Accueillir et accompagner des réfugiés à l’Université : le cas de Nanterre

Accueil des étudiants réfugiés en octobre 2016. Université Paris Nanterre.

Cet article est publié dans le cadre du partenariat avec les RUE 2017 Salon de l’Enseignement supérieur et de la Recherche qui se tient au Palais des Congrès de Paris les 16 et 17 mars 2017 autour du thème « France Campus du Monde, attractivité et rayonnement ». L’auteure de cet article intervient sur ce salon (le 17 mars à 14h30) sur le sujet suivant : « Réfugiés : quelles politiques et pratiques d’accueil de l’ESR ? Quelles mutualisations possibles ? ».


Pour répondre aux besoins des hommes et femmes qui fuient les persécutions et les conflits, l’Université Paris Nanterre a décidé à l’automne 2015 d’apporter sa contribution à l’accueil des réfugié(e)s. Cette action a consisté à mettre en place des dispositifs d’aide spécifiques, notamment des formations en langue française gratuites, dispensées par des enseignants spécialisés dans l’apprentissage du français pour les étrangers.

Après un appel à candidatures lancé en octobre 2015, un premier groupe de 20 étudiant(e)s débutant en français a été constitué en janvier 2016. Le délai de création du groupe s’explique par le traitement des plus de 150 candidatures reçues, dont de nombreuses en langue arabe, nécessitant de faire appel à des traducteurs au sein de la communauté universitaire.

Les pays d’origine de ces 20 personnes réfugiées ou demandeuses d’asile sont la Syrie (16), l’Irak (1), la Somalie (1), l’Érythrée (1) et l’Afghanistan (1). Ces personnes ont été retenues en fonction de leur statut, de leur parcours universitaire (nécessité de disposer du baccalauréat voire d’un diplôme universitaire pour entrer dans la formation) et de l’ordre d’arrivée de leur demande.

Accueil des étudiants réfugiés en janvier 2016. Service Communication -- Université Paris Nanterre.

La langue, l’accès aux ressources, le parrainage

Ces étudiant(e)s ont reçu 20 heures hebdomadaires d’enseignement du français pendant 12 semaines, de janvier à juin 2016, sous la responsabilité pédagogique d’une enseignante du pôle Français pour Étudiants Étrangers de l’Université, labellisé Français Langue Étrangère.

Les personnes suivant ce cours ont eu accès à l’ensemble des services proposés aux étudiant(e)s sur le campus, et ce afin de faciliter leur intégration dans leur nouvel environnement, tant d’un point de vue social que culturel et universitaire : Bibliothèque Universitaire, restaurant universitaire CROUS, assistantes sociales, service de l’orientation, service de l’action culturelle, service des activités physiques et sportives, « café langue » organisé par le Centre de Ressources en Langue pour favoriser les échanges linguistiques sur le campus.

Un système de parrainage permet d’ailleurs de les accompagner sur le campus, dans leur apprentissage de la langue, mais aussi pour leur permettre de découvrir autrement la culture et la société françaises. Quarante volontaires étudiant(e)s de l’Université ont ainsi accompagné, par deux, chaque réfugié.e du groupe, pendant l’ensemble du semestre, à l’Université, mais aussi à l’extérieur, grâce à des sorties organisées sur le temps personnel des étudiant(e)s.

Sur les 17 étudiant(e)s réfugié(e)s ayant effectivement suivi l’intégralité de la formation, 14 ont validé le niveau A2 en français, 3 ont validé le niveau À.1.2., l’Université leur a délivré une attestation de niveau de langue.

Parrainage des étudiants réfugiés. Service Communication -- Université Paris Nanterre.

Grâce à la générosité des étudiant(e)s et membres du personnel de l’université et à l’appui de la cellule Responsabilité Sociétale de l’Université (RSU), des actions d’aide humanitaire d’urgence (collecte de vêtements, de fournitures scolaires, de nourriture, de meubles) ont par ailleurs pu être menées en lien avec les associations locales d’aide aux réfugié(e)s.

Une action poursuivie en 2016-2017

Pour l’année universitaire 2016-2017, l’Université Paris Nanterre a accueilli un groupe de 30 personnes réfugiées ou demandeuses d’asile ayant le niveau A2 en français, dans le but de les accompagner jusqu’à l’obtention du niveau B2 en français sur objectifs universitaires (FOU), car le projet de la majorité d’entre elles est de poursuivre des études universitaires en France, le plus souvent dans la continuité de celles suivies dans leur pays d’origine.

