Footbusiness : l’arbitre, juge inflexible ou être social influençable ?

Blaise Matuidi (PSG) et Nicolas Nkoulou (OM) le 4 octobre au Parc des Princes. Derrière eux l'arbitre Benoît Bastien. KENZO TRIBOUILLARD/AFP

Dimanche dernier avait lieu le fameux « Clasico », Paris contre Marseille, la capitale de la France contre la capitale de la Provence. Ce jour-là, l’arbitre Benoît Bastien a réalisé un match assez particulier, sifflant au total trois penaltys dont deux en l’espace de cinq minutes en faveur des Parisiens.

À chaque fois, les fautes étaient justifiées mais pas automatiquement sanctionnables : sur le premier, le choc entre le gardien Marseillais Mandanda et l’attaquant Ibrahimovic n’était pas violent, sur le deuxième, la main du défenseur Marseillais Rolando était involontaire. Certains observateurs ont même annoncé que l’arbitre allait être obligé de siffler un penalty en faveur de l’OM afin de compenser la peine faite à l’équipe.

Et cela arriva ! Dès la deuxième mi-temps, sur une faute anodine, monsieur Bastien accorda un penalty à l’OM. L’arbitre ne serait donc pas un juge inflexible prenant des décisions objectivement mais un être social influencé et conditionné par son environnement et ses sentiments.

À la recherche des biais cognitifs

Autrement dit, des facteurs tels que « jouer à domicile » ou « jouer à l’extérieur », « jouer dans un stade rempli » ou « jouer dans un stade vide », « arbitrer un match médiatisé » ou « arbitrer un match sans enjeux » perturberaient-ils la probité et la rigueur du corps arbitral ?

Serait-il possible de mesurer scientifiquement ce phénomène ? L’économiste espagnol Ignacio Palacios-Huerta, a tenté de réaliser un tel exercice. En étudiant le temps additionnel accordé aux équipes et le nombre de fautes, sur 10 saisons de Liga, le championnat espagnol, il a constaté que l’arbitre avait tendance à présenter de nombreux biais cognitifs.

Dans son livre L’économie expliquée par le foot, il démontre que l’homme en noir a tendance, toute chose égale par ailleurs, à offrir 30 % de temps additionnels en plus lorsque l’équipe qui joue à domicile est menée, afin qu’elle ait plus de chance d’égaliser. Inversement, lorsque cette équipe mène, le temps additionnel est réduit de 29 % par rapport à ce qui aurait normalement dû être accordé.

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Mais les biais se multiplient. Palacios-Huerta démontre aussi que la taille du stade influence l’arbitre. Plus l’enceinte est grande et remplie, en moyenne lorsqu’elle dépasse les 20 000 places et les 75 % de taux d’affluence, plus les erreurs se multiplient en faveur de l’équipe locale. Moins de fautes sont sifflées à son encontre et, en fonction de la physionomie du match, plus ou moins de temps additionnel est accordé.

Autre phénomène, la composition du stade. Palacios-Huerta, en étudiant les supporters locaux et visiteurs, montre que plus les premiers sont nombreux, plus l’arbitre est clément avec leur équipe. Mais plus le stade est ambiancé par des fans extérieurs, plus l’arbitre favorise leur club. D’ailleurs, l’économiste précise que le Real Madrid et le FC Barcelone, les deux géants du foot ibérique, profitent d’un avantage absolu sur ce point : ce sont ceux qui arrivent à drainer le plus de supporters à travers tout le pays.

L’enjeu pèse lourd

De même, il parvient à prouver un fameux comportement, le téléspectateur a un impact sur les décisions arbitrales. Regarder un match devant sa télé et insulter l’arbitre, finalement ça marche. En effet, en étudiant la part de l’audimat lors des matchs, Palacios-Huerta parvient à trouver une corrélation positive entre le nombre de téléspectateurs et les biais. Plus le match est regardé à travers le pays, plus le juge ressent une pression sociale et multiplie les erreurs.

Enfin, l’enjeu du match joue aussi énormément. Selon l’affiche du jour, selon la place des deux adversaires, selon le moment dans la saison – si les équipes jouent le maintien, la qualification en Europe voire le titre – l’homme en noir aura tendance à multiplier les erreurs et à siffler plus ou moins de fautes à certaines équipes.

Dans tous les cas, le représentant du jeu n’est pas totalement maître de ses décisions. Il reste un agent social influencé par son environnement, par ses sentiments et par ses craintes. Dans le fond, il est un être humain doué de sensations et de perceptions subjectives.

Peut-être faudrait-il l’aider avec des outils technologiques, telle que la vidéo, dont il est difficile de remettre en cause leurs objectivités, afin d’éviter que se maintiennent ces biais cognitifs