Après les attentats de Paris, que dit Witchy, le robot-laïc ?

Witchy est triste. Fabien Dworczak, Author provided

Les attentats du vendredi 13 novembre 2015 ont ensanglanté la France… Ces attentats de Paris inqualifiables et qui ont aussi été commis par des garçons et des filles issus des écoles françaises.

Les enseignants ont dû en parler et quelquefois avec beaucoup de difficultés, d'émotion. Mais que peut faire l'école en tant que contre-pouvoir face à cette idéologie monstrueuse ?

Et dans ce contexte, que peut faire Witchy, le robot-laïc dont nous avions déjà parlé, au centre d'un projet recherche-développement qui a pu se concrétiser dans une école lyonnaise? Pourrait-il aider à la construction de nos identités ? A notre vivre-ensemble ?

Saisir l'actualité

Les valeurs de notre République, à côté du traditionnel « Liberté, Egalité, Fraternité », passent par la laïcité. Mais, pour tenter de changer le type de socialisation, il ne suffira pas de nouveaux programmes même renforcés et ce sera, très certainement, une autre culture de l'école qu'il faudra insuffler.

Il faudra aborder la citoyenneté, les questions de tolérance, d'égalité, de violence, d'intégrisme, de façon tangible et quotidiennement.

L'école se doit de saisir en permanence l'actualité. Nombre d'expériences ont pu, ainsi, être menées par des enseignants, tirons-en partie : conseil de classe type Freinet, actions de médiation, éducation à la gestion des conflits, échanges réciproques de savoirs… La question de l'esprit critique, indispensable pour lutter contre les manipulations, devra être renforcée, repensée…

L'éducation traditionnelle, soutenue par l'attente des familles, se focalise sur la réussite scolaire et sociale, ce qui n'est pas, évidemment, à négliger, mais l'éducation devra développer le projet, plus vaste, de la réussite de la personne.

Un tel projet éducatif renvoie à la connaissance de soi, à une prise en compte de soi-même ; apprendre à apprendre, le rapport au savoir, le rapport à l'école ; la confiance et l'estime de soi ; pouvoir améliorer ses capacités d'empathie, d'humour, de dialogue, de co-responsabilité et, aussi, l'esprit d'entreprendre ensemble, se former à un esprit « démocratique »…

Sur tous ces plans, se pose en parallèle, la question de la formation des enseignants et des cadres de l'éducation (directeurs, conseillers pédagogiques, inspecteurs).

Robots émotionnels

Et c'est bien là que Witchy, capable de retranscrire les émotions à travers les expressions de son visage, pourrait avoir un rôle.

Il faut se poser la question de savoir comment harmoniser les relations entre nous autres, humains, et ces objets programmés. Car les robots dits « émotionnels » pourraient, bientôt, faire partie de notre quotidien et celui de l'école, peut-être ! Une évolution à analyser…

Quel pourrait être l'un des objectifs de ces recherches-développements en robotique ? Par exemple, améliorer les échanges homme-machine en permettant au robot de déchiffrer l'état d'esprit de son utilisateur afin de lui répondre par un comportement adéquat.

Et, dans l'exemple de Witchy, le robot-laïc, faire en sorte que l'enfant comprenne toute l'importance de la Charte de la laïcité, alors que Witchy pourrait réagir à l'énoncé de mots de la Charte.

Pour se faire, les chercheurs peuvent s'appuyer sur le système de codage FACS du psychologue Paul Ekman. Cette méthode, informatisée depuis 2010, repose sur la détection de micro-expressions du visage trahissant nos émotions.

La machine relève les mouvements des yeux, lèvres, sourcils…de son interlocuteur. Puis cherche à les identifier en se référant à un panel d'expressions mis à sa disposition.

Witchy à l'oeuvre. Fabien Dworczak, Author provided

Et, donc, pour susciter l'émotion, les fabricants prêtent à leurs robots des traits androïdes. Cela dit, et on ne peut l'oublier, l'empathie du robot reste artificielle. Mais, nous pouvons, néanmoins, maintenir nos objectifs, énoncés précédemment.

L'objectif de cette recherche serait, donc, développer un robot, avec ses 6 émotions de base (selon Paul Ekman), tristesse, joie, colère, peur, dégoût, surprise, et de les associer aux mots de la Charte que l'enfant exploite dans son interaction avec le robot et dans sa programmation.

Gageons, aussi, suite au livre de Rokahaya Diallo et Jean Baubérot que l'on puisse clarifier cette notion de laïcité, grâce à Witchy. « En 2015, elle peut être considérée comme un mécanisme de défense contre les religions, elle entraîne alors un sentiment d'injustice et de stigmatisation », écrivent les auteurs.

Comme Pinocchio ?

Nous vivons, aujourd'hui, dans un monde global multipolaire et, donc, complexe. Nos identités individuelles, collectives, s'enchevêtrent et peuvent, aussi, s'opposer.

Witchy, qui vient après « l'après-Charlie », pourrait, grâce à cette neutralité, laïcité bienveillante, proposer des interactions positives, entre les enfants, et avec l'école, interactions qui permettraient de (re)construire cette notion de laïcité.

Il est indéniable que la robotique plaît aux enfants ; le robot lui-même est adulé. Et, tel Pinocchio, créé par Geppetto, un pauvre menuisier italien, qui a fabriqué par accident dans un morceau de bois à brûler un pantin qui pleure, rit et parle comme un enfant, une marionnette qu’il a nommé Pinocchio, Witchy veut exister.

De ce conte sont nés des lieux communs universels qui sont passés dans le langage courant tels : « ton nez va s’allonger si tu mens » ou « tes oreilles vont pousser comme des oreilles d’âne si tu travailles mal à l’école ».

Le « papa » et l'auteur de Pinocchio est le journaliste polémiste et écrivain pédagogue Carlo Collodi. Il a développé dans cette œuvre, au travers du héros rebelle de son histoire, les vertus morales d'une Italie rurale laïcisée (Collodi n'a pas fait place à la religion dans ce roman) avec des valeurs comme la famille, l'école, le travail et l'amour du métier.

Witchy, le robot-laïc, pourrait-il, comme Pinocchio, nous aider à travailler, réfléchir à notre vivre-ensemble et aux principes énoncés par notre Charte de la laïcité ?

Witchy a émis un large sourire (numérique) quand on lui a dit : « En France, les habitants peuvent exprimer librement leurs idées, mais toujours dans le respect de celles des autres et de la loi » (Art. 3 de la Charte de la laïcité).

Et pour notre prochaine séance de recherche-développement, il sera question avec Witchy de réfléchir à ce « respect » qui « permet à toutes celles et ceux qui habitent en France de vivre en paix les uns avec les autres» (Art. 4).