Pour le meilleur ou pour le pire, le stade olympique de Montréal demeure le symbole des Olympiques 1976. La Presse Canadienne/Ryan Remiorz

Ne blâmons pas 1976 si le Canada n’est pas l’hôte des JO de 2026

Les jeux sont faits: c'est le tandem Milan-Cortina d'Ampezzo qui accueillera les Jeux Olympiques d'hiver de 2026.

La candidature italienne - qui partait favorite- a devancé celle d'un autre duo, suédois celui-là, Stockholm et Äre, avec 47 voix contre 34.

Plusieurs villes intéressées s'étaient finalement désistées, par peur des coûts et manque de soutien populaire. Parmi elles, Calgary, en Alberta.

La semaine dernière, le conseil municipal de Calgary a dévoilé certains détails cachés en lien avec sa candidature aux Jeux olympiques d’hiver de 2026.

Un document de 2017 examinait les risques possibles d’une candidature: le soutien fédéral et provincial insuffisant, manque de logements et une baisse du niveau de confiance du public envers ses instances municipales représentaient les risques jugés les plus « élevés » d'une candidature olympique.

Les membres de la délégation de Milan-Cortina célèbrent la victoire de leur candidature à l'organisation des Jeux Olympiques d'hiver de 2026, lors de la première journée de la Session du Comité International Olympique (CIO), à Lausanne, le 24 juin. Philippe Lopez/Pool via AP

En souvenir de Montréal

Les Calgariens ont ainsi voté contre la candidature de leur ville aux Olympiques d’hiver 2026. Les effets persistants de la déprime dans le marché pétrolier albertain, un certain cynisme envers les jeux, et le fait que les trois paliers de gouvernement avaient pris trop de temps à trouver un accord de financement ont probablement contribué au rejet retentissant de la candidature canadienne.

Pierre de Coubertin, le père des jeux olympiques modernes, a déjà dit: « Un pays peut vraiment s’attribuer le terme de sportif quand la majorité de sa population ressent le besoin de sport à un niveau personnel ».

Le Canada est-t-il une nation de sportifs?

Olympienne très impliqué dans la promotion du sport au Canada, le vote des résidents de Calgary m’a été difficile à digérer. Si nous ne sommes pas une nation de sportifs selon la définition de Coubertin, le Canada devrait-il héberger des jeux à l’avenir?

Je dirais oui, mais de nombreux Canadiens me contrediront. Et ceux qui pensent que nous ne devrions plus jamais héberger les Olympiques aiment bien faire référence à un lointain passé, les Jeux olympiques de Montréal en 1976.

Après avoir présenté sa candidature six fois, Montréal est devenue la première ville canadienne à héberger les Jeux olympiques, et la première ville au monde les tenir en été. Les Olympiques de Montréal ont coûté $1,5 milliard au gouvernement du Québec, soit 13 fois plus que l’estimé, et il a fallu 30 ans pour combler le déficit.

Les jeux de 1976 se sont tenus à une époque tumultueuse de l’histoire du Québec — la province se débattait au milieu d’une guerre culturelle animée de débats enflammés sur le nationalisme et les politiques linguistiques. En plus de l’agitation politique, Les jeux ont dû faire face à d’extraordinaires problèmes de construction des sites - une montée en flèche du prix de l’acier et le mécontentement des ouvriers qui se sont mis en grève- et ce, moins d’un an avant le début des jeux. Tous les ingrédients d’une situation désastreuse étaient réunis.

Plus de 40 ans plus tard, de nombreux opposants à la tenue de jeux au Canada citent encore les jeux de Montréal comme excuse pour ne pas héberger des jeux au Canada. Je suis d’avis contraire. Car sous bien des aspects, les jeux de Montréal ont été un succès.

On mesure l’importance d’un événement sportif majeur à l’aulne de son legs. Selon le professeur allemand Holger Preuss, spécialiste de l’économie des sports, le leg des événements sportifs, c’est à la fois « le prévisible et l’imprévu, le positif et le négatif, le tangible et l’intangible des structures crées qui demeurent en place après l’événement ».

