L’essor de la vidéo, indispensable outil des enseignants

En Australie, où les enfants vivent souvent loin des écoles, l'enseignement par vidéo est très répandu. Greg Wood / AFP

De récentes enquêtes conduites, en France par le CNC ou aux États-Unis par l’Université de New York, ont montré que la vidéo occupe une place centrale sur le réseau Internet. Dans l’Hexagone, près de 90 % du flux est monopolisé par ce média, dont une large part est le fait de la télévision et des services de VOD. Aux États-Unis, la plateforme YouTube et l’opérateur de VOD Netflix occupent plus de la moitié du flux à eux seuls. Dans cette masse de contenus audiovisuels, il y a une proportion non négligeable et croissante de contenus à caractère pédagogique : cours en ligne, captations de conférences ou tutoriels pédagogiques. On a vu exploser ces formes depuis l’avènement de la Khan Academy, puis des MOOCs (qui utilisent principalement la vidéo comme support pédagogique).

Née à la fin des années des années 2000, la Khan Academy est le fait d’un homme, Salman Khan, qui a eu l’idée d’une plateforme de vidéos dédiée à la pédagogie alors qu’il aidait, à distance, un membre de sa famille en difficulté à l’école. Les MOOCs, eux, sont apparus à la même période et ils entérinent cette idée d’une formation – ou d’un accompagnement à l’apprentissage – adaptée et à distance. Si le réseau Internet favorise une communication accélérée entre au moins deux individus distants et qu’il peut garder la mémoire des échanges pour qu’ils soient consultés à tout moment, ce n’est pas là que se situe la rupture. La véritable révolution est liée à l’usage d’un nouveau média dans la transmission des savoirs, la vidéo, qui remplace de plus en plus l’écrit.

La Khan Academy et les MOOCs

Si l’accès à la toile se démocratise progressivement au tournant du XXIe, une première rupture intervient dès les années 2005 avec l’amélioration des débits Internet (démocratisation de l’ADSL sur le territoire français) et la naissance du service de vidéo en ligne, YouTube, racheté par le géant Google qui en saisit rapidement l’intérêt. L’hébergeur de vidéos est une aubaine pour quiconque veut communiquer par l’image, à l’instar d’un « pédagogue » comme Salman Khan. On peut se concentrer sur le contenu et l’esthétique de sa vidéo. Une fois que celle-ci est réalisée, il ne reste plus qu’à la publier sur la plateforme qui se charge du reste : hébergement sur ses serveurs, conversion, sémantisation, publicisation, gestion des droits, etc.

Ce qui a fait le succès de la Khan Academy et, plus largement, des vidéos pédagogiques publiées sur YouTube : des contenus courts, didactiques et ludiques réalisés à l’aide d’un logiciel de dessin (tel que SmoothDraw, Moovly, Prezy, etc.) et captés en direct avec des logiciels d’enregistrement de l’activité sur l’écran (comme Camtasia). Certains pédagogues ont fait le choix de se filmer eux-mêmes avec une webcam, un smartphone ou une caméra grand public. D’autres, enfin, se sont fait capter par une personne tierce : généralement les techniciens des services audiovisuels dans les universités.

Ces derniers n’étant pas nécessairement formés et appareillés pour remplir cette nouvelle mission qu’on leur donnait, ils ont fait tout leur possible. Mais force est de constater que la plupart des premiers MOOCs posaient de nombreux problèmes techniques : pas d’alternances dans les angles de vue, problèmes d’éclairage et de son. Par ailleurs, aucune réflexion n’était conduite sur l’importance du média audiovisuelle : le placement d’une caméra et un champ offrent des points de vue spécifiques qui doivent être en accord avec le contenu du cours. Il est donc nécessaire de travailler ses alternances de plans, sa focalisation (gros plan, plan large) ou l’insertion d’éléments explicatifs, comme une carte ou un schéma.

De nouvelles formes d'enseignement

Ces problématiques liées à l’usage de la vidéo en pédagogie sont de plus en plus prises en compte. On mentionnera, à ce titre, une initiative tout à fait enthousiasmante de l’école des Gobelins : le lancement d’un MOOC sur l’usage du smartphone pour la réalisation de contenus audiovisuels. Nous-mêmes animons un séminaire depuis deux ans auprès d’étudiants/enseignants en alternance qui sont inscrits en Master MEEF pour les aider à produire des ressources audiovisuelles dans leurs classes. L’atelier consiste à scénariser puis à réaliser une ressource audiovisuelle qu’il faudra ensuite insérer dans un projet pédagogique (cours enrichi par la vidéo ? tutoriel vidéo pour engager une activité dans la classe ?).

Par ailleurs, les universités et les centres d’enseignant sont de plus en plus nombreux à s’équiper d’un matériel plus adapté et plus approprié à la pédagogie audiovisuelle, comme l’ont fait l’université Paris Descartes ou l’EPFL à Lausanne. On peut ainsi trouver, dans ces institutions, des caméras, des micros et des éclairages professionnels, des éléments de décors, des fonds verts, mais aussi de véritables petits Data Centers dédiés à la sauvegarde de ces contenus audiovisuels qui nécessitent d’importants espaces de stockage (une vidéo fait plusieurs gigaoctets contre à peine quelques kilooctets pour un document écrit).

Enfin, il faut former ou recruter des personnels qui sont capables d’encadrer et d’accompagner ces nouvelles formes de pédagogie. Ces auxiliaires d’enseignement participent à la conception et à la production de ressources numériques. Ils recensent les besoins au sein des institutions, formalisent des projets, puis s’engagent dans leur réalisation en partenariat avec les enseignants. La demande est forte et les listes d’attentes sont longues. La preuve que l’importance du média audiovisuel et l’intérêt d’une réalisation soignée sont deux choses qui ont bien été intégrées par le corps pédagogique

Une pratique de la vidéo pédagogique

L’engagement dans la voie de la pédagogie audiovisuelle est aussi une réponse à cette réalité : les étudiants disent de plus en plus approfondir leurs connaissances de cours ou réviser leurs examens à l’aide de vidéos en ligne. Ils sont également de plus en plus nombreux à consulter des vidéos discrètement et directement dans la salle de classe pour enrichir les apports du professeur qui se trouve en face d’eux.

Quand ces vidéos ont été réalisées par l’enseignant lui-même, elles sont privilégiées ; dans le cas contraire, on n’hésite pas à regarder les vidéos d’autres personnes. C’est ainsi que les universitaires, pour répondre aux pratiques de leurs étudiants, sont de plus en plus nombreux à vouloir se lancer dans la réalisation de ressources audiovisuelles. Sans parler du fait que la vidéo est aussi un moyen, pour un enseignant-chercheur, d’imposer massivement et rapidement son autorité sur un sujet. Car avec elle, on s’assure aussitôt une audience qui va se compter en centaine de milliers de disciples.

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