Inondations : y a-t-il un bon urbanisme ?

À Biot (Alpes-Maritimes), le 4 octobre, au lendemain des orages qui ont provoqué des inondations meurtrières. Jean-Christophe Magnenet/AFP

L’artificialisation d’un territoire n’est dans le cas d’inondations qu’un facteur aggravant. Si l’on prend l’exemple de ce qui s’est produit dans le sud de la France en octobre 2015 – avec quelque 180 mm d’eau tombés en trois heures et des pics de 107 mm en une heure –, les forts ruissellements en surface étaient inévitables. Les espaces naturels ne peuvent tout simplement pas absorber de telles quantités d’eau en un temps si court. Le problème est donc moins l’aléa que la vulnérabilité des populations confrontées à ces situations.

On peut toutefois agir en faveur d’un environnement urbain mieux préparé en identifiant avec précision les facteurs négatifs et d’autres, plus vertueux.

Facteurs aggravants

Parmi les impacts les plus néfastes de l’urbanisation relatifs aux risques d’inondation, on citera un fort taux d’imperméabilisation et un réseau de drainage d’eaux pluviales sous-dimensionné, associés à la rectification et à la canalisation des cours d’eau.

Les précipitations s’infiltrent, en effet, de moins en moins sur des sols imperméabilisés par les routes et les toitures. Le réseau de drainage est souvent saturé par l’augmentation du ruissellement ou par l’intensité des précipitations lors d’événements météorologiques exceptionnels. Cela accélère les apports vers les cours d’eau récepteurs qui, s’ils sont canalisés, ont moins de place pour évacuer les crues et ne peuvent non plus atténuer la vitesse d’écoulement car ils sont dépourvus de méandres. C’est le cas à São Paulo. La mégalopole brésilienne fait face à développement urbain chaotique et se trouve régulièrement frappée par des pluies torrentielles provoquant de fortes inondations.

En France aussi, certains cours d’eau ont été entièrement canalisés et même recouverts dans des ouvrages sous-dimensionnés pour les cas d’événements rares ou extrêmes. C’est notamment le cas du Paillon à Nice, du Furans à Saint-Étienne ou encore du Jarret à Marseille. Ce dernier cours d’eau a été canalisé et recouvert pour laisser place à l’une des artères les plus empruntées par les automobilistes de la cité phocéenne.

Protéger les sites industriels en érigeant des barrages de protection, une des mesures préventives du « Waterproof Amsterdam ».

Limiter les risques

Il faut distinguer deux types d’urbanisme capables de limiter les risques liés aux inondations : celui qui diminue (ou n’aggrave pas) l’aléa en lui-même ; celui qui en réduit les impacts.

Pour le premier cas, on peut citer des opérations d’aménagement urbain avec des ouvrages dit « multifonctionnels », comme aux Pays-Bas. Ceux-ci incluent la fonction de protection, des fonctions environnementales ou encore des fonctions d’aménagement urbain comme des promenades ou des parkings ; ils permettent éventuellement d’éloigner les ouvrages de l’eau, ce qui permet de réduire les aléas.

On peut citer l’exemple de « Waterproof Amsterdam », un des sites pilotes du « programme Delta » qui propose une nouvelle approche dite « multicouches » de la gestion du risque d’inondation. Celle-ci comprend un volet de prévention avec digues et barrages, un aménagement organisé pour limiter la vulnérabilité des principales infrastructures urbaines et enfin la mise en place d’une gestion de crise (plans d’évacuation, sensibilisation de la population). Les bénéfices sont multiples (paysage, sécurité), à condition d’accepter de laisser une partie du territoire en zone « naturelle » humide.

On peut aussi citer des opérations d’urbanisation à base de maisons flottantes ou d’habitations sur pilotis construites en zones inondables, deux techniques connues depuis des siècles. Il y a, par exemple, les « maisons amphibies » qu’on trouve au Pays-Bas ou plus récemment sur une île de la Tamise, au Royaume-Uni. Elles permettent de ne pas recourir à des digues et donc de ne pas surélever le niveau de l’eau. Il faut toutefois préciser que la construction sur pilotis sera efficace contre les inondations, mais pas en cas séisme.

Face aux inondations, des maisons amphibies (Futuremag, Arte).

Tout ceci vaut si dans les zones inondables (y compris celles protégées par des digues), on accepte que les secteurs les plus dangereux ne soient pas urbanisés, voire que les habitations soient rasées (et leurs habitants indemnisés) ; on peut citer à titre d’exemple le secteur de La Bouillie à Blois, dont le déversoir vise à limiter le débit de la Loire en cas de crue. En 2004, la communauté d’agglomération blésoise a lancé une opération dedésurbanisationde cette zone pour soustraire les habitants aux risques d’inondation.

On peut aussi envisager de remblayer certaines parties de la zone inondable pour la rendre non inondable, comme c’est envisagé pour certains vals de Loire (dont Orléans et Tours et leurs populations résidant en zone inondable derrière les digues). On peut également mentionner l’aéroport de Rotterdam qui peut servir de zone refuge en cas d’inondations massives.

Réduire les impacts

Pour ce qui est d’un urbanisme « réducteur » d’impacts des aléas, de nombreuses réponses existent, tant au niveau de l’habitat que des réseaux, comme le relèvement du rez-de-chaussée, par exemple ; reste à généraliser leur application lors de la construction et sur le long terme. Il y a souvent un coût associé à ces mesures de réduction de la vulnérabilité que l’on n’est pas toujours prêts à assumer. En France, on a ainsi pu constater que des habitations construites avec un rez-de-chaussée inondable non habitable avaient été transformées pour rendre cet espace habitable.

Si des solutions relatives à l’urbanisme existent, l’une des principales difficultés demeure dans la manière d’aborder les problèmes : l’urbanisation est souvent gérée selon une vision à court terme quand celle des inondations l’est sur un long terme, car elle est liée à la probabilité des événements.