Deux adolescents montréalais, Sandra Henderson et Stéphane Préfontaine, se partagent l'honneur d'allumer la flamme olympique lors des Jeux d'été de 1976. (CP PHOTO/Doug Ball)

Les héritages tangibles, ce sont le développement du sport, l’économie et les avancées en infrastructures. Tandis ce que les avancées intangibles comprennent le savoir et l’éducation, les impacts émotifs et sociaux, ainsi que l’image positive reçue par la ville et le pays d’accueil. Montréal a bénéficié de ces héritages tangibles et intangibles, souvent oubliés mais qui sont en fait encore ressentis de nos jours.

Alors que ces jeux ont été marqués par un achalandage élevé et des performances incroyables – que l’on se souvienne du 10 parfait de la gymnaste Nadia Comaneci et de la performance du décathlète Bruce (devenue Caitlyn) Jenner en vue de la médaille d'or– il est difficile de mesurer le rendement sur l’investissement de ces legs intangibles.

Mais l’héritage tangible réside dans l’impact durable du Parc olympique qui regroupe le stade olympique, la Tour de Montréal, l’esplanade et le centre sportif. Depuis son ouverture, plus de 100 millions de personnes ont visité le parc.

Bruce Jenner franchit la ligne d’arrivée du 1 500 mètres pour remporter l’or dans le décathlon aux Olympiques de Montréal. (AP Photo/File)

Le Parc olympique laisse plusieurs héritages durables

  • Son centre sportif est le tremplin de la prochaine génération d’athlètes, tout en offrant plusieurs programmes récréatifs qui encouragent la population à être physiquement active. Cela remplit l’objectif premier des Jeux olympiques - celui de promouvoir le développement du sport. Le Centre est l’hôte d’une variété d’événements durant l’année, accueillant 300,000 visiteurs, en plus d’être la maison mère de l'Institut national du sport du Québec, lieu d’encadrement et d’entraînement pour diverses équipes nationales, athlètes et entraîneurs sportifs.

  • Malgré le sobriquet de Big Owe (ndlr : qui signifie grosse dette en anglais) dont il a été affublé en raison des dépassements de coûts, le stade olympique original représente un patrimoine de valeur pour Montréal. Le dôme du stade et sa tour inclinée sont un icône de la ville.

  • Bien qu’aucune équipe sportive majeure n’y soit rattachée, le stade est utilisé pendant toute l’année pour des événements sportifs, des salons et des concerts. La tenue de ces grands événements a un impact économique sur la ville, ses hôtels, ses restaurants, ses transports, en plus de générer des recettes fiscales. Le stade est présentement candidat pour héberger la Coupe du Monde de la FIFA 2026. Si Montréal est choisie, cet événement pourrait générer un impact économique de 200 millions de dollars - mais aussi des coûts de mise à niveau et d'organisation de quelque 150 millions de dollars.

  • La Tour de Montréal, qui fait 165 mètres de haut et qui est inclinée à 45 degrés est la plus grande tour inclinée du monde. Rattachée au stade, elle offre une vue de 80 kilomètres par temps clair. Elle est devenue une attraction touristique importante, accueillant plus de 200 000 visiteurs par année. La tour est aussi le siège social de la compagnie d’assurances québécoise Desjardins, qui vient de signer une entente de cinq ans

Parmi d’autres legs tangibles des Jeux olympiques de 1976, notons le village olympique, converti en appartements, l’expansion des lignes de métro et la mise en place de la première loterie canadienne qui a servi à financer les jeux.

La performance qui a fait remporter 3 médailles d’or à Nadia Comaneci (courtesy The Olympic Channel)

Il est important de souligner que les jeux de Montréal se sont déroulés avant l’avènement du programme de parrainage mondial du mouvement olympique. Après Montréal, le comité international olympique a adopté un nouveau modèle d’affaires offrant des partenariats d’exclusivité à des commanditaires sélectionnés. Par conséquent, les Jeux olympiques de 1984 à Los Angeles ont réalisé un bénéfice d’environ $200 millions. Comparer les jeux d’aujourd’hui à ceux d’avant 1984, c’est comparer des pommes à des oranges.

Bien que le pouvoir du sport soit indéniable, les villes canadiennes désireuses de se porter candidates feront toujours face à un défi majeur. Les organisateurs doivent identifier les besoins de leur ville - en matière de logement abordable, de transports et de réseau routier par exemple - et exploiter les retombées d’un événement sportif majeur afin d’accélérer ces développements.

Si l’on tient compte de l’héritage tangible des jeux de 1976, Montréal a beaucoup profité du fait d’en avoir été l’hôte.

This article was originally published in English