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La mairesse de Montréal, Valérie Plante, le maire de Chicago, Brandon Johnson, et son homologue de Milwaukee, Cavalier Johnson, lors de la conférence annuelle de l'Initiative des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent, le 15 mai 2024 à Montréal. Les villes doivent s'unir pour échanger sur leurs grands enjeux. (La Presse canadienne/Ryan Remiorz)

Les villes du monde entier partagent de nombreux enjeux. Pour les résoudre, elles doivent développer leur diplomatie scientifique

Les États devraient prendre davantage conscience de la valeur des villes et des gouvernements de proximité dans le déploiement de leurs stratégies diplomatiques et scientifiques.

Ce sont bien souvent eux qui peuvent transformer les engagements en gestes concrets dans les grandes discussions mondiales. En témoignent les actions posées par la Ville de Montréal en faveur de la biodiversité, lors de la récente COP 15, ainsi que la main tendue de la mairesse Valérie Plante vers les autres villes dans le monde via l’Engagement de Montréal. Le défi : réaliser 15 actions concrètes afin de poursuivre et accélérer leurs efforts dans la préservation des écosystèmes.

Ce type de geste démontre le rôle prépondérant des gouverneurs et des maires dans l’activation du levier « du global au local et du local au global ».

Aux États-Unis, La Maison-Blanche a d’ailleurs créé le Department of State’s Subnational Diplomacy Unit afin de s’assurer que les voix des gouvernements de proximité résonnent sur la scène internationale et à ce que leur point de vue soit pris en compte dans la politique étrangère des États-Unis.

Au Québec, certains programmes facilitent les initiatives diplomatiques des villes, comme celui offert par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie. Il s’agit d’un premier appel à projets destiné aux villes et aux régions québécoises afin de les appuyer dans leur démarche d’internationalisation. Elles sont ainsi invitées à soumettre des propositions de portée internationale qui contribueront à leur rayonnement.

Si nous investissions davantage la diplomatie municipale, à notre échelle, au Québec et au Canada, à quoi cela ressemblerait ?

C’est une idée qui a émergé des échanges entre chercheurs et praticiens au congrès du Réseau international en conseil scientifique gouvernemental (INGSA) qui s’est tenu à Kigali en mai dernier. À titre de président de l’INGSA et de scientifique en chef du Québec, j’agis pour que le milieu scientifique et diplomatique soit sensible au potentiel des gouvernements de proximité comme acteurs de changement.

Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec et président de l’INGSA, lors de la plénière de clôture du congrès international de l’organisation, qui s’est tenu les 1 et 2 mai 2024 à Kigali, au Rwanda. (Scientifique en chef du Québec), Author provided (no reuse)

Pas assez grand pour la diplomatie ? Jamais !

L’idée d’une diplomatie municipale semble évidente pour de très grandes capitales comme New York ou Paris, qui sont d’ailleurs le théâtre de nombreux échanges diplomatiques : elles abritent des sièges comme ceux de l’ONU, de l’UNESCO, ou de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Les responsables des villes de taille plus modeste pensent ainsi bien souvent être dotés de trop peu de ressources pour investir ce champ d’action.

Or, sur l’échiquier diplomatique, il n’est pas tant nécessaire d’être grand, que d’être nombreux et organisés pour être entendus.

Il faut seulement envisager la diplomatie différemment. On ne peut évidemment pas envisager que le milieu municipal ouvre des ambassades ou organise des missions diplomatiques comme on le fait à l’échelle nationale. Mais je vais évoquer ici deux formats d’initiatives un peu différents.


L’expertise universitaire, l’exigence journalistique.

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Le hub en diplomatie municipale, comme il est constitué à Barcelone (SciTech DiploHub), constitue un format idéal pour que les villes de taille moyenne partagent les risques associés à ces types d’investissement. Généralement constitué d’un espace partagé de ressources soutenues par une autre échelle de gouvernement (national ou international), le hub permet aux villes de mener des projets communs, de partager des contacts à l’échelle internationale et de gagner en compétences.

SciTech DiploHub constitue un format idéal pour que les villes de taille moyenne partagent leurs risques.

