L’informatique… toute une histoire !

Ordinateur « Colossus », 1943, Bletchley Park, Bedfordshire au Royaume-Uni. Chris Monk/Flickr, CC BY

L’informatique a bouleversé la société tant dans le monde professionnel que dans notre vie de tous les jours. De nombreuses innovations ont été créées dans ce secteur à un rythme très soutenu avec notamment la création de la fameuse loi de Moore bien que celle-ci ait connu plusieurs variantes au fil de l’histoire et qu’elle ne soit pas vraiment stable (on la résume souvent de manière approximative au doublement de la puissance des processeurs à coût constant).

Ce secteur continue à innover depuis plusieurs siècles et ce mouvement ne semble pas prêt de s’arrêter donnant lieu à de nombreuses attentes parfois infondées en raison des effets de communication et des mythes propagés par certains acteurs de l’industrie.

L’Automatic Sequence-Controlled Calculator (Harvard Mark I), la première machine à réaliser seule de longs calculs. Sara D./Flickr, CC BY

Des combinatoires d’innovations au travers des siècles

On a tendance à oublier que les innovations sont le fruit d’une histoire même si certaines apparaissent comme révolutionnaires (Internet, le big data, l’intelligence artificielle, etc.). Par exemple, Howard Aiken, l’un des fondateurs de l’ordinateur Mark I d’IBM en 1944, s’est inspiré pour la conception de la machine de Babbage découverte à Harvard et a contraint son équipe d’ingénieurs à lire les notes et travaux de la mathématicienne Ada Lovelace rédigés dans la première partie du XIXe siècle. Cela fut un moment important dans la conception des ordinateurs que nous connaissons actuellement.

Machine de Babbage, conçue en 1849 par Charles Babbage – ici au Computer History Museum de San Jose, en Californie. Atomic Taco/Flickr, CC BY-SA

Beaucoup d’avancées technologiques dans le secteur informatique ont également été le fruit de recherches menées pendant des périodes de conflit (notamment la première et seconde guerre mondiale) qui se sont révélées propices à une forme de concurrence entre les nations (les ordinateurs, le radar, le réseau Internet, etc.). Il existe donc des étapes et des inventions en grappe qui sont déterminantes dans le succès des innovations. Pour l’informatique par exemple, les avancées dans le domaine du transistor ou de la miniaturisation des circuits intégrés ont été déterminantes dans les possibilités de calculs des ordinateurs.

Robert Noyce, qui co-inventa le circuit intégré, avec le motherboard en 1959. Intel Free Press/Flickr, CC BY-SA

L’importance des lieux d’innovation et de la complémentarité des profils d’innovateurs

Les innovations ont été souvent le fruit de rencontres entre des expertises différentes mais complémentaires. Les équipes de recherche les plus innovantes dans le secteur informatique ont été celles qui regroupaient le plus large spectre de spécialités, l’une des illustrations les plus célèbres étant celle des laboratoires Bell aux États-Unis en 1925.

Le management de ces équipes fut et reste encore un véritable challenge managérial qui ne peut fonctionner souvent d’ailleurs qu’avec un appariement très subtil de visionnaires et de gestionnaires (dont le plus fameux duo actuel est sans doute Larry page et Serge Brin, les deux fondateurs de Google).

Or, ce travail collaboratif n’est rendu possible que par l’existence des lieux physiques tels que les laboratoires Bell ou des centres de recherche universitaires. En effet que serait l’informatique aujourd’hui sans la rencontre de Von Neumann et Turing à Princeton après la Seconde Guerre mondiale ? Les innovations sont également apparues dans des lieux grâce à un renouvellement des pratiques managériales et des structures d’organisation singulières pour leur époque dont l’emblème est la Silicon Valley. La culture et l’histoire des individus sont également des facteurs explicatifs de ces évolutions.

Par exemple, Robert Noyce, l’un des co-fondateurs d’Intel dans les années 1960, a été très influencé par la religion. Venant d’une famille congrégationaliste, il rejetait les principes de la hiérarchie et les signes qui s’y apparentaient. Il a ainsi cherché à créer à l’époque des lieux de travail déstructurés et plus ouverts pour favoriser les échanges d’idées.

Cela peut paraître surprenant mais il est ainsi parfois extrêmement difficile d’attribuer la paternité de certaines innovations de manière claire aux individus. Cela est dû en partie au fait que les innovations proviennent souvent d’un effort collectif, en termes de compétences techniques, mais aussi de visions sur ce que doit être l’innovation. C’est le cas pour John Mauchly et John Eckert à qui on a attribué (bien que cela fasse débat) la paternité de l’ordinateur notamment grâce à leur capacité de s’entourer d’une équipe compétente.

L’UNIVAC 1232 utilisé de 1967 à 1990 par l’US Air Force’s Satellite Control Facility à Sunnyvale, California. UNIVAC était une division de Remington Rand provenant de l’achat en 1950 de l’Eckert-Mauchly Computer Corporation, créée en 1946 par les inventeurs J. Presper Eckert et John Mauchly. Bernt Rostad/Flickr, CC BY

Aller contre les idées reçues : une nécessité dans le secteur informatique ?

La réussite des innovations dans le secteur informatique repose aussi sur une mise en tension permanente entre les besoins de s’adapter au marché (et donc au comportement des consommateurs) et des approches plus disruptives souvent portées par quelques fondateurs mythiques. Steve Jobs était et reste encore la figure emblématique du chef d’entreprise capable d’aller à l’encontre de ses propres équipes pour innover, voire même de les mettre en concurrence. Pour autant, il est loin d’être le seul et le secteur informatique regorge d’exemples.

Apple I (Smithsonian Museum). CC BY-SA

Xerox fut l’un des meilleurs exemples lorsque ses propres cadres ne daignèrent pas accorder d’importance à l’interface homme-machine via la souris et le clavier considérant que cela était « un truc de secrétaire » dans les années 1970.

Cette invention fut reprise ensuite par Bob Taylor qui fut un acteur majeur du développement du réseau Arpanet, l’ancêtre d’Internet. On peut aussi citer l’adage des fondateurs de Google, Serge Brin et Larry Page, qui cultivent « un sain mépris de l’impossible ».