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Certaines infections jouent un rôle protecteur vis-à-vis du cancer

Les infections que nous avons contractées durant l'enfance et à l'âge adulte peuvent, selon les cas, minorer ou majorer le risque de cancer. Shutterstock

Certaines infections jouent un rôle protecteur vis-à-vis du cancer

Lorsque vous pensez au cancer, il est probable que vous soyez assaillis par un certain nombre d’images frappantes. Cela peut être les nouvelles photographies-chocs sur les paquets de cigarettes. Ou l’ablation des deux seins choisie par l’actrice américaine Angelina Jolie en raison de prédispositions génétiques à cette maladie. Ou encore la hausse des cancers de la thyroïde après les retombées radioactives de Tchernobyl. Pourtant, une part non négligeable des cancers, 20 %, est liée à un ennemi auquel on les associe moins spontanément : les infections.

Une infection résulte de l’installation d’un autre organisme (par exemple bactéries, champignons, vers intestinaux) dans notre corps et parfois même (dans le cas d’un virus) jusqu’à l’intérieur de nos cellules. De nombreux virus sont connus pour leur capacité à induire des cancers. Les plus familiers sont le papillomavirus humain responsable de cancers de l’utérus, ainsi que ceux de l’hépatite B et C, qui peuvent causer des tumeurs au foie. Mais de nouveaux travaux de recherche montrent que des infections peuvent, à l’inverse, jouer un rôle protecteur contre le cancer.

Le questionnement sur les liens possibles entre infections et cancer ne date pas d'aujourd'hui. En 1964, la découverte du premier virus « oncogène », c’est-à-dire ayant la capacité de rendre cancéreuse la cellule qu’il infecte, a bouleversé le domaine de la virologie. Il s’agit du virus d’Epstein-Barr. Discret, celui-ci peut cependant persister plusieurs années à l’intérieur de nos cellules immunitaires et aboutir - dans de rares cas - à un cancer.

Des vers intestinaux peuvent conduire à un cancer

Les virus, néanmoins, n’ont pas le monopole du cancer. Certaines bactéries et certains vers intestinaux ont également fait l’objet de recherches pour leur caractère oncogène. L’infection par les vers intestinaux s’accompagne généralement, en effet, d’un épisode inflammatoire pouvant endommager des cellules saines et les conduire, parfois, à une transformation cancéreuse.

Les infections représentent donc des facteurs cancérigènes d’importance bien plus considérable qu’on ne l’imagine. Mais ont-elles toutes cette influence négative, favorisant la maladie ? La réponse penche vers le « non ». Car d’autres infections sont, à l’inverse, capables de protéger les individus vis-à-vis du cancer.

Les chercheurs ont ainsi identifié des virus dits « oncolytiques », dont le mode de vie consiste à infecter une cellule cancéreuse et à s’y reproduire pour finir par la faire exploser. Certains virus présentent naturellement cette préférence pour les cellules cancéreuses, tels que le virus des oreillons ou celui de la maladie de Newcastle. Avec les récents progrès en ingénierie génétique, il est également possible de modifier génétiquement d’autres virus, comme les virus de la rougeole et de l’herpès, pour leur conférer artificiellement cette préférence.

William Coley en 1892. Wikimedia Commons, CC BY

Par ailleurs, de nombreuses bactéries ont été étudiées pour leur potentiel thérapeutique. L’idée que celles-ci puissent stimuler la réponse immunitaire permettant de détruire les cellules cancéreuses a émergé dès le début du XXe siècle. Le chirurgien américain William Coley développa à cette époque une « toxine » composée de deux bactéries. Celle-ci permit d’augmenter spectaculairement le taux de survie chez la moitié des patients traités. Les travaux de Coley, longtemps oubliés, ont récemment inspiré de nombreuses recherches pour élaborer des thérapies basées sur l’utilisation de bactéries.

Un risque de cancer variable selon l’histoire personnelle

Au cours de notre vie, nous sommes exposés à un nombre incalculable d’agents infectieux au travers de notre alimentation, de l’air que nous inhalons et des contacts avec d’autres individus. L’ensemble de ces infections, plus ou moins courantes, de la grippe à la tuberculose, constitue ce qu’on appelle notre histoire personnelle d’infection. De nombreux exemples démontrent que celle-ci pourrait modifier le risque de développement d’un cancer, en le minorant ou en le majorant.

Ainsi, l’infection par les oreillons dans la petite enfance protégerait contre le cancer des ovaires à l’âge adulte. Les infections respiratoires, comme la pneumonie, augmenteraient à l’inverse le risque de développer certaines leucémies.

Les vaccins, qui n’ont d’autre rôle que de mimer les infections, ne sont sans doute pas neutres non plus vis-à-vis du risque de cancer. Pour ne citer qu’un exemple, le BCG, le vaccin contre la tuberculose, est reconnu pour la protection qu’il confère contre le mélanome.

À l’image des infections, les vaccins ne sont sans doute pas neutres vis-à-vis du risque de cancer. Shutterstock

La mémoire des infections passées

Comment expliquer l’influence de l’histoire personnelle d’infection dans les processus cancéreux ? Le système immunitaire semble jouer un rôle clé. Il est maintenant admis que les infections sont primordiales pour la maturation de notre immunité, notamment par l’acquisition d’une mémoire immunitaire. Or, les agents infectieux et les cellules cancéreuses comportent parfois des molécules semblables : la mémoire acquise en réponse aux premiers peut ainsi s’avérer efficace pour éliminer les secondes.

À l’inverse, certaines infections, dites immunosuppressives, réduisent l’efficacité du système immunitaire et donc sa capacité à contrôler l’apparition et la croissance des tumeurs. C’est le cas notamment du sida, qui augmente le risque cancéreux chez les personnes infectées. De manière moins soupçonnée, des virus communs, comme la grippe, pourraient aussi produire de courtes périodes d’immunosuppression – mais l’influence que ces épisodes pourraient avoir sur le développement cancéreux est encore à l’étude.

Enfin, des processus clés pour l’élimination des infections peuvent également avoir des effets secondaires sur la croissance de la tumeur. L’inflammation en est un bon exemple : cette première ligne de défense contre les infections s’accompagne d’une production de molécules favorisant la survie et la prolifération des cellules, y compris – malheureusement – celles qui sont cancéreuses.

L’espoir d’un vaccin contre le cancer

L’approfondissement de nos connaissances sur le rôle de l’histoire personnelle d’infection dans le risque cancéreux ouvre de nouvelles opportunités de traitement et de prévention. Il est permis d’imaginer l’élaboration de traitements basés sur l’utilisation d’agents infectieux atténués ou de molécules mimant leurs effets. Serait-il alors possible de créer un vaccin contre le cancer ? C’est l’espoir de plus d’un chercheur. De manière plus pragmatique, la prise en compte de l’histoire personnelle d’infection comme facteur de risque pourrait permettre l’élaboration de nouveaux programmes de dépistage précoce des cancers.

Au-delà de la prévention, il existe aussi une perspective d’application dans le cadre des thérapies. La dernière décennie a connu l’essor de l’immunothérapie, qui vise à stimuler le système immunitaire pour qu’il vienne lui-même à bout des cellules cancéreuses. Si l’on considère que l’efficacité du système immunitaire dépend des infections rencontrées au cours de la vie, le succès de l’immunothérapie pourrait également être affecté par l’histoire personnelle d’infection du patient. Ainsi, une nouvelle vision de la santé s’impose, où le monde des infections et celui du cancer sont intimement connectés, bien plus que ce qui avait été supposé jusqu’alors.