Les alliances politiques internationales peuvent aussi devenir très porteuses. Par association, plusieurs villes éloignées choisissent de bâtir ensemble des solutions pour leur territoire, tout en faisant une différence à l’échelle globale.

Par exemple, les villes d’Amsterdam, Barcelone et New York ont créé The cities coalition for digital rights réunissant maintenant une soixantaine de villes afin de mieux se préparer et de mieux s’équiper pour mener leur transformation numérique.

Autre exemple, la coalition C40, dans laquelle la Ville de Montréal est très active. Elle fixe des objectifs communs en matière de lutte aux changements climatiques. Les villes participantes peuvent accéder à des fonds internationaux et participent à un dialogue mondial, toutes des dimensions qu’elles n’auraient pu atteindre seules.

Trop petit pour la science et l’innovation ? Certainement pas !

Innover, investir dans les données et le savoir, représente une dépense et une prise de risques que plusieurs villes sont réticentes à prendre, étant donné les ressources à leur disposition et la pression des mandats quotidiens qui leur incombe.

Cela peut paraitre contre-intuitif de se lancer dans des projets innovants, et encore plus avec des villes éloignées géographiquement, mais ça peut s’avérer être un choix très payant, pour les trois raisons suivantes :

Acquérir des plates-formes de données opérationnelles

Nous pouvons, par exemple, créer une plate-forme géospatiale pour recenser les infrastructures en eau et en électricité et ainsi gagner beaucoup de temps dans l’organisation des travaux publics. Les plates-formes communes de collecte de données sur les eaux usées sont aussi très utiles pour prévenir et gérer des crises sanitaires, que ce soit la consommation de drogues ou les épidémies. Les bâtir avec d’autres villes réduit les coûts de développement et d’opération, et rend aussi les jeux de données opérables entre villes. On peut ainsi se comparer plus facilement, et fournir aux autres échelles de gouvernement des informations précieuses pour soutenir les stratégies globales.

Des seringues souillées dans une rue de Montreal, le 19 septembre 2023.Les plates-formes communes de collecte de données sur les eaux usées sont très utiles pour prévenir et gérer des crises sanitaires, que ce soit la consommation de drogues ou les épidémies. (La Presse canadienne/Christinne Muschi)

Accéder à des financements plus importants

En créant de telles synergies entre des équipes innovantes de différentes villes, les gouvernements aux niveaux supérieurs (provincial, national, international) sont assurés que leurs financements sont mis à l’échelle, sans pour autant soutenir des initiatives globales ‘mur à mur’ trop détachées des réalités spécifiques.

Relever son niveau d’ambition

En étant en contact avec des pratiques radicalement différentes développées dans des contextes variables, les équipes municipales se donnent l’occasion de se comparer aux meilleurs dans le monde et ainsi de hausser leur ambition pour les citoyens qu’ils desservent. À ce titre, au Québec, les gouvernements de proximité peuvent bénéficier des conseils et de l’accompagnement du réseau des Centres collégiaux de transferts de technologies (CCTT), très bien implantés dans leur milieu tout en étant branchés sur les technologies émergentes à l’échelle mondiale. Une première conseillère scientifique en chef de ce milieu vient d’ailleurs d’être nommée à Sorel-Tracy.

Le meilleur moment pour investir ?

Hier ! Ou, au pire, maintenant…

Car c’est maintenant que les municipalités font les choix les plus stratégiques pour l’avenir. Infrastructures en eau, zones inondables, transport collectif, toutes ces décisions que les villes prennent aujourd’hui détermineront la capacité des prochaines générations à être moins affectées par les conséquences des changements climatiques dans les 50 prochaines années.

Ces décisions doivent être nécessairement soutenues par un dialogue citoyen constant, déjà très actif au niveau municipal, et par une capacité de vision prospective : à quoi ressembleront nos ruelles, notre météo, notre quotidien, dans 50 ans ? Seules les données et les analyses scientifiques, et la lecture adéquate des interconnexions mondiales dans lesquelles les villes sont impliquées leur permettront de mieux appréhender leur futur.

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