Grains de sable

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Inégalités scolaires : quelles pistes politiques ?

Les comparaisons internationales éclairent les racines de la spécificité française en terme d’inégalités scolaires, et même si elles ne sauraient révéler un « one best way », elles peuvent suggérer des pistes politiques, dans un domaine où les pays gardent une certaine maîtrise.

À cet égard, les évolutions constatées entre les dernières enquêtes PISA (2009-2012 notamment) constituent des expériences en vraie grandeur : dans certains pays, les performances des élèves ont significativement évolué, alors que certaines politiques étaient mises en œuvre. En Allemagne, les performances sont à la fois plus élevées et moins inégales, alors qu’ont été développés des standards nationaux faisant l’objet d’évaluations, et qu’on a accru le nombre d’écoles offrant une journée complète de cours.

Parmi les autres pays dont les progressions sont frappantes, il y a la Pologne, où la création d’un cycle secondaire inférieur unifié (à l’instar de notre collège) a produit de clairs effets ; au Portugal, on peut évoquer pêle-mêle la forte augmentation des ressources pour les publics défavorisés, la réduction du retard scolaire, le pilotage plus strict du système sur la base d’évaluations nationales.

Enseignements clairs

A contrario, un pays comme la Suède dont les élèves avaient, dans les premières enquêtes, des performances élevées et égalitaires, a vu ses performances se dégrader sensiblement. Dans ce pays, a été conduite depuis les années 1990 une politique de décentralisation des établissements et de libéralisation, avec un système de chèques scolaires permettant aux élèves de choisir leur école ; il s’en est suivi une ségrégation accrue des établissements, dont les élèves les plus défavorisés ont payé le prix.

Même s’il faut rester prudent, car on ne change pas à l’envi tel ou tel segment isolé du système, les comparaisons internationales suggèrent certains enseignements clairs, qui ne sont pas pour autant des « réformettes » car ils doivent tous être mis au service d’un modèle cohérent de ce que nous voulons pour l’école obligatoire. En la matière, le plus important est de dresser le portrait du jeune que nous voulons former, ce qu’il ou elle doit savoir… mais aussi tout le reste, ses qualités personnelles, ses « compétences sociales », les valeurs partagées. Il faut aussi s’intéresser au « comment », tant la manière d’enseigner est tout aussi importante que ce qu’on enseigne.

Rien ne justifie que l’enseignement ne s’appuie pas, comme les autres domaines de la vie, sur les acquis de la recherche, et la formation des enseignants est à cet égard essentielle. Si la recherche donne des pistes parfois très concrètes tant sur les méthodes pédagogiques qui s’avèrent les plus efficaces ou encore sur la manière d’interagir avec les élèves, elle convainc aussi de l’impact de l’organisation du temps scolaire sur les acquis des élèves. Alors même que sur les trente dernières années le volume global du temps scolaire et sa répartition entre les matières ont connu des changements considérables, rarement discutés au grand jour.

Pilotage des résultats

Les comparaisons internationales démontrent aussi le caractère délétère de la ségrégation des publics scolaires et de la concurrence entre écoles (deux phénomènes accrus depuis la suppression de la carte scolaire) : dans les collèges où se concentrent les élèves faibles s’enclenche une dynamique négative entre des enseignants abaissant leurs exigences (par souci légitime d’ « adaptation » aux élèves) et des élèves moins acquis à la culture scolaire et qui ont parfaitement compris qu’on les tenait pour faibles, sans compter des inégalités dans la qualité de l’ « offre » elle-même (enseignants débutants et moins stables que dans les collèges plus chics notamment).

Ces constats convainquent de l’importance d’un pilotage des résultats sur la base d’évaluations nationales (alors qu’en France celles-ci sont à la fois contestées et peu mobilisées pour le pilotage). Il faut ouvrir les yeux sur les réalités de notre système avec pour obsession ce que les élèves apprennent. Mais si en France, nous considérons volontiers l’éducation comme la « mère de réformes » il ne faudrait pas que la focalisation sur les acquis des élèves de 15 ans (qu’entraîne la médiatisation des enquêtes PISA) fasse oublier que tout ne se joue pas à 15 ans et à l’école : les relations entre les diplômes et les emplois, les perspectives d’insertion et de formation continue sont des paramètres importants.

Il est clair que s’il n’y avait pas tant d’emplois dont personne ne veut, et tant de chômage aussi bien sûr, le climat scolaire serait moins tendu. Toujours est-il que dans un pays comme le nôtre où les diplômes jouent un rôle important dans la carrière professionnelle et où les possibilités de formation continue sont peu développées, l’impact des inégalités scolaires va être spécialement fort. Cela renforce l’urgence qu’il y a à les combattre si l’on entend préserver si ce n’est la réalité du moins l’idéal d’égalité des chances, crucial en termes de cohésion sociale …

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