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Croire à votre libre arbitre vous rapprochera de votre moi profond

Croire à votre libre arbitre vous rapprochera de votre moi profond

Liberté. Josef Grunig/Flickr, CC BY-SA

Possédons-nous un libre arbitre ? Voilà une question que les intellectuels ont discuté pendant des siècles et qui fera certainement débat pendant les siècles à venir.

Ce n’est pas une question dont j’ai la réponse, mais ce qui m’intéresse est ceci : qu’advient-il si nous avons foi (ou pas) dans le libre arbitre ? En d’autres termes, la croyance dans le libre arbitre compte-t-elle dans notre vie quotidienne ?

Au laboratoire de psychologie de l’existence à l’université A&M du Texas, mes collègues et moi-même étudions les conséquences psychologiques de cette croyance. Pendant que je songeais à mon prochain sujet de recherche, j’ai réalisé qu’à un moment donné de nos vies, nous voulons tous comprendre qui nous sommes, c’est du ressort de la nature humaine. Nous avons donc décidé d’explorer comment le fait de croire au libre arbitre influence notre conscience d’être nous-mêmes et notre identité.

Une direction ou une autre ? Feet image via Shutterstock.

Qu’est-ce que le libre arbitre ?

Le libre arbitre est généralement reconnu comme la capacité de choisir librement nos propres actes et d’en déterminer les conséquences pour nous-mêmes. Par exemple, lors de votre réveil matinal, appuyez-vous sur « arrêt provisoire » de votre réveil ? Enfilez-vous votre survêtement pour aller courir ? Attrapez-vous une tasse de café ? S’agissant d’exemples simples, si vous croyez au libre arbitre, vous êtes sûr qu’il existe un nombre illimité d’actions susceptibles d’être entreprises au moment de votre réveil matinal et toutes sous votre contrôle.

Croire au libre arbitre facilite, pour les humains, le contrôle de leurs actes. C’est particulièrement important pour aider les gens à prendre de meilleures décisions et à se comporter de façon plus vertueuse.

Selon les chercheurs, par exemple, l’idée qu’une personne ne possède pas de libre arbitre va la rendre moins honnête, elle se comportera de façon agressive et même se soumettra aux idées et aux opinions d’autrui. Et comment pouvons-nous tenir ces gens moralement responsables de leurs actes si nous n’avons pas la conviction qu’ils sont dotés d’un libre arbitre leur offrant la possibilité d’agir différemment ? Seule la croyance dans le libre arbitre nous permettra de punir les gens pour leur conduite immorale.

Donc, non seulement la foi dans le libre arbitre constitue une valeur, mais cela produit un profond effet sur nos pensées et nos conduites. Il est évident que cette conviction influe sur la perception que nous avons de nous-mêmes.

Vous pouvez penser : « Bien sûr, croire dans le libre arbitre influence la façon dont je me sens moi-même. » Cela paraît évident et pourtant, de façon surprenante, on compte peu de recherches sur la question. J’ai donc réalisé deux études pour mieux connaître comment la conscience du libre arbitre retentit sur notre façon d’être.

Comment le fait de croire au libre arbitre retentit sur notre façon d’être

Pour la première de ces deux études, j’ai recruté 304 participants, tous travailleurs indépendants pour les tâches proposées par la société Amazon, programme dit Mechanical Turk. J’ai demandé à certains, pris au hasard, de commenter par écrit des expériences vécues rendant compte d’un haut niveau d’exercice du libre arbitre. Par exemple, le changement du cours d’une carrière professionnelle ; ou bien la façon dont ils auraient résisté aux drogues et à l’alcool. Les autres participants devaient eux traiter d’expériences mettant en jeu un faible niveau de libre arbitre, comme grandir dans la pauvreté ou travailler avec un patron autoritaire. Ensuite, on a prié tous les participants d’évaluer leur conscience d’eux-mêmes.

Les participants qui ont relaté des expériences marquées par un faible niveau de libre arbitre se sont ressentis moins « en phase » avec leur véritable moi. En d’autres termes, ils ont eu la sensation qu’ils ne se connaissaient pas aussi bien que ceux qui avaient commenté leurs expériences marquées par un niveau élevé de conscience de libre arbitre.

J’ai conduit alors une étude complémentaire pour tester leur ressenti d’authenticité, le sentiment que tous se comportaient selon leurs propres croyances, leurs propres désirs et leurs propres valeurs.

J’ai recruté un autre groupe de participants issus d’Amazon Mechanical Turk. Et, comme dans la première expérience, toujours au hasard, je les ai invités à commenter par écrit des expériences personnelles marquées par un haut niveau de libre arbitre ou, au contraire, un faible niveau. Ensuite, ils ont tous subi une épreuve de prise de décision. Ils ont eu à effectuer une série de choix : soit ils versaient de l’argent à une œuvre de charité, soit ils le gardaient pour eux.

Après quoi, on leur a demandé s’ils s’étaient sentis dans le vrai en prenant cette décision. Ceux du groupe éprouvant un faible niveau de libre arbitre ont indiqué qu’ils se sentaient moins dans leur vérité profonde que ceux du groupe doté d’un haut niveau de libre arbitre.

Debout et allons-y. Shutterstock

Alors, qu’est-ce que tout cela signifie ?

Au bout du compte, quand les gens ont le sentiment de peu contrôler leurs actes et les conséquences qu’ils entraînent dans leur vie, ils se sentent davantage éloignés de leur moi véritable. Ils sont moins en phase avec ce qu’ils sont et ne pensent pas que leurs actes correspondent à leurs croyances profondes et à leurs valeurs.

C’est dû, pense-t-on, au fait que la croyance dans le libre arbitre est liée à des sentiments de pouvoir sur nous-mêmes, la conscience d’être les auteurs de nos actes et de nous trouver activement impliqués dans la marche du monde. Comme vous pouvez l’imaginer, ce sentiment de pouvoir constitue une part importante de l’identité d’une personne.

L’importance d’avoir conscience que vous êtes en charge de votre vie vaut pour des actions importantes : déménager, ou s’engager dans un nouveau job ou encore réfléchir aux grandes questions de la vie. Mais cela s’applique également à des décisions mineures requises tout au long de la journée.

Voici un choix simple – mais digne d’être noté – que j’ai à faire chaque matin. Quand je me réveille et décide d’enfiler mon survêtement pour aller courir au lieu d’appuyer sur le bouton « roupillon » de mon réveil, je peux me sentir comme le seul preneur de décision dans ma routine matinale. En plus, je valorise la part de ma personne qui favorise la santé physique.

Mais qu’en est-il si je me réveille et pense être empêché de pratiquer mon exercice physique parce que je dois aller travailler ou pour toute autre raison rendant cet exercice difficile ? Je peux avoir le sentiment que quelqu’un ou quelque chose contrôle mon comportement et, peut-être, minore mon moi véritable.

Alors, êtes-vous doué de libre arbitre ? Chacun de nous en possède-t-il ? Souvenez vous, la question n’est pas de savoir s’il existe ou pas, mais de croire qu’il existe.

This article was originally published in English