240 euros) pour la stratégie SFN de niveau supérieur. Peu importe le niveau d’ambition, cela restait supérieur au montant que les répondants consentaient à payer (57 euros en moyenne, pour une amplitude entre 31 et 81 euros) pour la stratégie de génie civil d’ambition moyenne.

Au-delà de leur efficacité, les SFN ont donc un autre atout de taille : elles sont plus volontiers acceptées par le grand public, de même que leur financement.


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