Ce groupe, composé pour moitié des étudiant(e)s réfugié(e)s accompagnés de janvier à juin 2016 et pour moitié de nouvelles personnes – dont une partie a été présélectionnée sur niveau puis orientée vers cette formation par l’association KIRON France « Une éducation supérieure pour les réfugiés » –, est composé à égalité d’hommes et de femmes. Leur âge moyen est de 34 ans, leur niveau d’étude est pour 80 % égal ou supérieur à la 3e année de licence et leurs pays d’origine sont la Syrie (22), l’Afghanistan (3), la Somalie (1), le Soudan (1), l’Érythrée (1), l’Irak (1) et la Palestine (1).

Comme pour le groupe accueilli de janvier à juin 2016, ces 30 étudiant(e)s suivent les cours gratuitement. La formation proposée est de 18 heures de cours par semaine pendant 12 semaines chaque semestre (16 heures en groupe complet et 2 heures en demi-groupe pour permettre un travail satisfaisant de l’oral), soit un total 480 heures dispensées sur l’ensemble de l’année universitaire.

Garantir une bonne intégration

Les projets menés de janvier à juin 2016 ont été reconduits afin de garantir la meilleure intégration possible des étudiant(e)s à la communauté universitaire. Cela a concerné notamment l’accès à tous les services universitaires pouvant accompagner les réfugié(e)s dans leur acquisition de la langue française, mais également le dispositif de parrainage leur permettant de nouer des relations avec des étudiant(e)s de l’université, volontaires pour les accompagner dans leur apprentissage et leur intégration.

Un projet culturel spécifique a de plus été proposé par l’association Plein Jour) et le compositeur Frank Krawczyk, qui a mené cinq ateliers d’écriture musicale avec le groupe. Ces étudiant(e)s vont présenter gratuitement en avril le TCF (Test de Connaissances en Français) de niveau B2 afin de pouvoir déposer des demandes d’inscription à l’Université Paris Nanterre mais aussi dans d’autres établissements, au sein de filières correspondant à leurs études ou dans de nouvelles filières. Celles et ceux qui le souhaitent pourront poursuivre leur formation en français pour atteindre le niveau C1, nécessaire à l’inscription en master.

En complément à cette formation intensive, une trentaine de bénévoles – étudiant(e)s, membres du personnel administratif et enseignant – se sont par ailleurs impliqué(e)s depuis près de deux ans à travers des collectifs (Welcome Refugees Nanterre/BAAM Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants) pour donner des cours de langue française à des personnes réfugiées, sans inscription, en journée et en soirée sur le campus de Nanterre.

Afin d’accompagner cette initiative généreuse, l’Université Paris Nanterre a mis à disposition des salles d’enseignement et un équipement audiovisuel pour accueillir ces cours ; le service des relations internationales de l’Université a également octroyé, via le programme Erasmus+ mobilité, des licences d’accès à la plateforme OLS (Online Linguistic Support/Soutien Linguistique en Ligne) aux responsables de cette initiative, afin qu’ils puissent faire bénéficier les réfugié(e)s accueilli(e)s de cette ressource.

Parrainage des étudiants réfugiés. Service Communication -- Université Paris Nanterre.

Des actions en réponse aux crises touchant les universitaires

L’accueil d’étudiant(e)s réfugié(e)s s’inscrit dans une attention plus large de l’Université aux situations de crise qui menacent les universitaires. Tous les ans, quatre mois d’invitation sont réservés à des universitaires en danger ou en difficulté dans leurs pays.

Ces personnes sont accueillies dans les unités de recherche de l’Université, sur proposition de celles-ci et sont associées à leurs programmes. L’Université Paris Nanterre accompagne aujourd’hui des chercheurs/chercheuses et des doctorant(e)s dans le cadre du programme national PAUSE (Programme d’aide à l’Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil).

Pour le déploiement de cette action en faveur des personnes réfugié(e)s ou demandeuses d’asile, l’Université y a affecté des moyens existants (suivi administratif de l’ensemble du dispositif par la cellule Responsabilité Sociétale de l’Université, mois de professeurs invités réservés, mise à disposition de locaux), mais aussi des moyens supplémentaires. C’est le cas notamment des enseignements de français pour les réfugié(e)s, dont le coût s’élève à environ 15 000 euros par semestre (vacations enseignantes, coordination pédagogique, manuels pour les étudiant(e)s).

La qualité de ce programme d’apprentissage du français a été soulignée par l’Agence Universitaire de la Francophonie, qui a attribué à l’Université Paris Nanterre un soutien de 10 000 euros dans le cadre de l’appel à projets « Soutien linguistique et culturel aux étudiants réfugiés en Europe de l’Ouest francophone » lancé en juin 2016.

Ces différentes actions n’auraient cependant pas pu être menées sans l’investissement bénévole de l’ensemble de la communauté universitaire (étudiant(e)s et membres du personnel administratif et enseignant), qui s’est tout particulièrement engagée pour cette cause afin d’assurer le suivi administratif et pédagogique de ces initiatives, mais aussi et avant tout leur dimension humaine.

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