Les libéraux ont fait la promesse d’interdire les armes de type fusil d’assaut militaire s’il sont réélus. Shutterstock

Voici comment l'arme préférée des tueurs de masse est arrivée au Canada

Le gouvernement libéral du Canada a mis en avant une nouvelle proposition sur le contrôle des armes à feu visant à interdire les armes d’assaut y compris les fusils automatiques AR-15. Selon eux, ces armes « sont conçues spécifiquement pour infliger des pertes humaines massives et n’ont pas leur place dans la société canadienne ».

Réponse au vitriol des associations pro-armes : l’association canadienne pour les armes à feu a déclaré que les propositions libérales sont une « attaque aux droits, libertés et à la propriété privée des Canadiens ».

La décision de mettre en relief l’AR-15 n’a rien de surprenant. Ce fusil fait face à la controverse depuis son arrivée sur le marché canadien.

L’AR-15 est la version civile de l’arme militaire standard, le Colt M-16, utilisé par l’armée américaine durant une grande partie de la guerre du Vietnam. Une fois le brevet de Colt expiré, d’autres fabricants se sont mis à en vendre des versions génériques. Une annonce récente faite par Colt indique qu’ils cesseront la production de la version civile du AR-15, alors que d’autres fabricants continueront à le mettre à la disposition du grand public.

L’AR-15 est apparu sur le marché canadien entre le milieu et la fin des années 70. Des Canadiens ont immédiatement sonné l’alarme. Dans un article paru en 1975, le Windsor Stara écrit que des criminels « pourraient très bien s’intéresser à la grande puissance de feu du AR-15. »

L’Association canadienne des chefs de police (ACCP) a également fait part de son inquiétude, et c’est en 1977 que le gouvernement a fait classer l’AR-15 dans la catégorie des armes à autorisation restreinte, ce qui veut dire que ses acheteurs potentiels doivent remplir des conditions plus strictes avant de l’acquérir.

Cette décision a provoqué la colère de certains groupes pro-armes, qui considèrent que cette classification repose sur l’apparence et non sa capacité. Un militant des droits des propriétaires d’armes à feu, Michael Martinoff, a témoigné devant un comité parlementaire qu’il refuserait d’enregistrer son AR-15.

Les plaintes des propriétaires d’armes à feu ont poussé l’ancien premier ministre Joe Clark à déclassifier l’AR-15. Les libéraux de Jean Chrétien l’on ensuite reclassée dans la catégorie des armes à utilisation restreinte.

L’arme préférée des tueurs de masse

Aux États-Unis, l’AR-15 a servi à plusieurs des plus abominables massacres de masse.

Certains partisans du port d’arme affirment que l’AR-15 n’a jamais été utilisé au Canada dans le cadre d’activités criminelles. C’est inexact.

En 1982, la police de Saskatoon police a abattu Richard Landrie, preneur d’otages âgé de 18 ans, après un long siège. Landrie était vêtu d’un uniforme de combat et armé d’un AR-15. Il a tiré 50 cartouches durant la confrontation, amputant le doigt d’un de ses otages.

Les médias ont également indiqué que des AR-15 ont été saisis lors de plusieurs raids contre des trafiquants de drogue, des braqueurs de banques présumés en Colombie-Britannique, liées à un meurtre en 2009, et utilisés lors d’une fusillade qui a atteint Louise Russo dans la banlieue de Toronto alors qu’elle faisait la queue pour acheter un sandwich pour sa fille.

D’autre tireurs ont utilisé des armes semi-automatiques du même genre pour abattre de nombreuses victimes.

Le plus connu est sans doute le massacre de l'École polytechnique de Montréal, en décembre 1989, où 14 femmes ont été tuées. Le tireur était équipé d’un Ruger Mini-14 semi-automatique.

ean-Francois Larivée, époux de Maryse Laganière, assassinée par Marc Lépine lors du massacre de Polytechnique en 1989. il participe ici à une conférence de presse à Montréal pour promouvoir le contrôle des armes à feu. THE CANADIAN PRESS/Graham Hughes

Ce crime haineux a provoqué une levée de boucliers pour faire interdire les armes semi-automatiques de type militaire. Une pétition étudiante a alors récolté plus de 500,000 signatures exigeant leur interdiction.

Un passage à l’acte exigé

De nombreux médias et parlementaires ont également exigé un passage à l’acte. Jean-Pierre Blackburn, député du parti progressiste-conservateur du Québec, a posé cette question:

“Comment se fait-il que ce type d’arme soit permis au Canada? Pourquoi permettons-nous à des individus de posséder des armes aussi dangereuses et destructrices? Ça n’a aucun sens. La protection du public et la sécurité publique devraient être notre priorité.”

Le gouvernement fédéral a finalement ajouté un certain nombre d’armes semi-automatiques aux listes des armes à autorisation restreinte ou prohibées, mais de nombreuses armes de ce type restent classées dans la catégorie sans restriction.

Les fabricants et détaillants ont mené des campagnes publicitaires agressives pour faire la promotion de ces « armes noires », ou « fusils de chasse modernes » tant au Canada qu’aux États-Unis. La popularité de ces armes a contribué à une augmentation substantielle du nombre d’armes à autorisation restreinte détenues par des Canadiens ces dernières années.

Les armes semi-automatiques de type militaire ont pris une valeur symbolique pour ceux qui critiquent les dispositions du contrôle canadien des armes à feu.

L’Association canadienne des armes à feu utilise l’image d’une feuille d’érable qui contient une arme de ce type. Une association rivale, « The Canadian Coalition for firearms rights » utilise un logo similaire.

Les conservateurs voient les groupes pro-armes d’un bon œil

Au cours des dernières années, le parti conservateur du Canada s'est fait copain-copain avec les groupes pro-armes, et s’oppose à l’interdiction des armes similaires aux armes d’assaut, y compris l’AR-15. En fait, le député conservateur Bob Zimmed a soumis en 2016 une pétition demandant que l’AR-15 soit reclassé dans la catégorie des armes non restreintes.

La disponibilité de l’AR-15 - et armes similaires - semble donc dépendre du résultat de la prochaine élection fédérale.

C’est aux Canadiens de décider si ces armes doivent rester en vente ou si le Canada adoptera la même voie que le Royaume-Uni, l’Australie, et plus récemment la Nouvelle-Zélande afin de limiter la disponibilité de telles armes.

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This article was originally published in English