Élections en Argentine : quel bilan de politique économique ?

Buenos Aires. Hernanpba/Visual Hunt, CC BY-SA

L’élection de Mauricio Macri (Cambiemo, coalition de centre-droit) à la présidence de la République à la fin de l’année 2015 et après 12 ans de péronisme (d’abord avec Nestor Kirchner entre 2003 et 2007 puis sa femme, Cristina jusqu’en 2015) a constitué un tournant dans l’histoire politique et économique de l’Argentine.

Dès sa prise de fonction, le gouvernement Macri met en place de nombreuses réformes rompant avec la politique économique menée par l’administration précédente : suppression du contrôle des changes et introduction d’un mécanisme de taux de change flexible ; annonce de la mise en place progressive d’une politique monétaire de ciblage d’inflation ; remaniement de l’Agence nationale de statistiques et publication de nouvelles séries de PIB, d’inflation, etc.

Parmi ces mesures, l’accord conclu entre l’Argentine et « les fonds vautours » en février 2016 quant au règlement du contentieux sur le remboursement de la dette publique externe, est emblématique du changement d’orientation de politique économique.

Si ce tournant a abouti à un premier succès emblématique sur le plan de la dette, il ne doit pas occulter les nombreux défis qui demeurent sur le plan économique.

Un premier succès sur le plan de la dette publique

Dans un contexte de crise économique et financière majeure, l’Argentine a fait officiellement défaut sur sa dette publique externe pour un montant de 81,2 milliards de dollars en décembre 2001. Ce défaut constituait alors le plus important défaut souverain de l’histoire. Dès l’année suivante, le pays entame un long et difficile processus de restructuration de dette. En effet, le défaut concerne plus de 700 000 créanciers, détenant 152 types d’instruments financiers, sous la loi de huit juridictions différentes. 93 % de cette dette est détenue par des créanciers privés, les 7 % restant étant détenu par des créanciers publics bilatéraux et multilatéraux.

Entre 2005 et 2010, le pays conclut divers accords de restructuration sur près de 93 % de sa dette, prévoyant une décote de 70 % de sa valeur et une reprise du paiement des échéances dues. Parallèlement, plusieurs fonds américains rachètent sur le marché secondaire des titres avant restructuration. Ces créanciers, détenteurs d’obligations émises sous droit américain refusent les termes de ces restructurations. Ils engagent alors une procédure de remboursement complet de leurs créances avançant la violation de la clause dite de « pari passu ».

En juin 2014, la Cour Suprême américaine confirme la décision prise en 2011 par le juge new-yorkais Thomas Griesa de bloquer tout versement aux créanciers détenteurs de titres obligataires restructurés tant que les fonds vautours n’étaient pas également payés. Un paiement de 539 millions de dollars aux créanciers restructurés est ainsi bloqué entraînant une dégradation des notes souveraines du pays en défaut partiel et empêchant l’émission de dette sur les marchés financiers internationaux.

En février 2016, la nouvelle administration Macri trouve un accord de règlement du contentieux avec ses créanciers non-restructurés. Les fonds spéculatifs acceptent d’abandonner leurs poursuites en échange d’un paiement de 4,6 milliards de dollars, permettant au pays de pouvoir de nouveau emprunter sur le marché obligataire international.

En avril 2016 et pour la première fois depuis 2001, le pays procède à une émission obligataire d’un montant de 16,5 milliards USD avec un taux de 7,5 % et une échéance à 10 ans. En dépit d’une conjoncture économique morose, l’attrait des investisseurs internationaux pour le pays est fort. En effet, les investisseurs ont placé pour 68 milliards de dollars d’ordres, soit 4 fois plus que le montant attendu.

En juin 2017, la dernière émission obligataire sur les marchés financiers internationaux d’une maturité de 100 ans pour un montant de 2,75 milliards USD à un taux de 7,9 %, dans un pays ayant connu quatre épisodes de défaut sur sa dette en devises au cours des quarante dernières années (1982, 1989, 2002, 2014), confirme l’attrait des investisseurs pour l’Argentine.

De nombreux défis restent à relever

L’emballement des marchés financiers, symbolisé par ces émissions obligataires, ne doit toutefois pas occulter les nombreux défis auxquels le pays reste confronté.

Après avoir enregistré une récession de 2,2 % l’année dernière, la croissance du PIB argentin devrait rester limitée à 2,5 % en 2017. Alors qu’elles étaient protégées de la concurrence internationale suite à la mise en place de nombreuses barrières aux échanges (système de restriction de licences aux importations ; monnaie surévaluée ; contrôle des changes etc.) au cours de la dernière décennie, les entreprises argentines ont vu leur productivité s’éroder et souffrent d’un déficit de compétitivité sur le marché international.

Si une partie de ces barrières a été levée, la relance de la compétitivité passera par la poursuite de l’amélioration du climat des affaires à même d’attirer les capitaux étrangers et de relancer l’investissement.

Dans un contexte d’inflation élevée, supérieure à la cible initialement fixée par la Banque centrale pour 2017 (entre 12 % et 17 %) et venant grever le pouvoir d’achat des ménages, l’efficacité de la politique monétaire devra également être renforcée afin de renforcer la crédibilité de l’institution.

Enfin, sur le plan des finances publiques, le maintien d’une trajectoire d’endettement public soutenable est conditionné à la réduction des importants déficits publics générés par l’État et les provinces. Il s’agira principalement pour le gouvernement de réussir à diminuer le montant des dépenses publiques – parmi les plus élevés en Amérique latine – sans pour autant sacrifier les dépenses d’investissement, génératrices de croissance, et les dépenses sociales à destination des plus démunis.

Dans ce contexte, les élections législatives et sénatoriales du 22 octobre constituent un nouveau test pour l’administration Macri. Bien que la coalition présidentielle ne puisse obtenir de majorité au Parlement, une augmentation du nombre de députés appartenant à la coalition présidentielle à l’Assemblée, associée à une victoire à la sénatoriale de la province de Buenos Aires (la plus peuplée du pays), serait considérée comme un succès pour le président Macri. Un tel scénario pourrait conduire l’administration Macri à accélérer les différentes réformes entreprises jusqu’alors.