La COP21 quand même

Miguel Medina/AFP

Alors que la France est sous le choc après les attentats du 13 novembre, qu’au moins 129 innocents ont péri et que des centaines d’autres sont toujours soignés dans les hôpitaux de Paris, il semble presque absurde de penser aux possibles conséquences de ces terribles événements sur la réponse internationale au réchauffement climatique.

Les organisateurs français de Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ont toutefois rapidement confirmé que la COP21 aurait bien lieu. Son annulation ou son report auraient en effet ressemblé à une victoire accordée à la terreur.

Il n’en demeure pas moins que la tonalité et le contexte des préparatifs de ce sommet ont radicalement changé. Selon toute attente, les participants seront moins nombreux et la présence policière, déjà importante, va encore s’intensifier. Si les dirigeants des principales économies prévoient toujours de se rendre à Paris pour la première partie des négociations, leurs esprits et leurs prises de parole seront occupés par bien d’autres choses que le changement climatique.

Avec un ordre du jour déjà bien rempli à la suite du sommet du G20 à Antalya en Turquie, le fait même d’être à Paris imposera que soient aussi évoquées des questions plus immédiates de sécurité internationale. On ne voit d’ailleurs pas comment plus de cent chefs d’État pourraient se réunir en France et ne pas faire référence à l’attaque terroriste la plus grave qu’ait connu l’Europe depuis les attentats de Madrid en 2004.

Les attentats de Londres et le G8

Cette situation me rappelle étrangement les moments difficiles que nous avons traversés lors du G8 de Gleneagles de 2005 en Écosse. Le 7 juillet, qui devait être consacré aux discussions sur le climat, avait été bouleversé par des attentats de Londres.

Ce matin-là, au moment où les attaques se produisirent, je me trouvais avec le premier ministre de l’époque, Tony Blair. L’information avait tout d’abord été annoncée par Sky News, avant qu’un appel du directeur général des transports de Londres confirme qu’il ne s’agissait ni d’un accident ni d’un problème mécanique, mais bien d’une véritable tragédie ! Le matin d’avant, Londres venait juste de remporter l’organisation des Jeux olympiques pour 2012.

Les discussions du G8 se sont poursuivies comme prévu, mais le premier ministre a dû partir pour la capitale britannique afin d’aider à coordonner les différents services impliqués. Le soir, Tony Blair est revenu à Gleneagles pour reprendre la présidence de la conférence. Ce fut un jour éprouvant qui restera gravé dans ma mémoire.

En dépit de l’absence de Tony Blair, plusieurs problèmes qui nous paraissaient augurer d’âpres discussions (notamment sur le financement du développement en Afrique et des technologies à faibles émissions de CO2) s’étaient en fait réglés à son retour. Ses homologues avaient compris l’importance de la réussite du sommet pour le maintien de l’ordre géopolitique international.

C’est ainsi que le 8 juillet, devant les caméras du monde entier, le texte de Gleneagles sur le changement climatique et l’Afrique avait été signé par tous les dirigeants du G8. C’était un moment de solennité politique jamais vu dans une telle réunion. L’un de mes collègues, à qui on avait demandé de trouver un stylo-plume à la hauteur de ces huit signatures, a précieusement conservé l’objet.

Construire un nouvel élan

Interrogé sur la chose qui lui paraissait la plus difficile dans son travail, le premier ministre conservateur britannique, Harold Macmillan, aurait répondu : « Les événements, mon garçon, les événements ».

Car peu importe le niveau de préparation des dirigeants, peu importe qu’ils passent leur temps et dépensent leur capital politique à mettre en avant leurs propres priorités, ils ne peuvent ignorer les événements. Qu’il s’agisse de catastrophes climatiques, comme le typhon Haiyan ou l’ouragan Sandy, ou encore de décisions politiques tels l’engagement de la Chine à réduire son pic d’émissions dans moins de quinze ans ou la décision du G7 de « décarboniser » l’économie d’ici à la fin du siècle, les chefs d’État ne peuvent pas vivre sous cloche.

Aussi, avant ce vendredi tragique, la pression pour qu’un accord international efficace sur le changement climatique soit obtenu était déjà forte. En effet, la Convention-cadre des Nations unies a su tirer les leçons des précédentes conférences climatiques et les États ont présenté leurs objectifs de réduction d’émissions par le biais des INDC (Intended Nationally Determined Contributions, ou « contributions nationales »).

Le président américain, Barack Obama, son homologue chinois, Xi Jinping, et la chancelière allemande, Angela Merkel, viendront donc à Paris après s’être déjà engagés à des politiques climatiques nationales ambitieuses. Ils ne viennent pas pour négocier un accord, mais pour garantir que la politique environnementale internationale se dote de moyens réels : c’est-à-dire une mise en œuvre effective des engagements internationaux ainsi que d’un processus ayant pour but d’atteindre des objectifs encore plus élevés.

Les attentats qui ont ensanglanté Paris donneront peut-être encore plus de raisons d’afficher une unité internationale. En France, face au président Hollande et à son très compétent ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius qui présidera la conférence, les dirigeants du monde entier seront peut-être plus enclins à signer un accord représentant une avancée notable, positive et symbolique pour le climat. À la fois pour la France, mais aussi pour affirmer sans détour la puissance du processus diplomatique international.

Des ténèbres qui se sont abattues sur Paris pourraient alors naître un accord climatique ambitieux incarnant un nouvel espoir, durable.

This article was originally published in English