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Les PDG n’ont pas tous la même vision du télétravail. (Mohammad Shahhosseini/Unsplash), CC BY-NC-ND

Que pensent les plus grands PDG canadiens du télétravail ?

Lorsque la Covid-19 a frappé en mars, des millions de Canadiens sont passés du travail dans un bureau au télétravail. Les jours sont devenus des semaines, puis des mois. Aujourd’hui, à l’aube de 2021, des millions d’employés canadiens travaillent à plein temps de leur domicile, sans perspective d’une fin prochaine.

De nombreux Canadiens souhaitent continuer le télétravail une fois la pandémie terminée, ce qui nous incite à nous demander si le travail à distance est là pour de bon. Pour des millions d’employés, la réponse dépendra de la décision que prendra la direction de leur entreprise.

Dans le cadre de mes récentes recherches, j’ai étudié le langage utilisé par les présidents-directeurs généraux (PDG) lors des téléconférences trimestrielles sur les résultats avec les investisseurs et les analystes. Alors qu’on en parlait peu avant 2020, le télétravail s’est retrouvé au centre des communications des sociétés publiques cette année.

En me basant sur mon analyse de centaines de ces téléconférences, je propose un résumé de la vision du télétravail et de son avenir de quelques grands PDG canadiens.

Les PDG croient-ils que le télétravail est efficace ?

Certains emplois permettent davantage le télétravail que d’autres. Ainsi, ce mode de travail convient très bien aux postes dans les centres d’appel, qui nécessitent peu de collaboration et dont la productivité est facilement mesurable.

Selon les PDG, le personnel des centres d’appel a vécu une transition particulièrement facile vers le télétravail. Petr Machacek/Unsplash

C’est pourquoi il n’est pas surprenant que les PDG des entreprises prestataires de services — comme celles du secteur bancaire, des télécommunications et des assurances — qui emploient des centaines de milliers de personnes dans des centres d’appel aient été les premiers à déclarer avoir réussi leur transition vers le télétravail.

Jean‑François Pruneau, PDG de Vidéotron, a affirmé lors de la téléconférence trimestrielle en août dernier que le personnel de son centre d’appel « assurait les mêmes normes d’excellence pour leurs clients ».

Mirko Bibic, PDG de Bell, a déclaré :

À la mi-avril, les services étaient revenus à leur niveau d’avant la Covid et nos centres d’appels ont repris leurs activités selon l’horaire normal début juin.

Roy Gori, PDG de Manulife, a expliqué que la transition s’est faite en douceur, car l’entreprise « avait déjà une culture du travail de la maison bien établie ».

Pour les emplois qui exigent une collaboration entre les membres du personnel et pour lesquels la productivité est plus difficile à mesurer, la transition vers le télétravail peut représenter un défi.

Par conséquent, les chefs d’équipe se montrent plus sceptiques quant à la productivité de leurs employés lorsqu’ils travaillent à la maison.

Ed Sonshine, chef de la direction de Riocan, doute de l’efficacité du télétravail. RioCan

Edward Sonshine, PDG de la société de placement immobilier RioCan, a exprimé son scepticisme en déclarant à ses investisseurs en juillet : « Quiconque prétend que tout le monde est aussi efficace en travaillant sur sa table de salle à manger avec un ordinateur portable qu’au bureau ne vit pas dans la réalité. »

Cependant, après avoir passé un certain temps à travailler de leur domicile, la vision du télétravail de nombreux PDG s’est transformée. Michel Letellier, PDG de l’entreprise d’énergie renouvelable Innergex, a affirmé :

Je dois dire que cela a changé la façon dont je voyais le travail à la maison. J’étais un peu sceptique au départ, mais j’ai fini par me rendre compte qu’on pouvait demeurer très efficace.

Rob Peabody, PDG de Husky Energy, a déclaré pour sa part que le travail à domicile « fonctionne beaucoup mieux que ce à quoi nous nous attendions tous ».

Dans le même ordre d’idées, Alexandre L’Heureux, PDG de WSP Global, une importante firme de génie-conseil, a d’abord exprimé des doutes dans sa téléconférence de mai, pour admettre finalement en août que « l’organisme lui a démontré qu’il avait tort ».

Les Canadiens continueront-ils le télétravail après la Covid-19 ?

L’isolement est l’un des principaux problèmes auxquels sont confrontés les gens qui travaillent de la maison.

Quand les employés sont loin du bureau et séparés les uns des autres, la cohésion au sein des équipes risque d’en souffrir. Pour certains PDG, le fait que cela puisse nuire à la culture d’entreprise est un élément dissuasif. Gary Berman, PDG de Tricon Residential, a déclaré en août :

Nous croyons sincèrement que notre culture se manifeste et se renforce lorsqu’on se retrouve ensemble dans un bureau réel. Nous essaierons donc d’y revenir dès que possible. »

Le PDG de BlackBerry, John Chen, participe à un événement au siège de BlackBerry QNX à Ottawa, en février 2019. La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

Pour de nombreux PDG, cependant, la solution optimale pourrait être de combiner chaque semaine du travail de la maison et du bureau. Voici les propos qu’a tenus John Chen, PDG de Blackberry, dans sa conférence trimestrielle de septembre : « Si tout le monde travaillait toujours de leur domicile, cela nuirait à la productivité, à l’innovation. Mais je pense qu’on va créer un modèle hybride. »

Gord Johnson, PDG de la firme de services d’ingénierie Stantec, a affirmé en août que la majorité de son personnel « veut retourner au bureau », mais pourrait « travailler de la maison un ou deux jours par semaine ».

Télétravail et avenir de l’urbanisation

Il n’a pas fallu longtemps à de nombreux PDG et directeurs des finances pour comprendre qu’en permettant à leurs employés de travailler de la maison, ils pouvaient réduire considérablement leur empreinte immobilière. Amy Shapero, directrice financière de la plate-forme de commerce électronique Shopify, a déclaré lors de la communication des résultats de son entreprise en juillet :

La plupart de nos employés feront du télétravail sur une base régulière tout en utilisant nos espaces de bureau lorsque cela sera nécessaire.

Dans la même veine, Allan Brett, directeur financier de Descartes, a annoncé en mai la « fermeture de plusieurs espaces de bureaux de l’entreprise, là où les employés pouvaient travailler de la maison en permanence ».

Les PDG de grandes sociétés immobilières canadiennes évoquent l’incertitude qui entoure l’avenir de la vie urbaine. Mark Kenney, PDG de CAPREIT, a déclaré en août que bien qu’il ne crût pas à la « fin de l’urbanisation, le désir d’être au cœur d’une grande ville n’est plus aussi présent ».

Jamie Farrar, PDG de City Office REIT, a affirmé que « des discussions avec des locataires et des courtiers de location ont permis de voir une incertitude générale concernant les besoins en espace », les locataires ayant de la difficulté à « déterminer leurs besoins futurs ».

Bien que certains PDG demeurent sceptiques quant au télétravail, ils sont nombreux à avoir décidé de l’inclure de façon permanente dans leur entreprise.

Dans une récente enquête d’ADP Canada, 61 % des millénariaux ont déclaré qu’ils seraient plus heureux s’ils travaillaient de la maison pendant une partie de la semaine. Certaines entreprises considèrent qu’en offrant des possibilités de travail à distance, elles pourraient recruter des talents plus en vue et des gens d’autres pays.

This article was originally published in English

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