À Paris, les risques de crue sous haute surveillance

Une photo prise le 1er juin 2016 sur les bords de Seine. Leighton W. Kille/The Conversation, CC BY

1910, les Parisiens ont les pieds dans l’eau ; une crue historique qui a marqué les esprits. Aujourd’hui, sept départements sont toujours en alerte orange « pluies-inondations ». La ville Paris va-t-elle revivre une grande crue ?

Le risque d’inondation est le premier risque naturel en France. Un Français sur quatre y serait exposé, soit 17 millions d’habitants. La crue est un phénomène naturel qui peut conduire, par son intensité (hauteur, vitesse) et son étendue dans l’espace et dans le temps, à des inondations par débordement (sortie de la rivière de son lit mineur), sachant que la moitié des inondations sont liées au ruissellement.

Risque, aléa et vulnérabilité

Risque d’inondation, aléa de crue, vulnérabilité aux crues : dans le langage courant, ces mots sont souvent utilisés de manière interchangeable ; ils ont cependant une signification précise :

L’aléa de crue est une notion hydrologique : il correspond à un événement de hautes eaux dans la rivière ;

La vulnérabilité est une notion socio-économique : elle est liée aux dégâts qu’entraînerait l’inondation de la zone considérée. Ainsi, une prairie ou une forêt sera peu vulnérable, car la végétation supporte bien d’être submergée pendant de courtes périodes. Mais si on installe au même endroit un magasin d’électroménager, la vulnérabilité va augmenter considérablement.

Le risque d’inondation résulte de la combinaison de l’aléa et de la vulnérabilité. L’inondation exceptionnelle causée par une crue extraordinaire survenue dans une zone inhabitée n’implique aucun risque, car la vulnérabilité y est nulle. Par contre, une crue relativement modeste affectant un centre commercial a des conséquences économiques élevées : le risque encouru y sera important.

Ces notions permettent de définir, en un point donné d’un cours d’eau, des seuils de vigilance sur la hauteur dans la rivière (jaune, orange, rouge) correspondant à des niveaux croissants de dangerosité.

Comment sont suivies les crues ?

En France, le réseau national de la prévision des crues surveille plus d’un millier de points répartis sur les cours d’eau principaux. Constitué des services de prévision des crues (SPC) régionaux et d’un service central (SCHAPI) dépendant du ministère de l’Environnement, ce réseau met en œuvre des modèles de prévision des crues, capables d’anticiper les aléas avec quelques heures à quelques jours d’avance suivant la réactivité des bassins versants.

Ces modèles peuvent être hydrologiques : ils utilisent les informations fournies par Météo-France sur les quantités de pluie déjà tombées, ainsi que des scénarios sur les pluies attendues dans les heures ou jours à venir, pour estimer les débits futurs dans la rivière. C’est le cas, par exemple, des modèles GRP ou AÏGA développés à Irstea, qui sont diffusés dans bon nombre de SPC régionaux. Les prévisions de ces modèles peuvent ensuite être utilisées par des modèles hydrauliques, qui vont simuler la propagation des ondes de crues vers l’aval.

En fonction des prévisions, les niveaux de risques sont qualifiés sur les tronçons de cours d’eau et affichés en temps réel sur www.vigicrues.gouv.fr avec des bulletins de prévision associés.

Comment s’en protéger ?

Pour se protéger des crues, on peut essayer d’agir sur l’aléa ou sur la vulnérabilité.

Pour agir sur l’aléa, on peut essayer de stocker une partie de l’eau dans un réservoir ou une zone d’expansion de crue à l’amont pour étaler dans le temps les volumes d’eau de la crue (on parle de « laminage » du débit de pointe) ;

Pour agir sur la vulnérabilité, on peut soit éviter de construire des équipements sensibles (hôpitaux, écoles, etc.) sur le lit majeur des rivières, soit protéger (avec des digues) les zones à enjeu, soit avertir la population suffisamment à l’avance.

Agir en temps réel nécessite de disposer de capacités d’anticipation hydrologiques (via les modèles de prévision) et d’une organisation adaptée, comme en témoigne l’exercice Sequana que Paris a organisé du 7 au 18 mars 2016.

Des inondations majeures à craindre ?

Les conditions météorologiques récentes ont conduit à des crues très importantes sur la vallée du Loing et de petits cours d’eau d’Île-de-France (Yvette), un peu moins sur l’Yonne et les rivières de Brie (Grand et Petit Morin, Yerres). Les hauts bassins de la Seine et de l’Aube sont moins affectés. Ce n’est donc qu’une partie du bassin qui contribue à l’augmentation des débits à Paris, et il est peu probable dans ces conditions de retrouver un scénario similaire à celui de la crue majeure de 1910.

Les ondes de crues vont cependant se propager vers l’aval et le niveau de l’eau va donc continuer à croître progressivement à Paris, les voies sur berges seront inondées. En cas de pluies importantes dans les prochains jours, la réaction des bassins pourrait être forte, les lacs-réservoirs à l’amont de Paris étant presque pleins.

Un phénomène exceptionnel pour mai ?

Ce phénomène est rare mais pas inattendu. Bien sûr, les grandes crues historiques de la Seine à Paris ont toutes eu lieu l’hiver (janvier en 1910, 1924 et 1955, février en 1945). Mais ce n’est pas une « constante ». D’autres bassins également soumis à des conditions océaniques ont connu des crues majeures au printemps, comme la Loire en juin 1856. En mai 2013, un événement assez similaire (quoique plus localisé) avait aussi touché le bassin de l’Yonne.

Même si, en 2016, Paris a battu un record de pluie mesurée pour un mois de mai (176 mm, le précédent record étant de 132 mm en 1992), il faut tout de même rappeler que le mois de mai est un mois pluvieux en général et qu’à Paris, c’est généralement le mois le plus pluvieux de l’année.

Retrouvez les dossiers que l’Irstea a consacrés aux inondations : Risque inondation, la recherche relève le niveau ; Digues, barrages : des risques et impacts gérés à l’échelle des territoires.

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