Le chantier du siècle de l’Afrique : insérer ses jeunes sur le marché du travail

Jeunes Ougandais. Ken Banks, kiwanja.net / Flickr, CC BY

Placée au cœur des priorités des politiques nationales des sociétés civiles africaines, des partenaires au développement, la problématique de l’insertion économique des jeunes pousse les acteurs à proposer des réponses nouvelles, en particulier pour faire face au sous-emploi et à la précarité de l’emploi et des activités.

Offrir des emplois en quantité et qualité suffisante pour l’ensemble des jeunes d’Afrique constitue en effet l’un des plus grands défis pour les pays du continent comme pour l’ensemble de la planète. Développer des solutions pour mieux insérer les jeunes sur le marché du travail en Afrique nécessite de répondre à un certain nombre de questions :

Qui sont les jeunes en Afrique ?

Située entre l’enfance et l’âge adulte, la jeunesse apparaît comme une période de transition aux bornes floues. Le passage d’un statut de jeune à celui d’adulte se détermine souvent par l’autonomisation physiologique, psychologique, sociale et financière.

Les trajectoires d’accès à la vie d’adulte sont multiples même si on note une tendance au recul des âges des transitions. Les jeunes forment ainsi une catégorie très hétérogène vivant encore majoritairement en zone rurale mais bénéficiant de plus d’éducation que leurs parents.

Avec près d’un individu sur cinq entre 15 et 24 ans, l’Afrique est la région avec la plus forte proportion de jeunes au monde. De 205 millions de 15-24 ans en 2010, les jeunes africains pourraient être près de 437 millions à l’horizon 2050, soit 33,3 % de tous les 15-24 ans du globe.

La situation des jeunes face à l’emploi en Afrique

La notion d’emploi est complexe sur le continent africain et recouvre des réalités différentes. Dans certains contextes, l’emploi peut être salarié, stable, encadré par un Code du travail et une protection sociale. Dans d’autres, il peut être informel, instable, exercé au sein d’une micro-unité de production familiale et avec une rémunération facultative.

Les informations à disposition montrent que les taux d’activité des jeunes sont particulièrement importants dans les pays les plus pauvres de la région et, s’ils baissent à mesure que le niveau moyen de revenu des pays augmente, les emplois y sont alors de meilleure qualité.

Les taux de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni dans le système scolaire, ni en formation, ainsi que les taux de chômage, sont plus élevés dans les pays plus riches d’Afrique. Il apparaît en effet que dans les pays les plus pauvres, les jeunes ne peuvent pas se permettre de ne pas travailler et sont contraints d’accepter des emplois précaires ou d’être en pluriactivités.

À l’horizon 2030, plus de 30 millions de jeunes africains chaque année entreront sur le marché du travail. Leurs perspectives d’être employés dans le public comme dans le privé formel sont peu encourageantes. Les opportunités d’emploi seront donc essentiellement à créer dans le secteur informel et en zones rurales.

Processus d’insertion sur le marché du travail

Véritables trajectoires constituées d’obstacles, de difficultés, de la mobilisation de ressources et d’opportunités, les parcours d’insertion des jeunes sont multiples. Ils sont influencés par différents déterminants sociaux et environnementaux.

Les ressources personnelles, familiales et sociales conditionnent les parcours de ces jeunes, qui sont aussi confrontés à l’ensemble des freins et opportunités de leur environnement de proximité, et notamment à l’accès à la terre, à la mobilité, au capital financier et à l’information.

Au-delà de la diversité des contextes et des situations personnelles, quelques caractéristiques génériques ressortent : l’instruction influence les trajectoires ; la majorité des jeunes Africains réalise sa première activité économique au sein de l’activité familiale et combine études et activité économique ; la pluri-activité des jeunes est très répandue, tant en milieu rural qu’urbain.

Quelques parcours d’insertion « types » se dégagent : ceux (a) des jeunes formés de l’enseignement formel en zone urbaine, qui visent le salariat ; (b) des jeunes peu qualifiés, en milieu urbain ou rural, formés sur le tas, qui s’insèrent par la voie de l’apprentissage chez un patron ou s’installent ; (c) des jeunes ruraux très peu qualifiés et issus de milieux modestes qui travaillent pour la plupart sur l’exploitation familiale ; enfin (d) des jeunes très peu qualifiés de milieux modestes urbains ou ruraux, contraints à des activités de survie.

Schéma 1. Une diversité de situations : exemples de profils type d’insertion

Des dispositifs pour faciliter l’insertion des jeunes

Différents acteurs du pilotage et de la mise en œuvre des politiques et initiatives en faveur de l’insertion des jeunes interviennent plus ou moins directement dans les parcours des jeunes : familles et réseaux des jeunes, collectivités, structures pouvant accompagner les jeunes pour mobiliser des opportunités, ministères dédiés à la jeunesse, à la formation, à l’emploi, services publics de l’emploi.

Les services d’intermédiation entre l’offre et la demande incarnés par les agences et services publics de l’emploi s’avèrent généralement peu performants et peu adaptés au marché du travail africain. Les résultats assez mitigés des politiques sectorielles ont peu à peu imposé une approche plus territorialisée, fondée sur des dispositifs d’appui à l’insertion qui, au-delà de l’approche entre offre et demande, partagent la vision de la nécessité d’accompagner les parcours d’insertion des jeunes et de mobiliser tout un ensemble de ressources et d’opportunités de leur environnement.

À partir d’expériences relativement récentes d’appui à l’insertion, proposées par des acteurs privés comme publics, une typologie des dispositifs d’insertion est envisageable. Elle conjugue, outre les dispositifs « outils » décontextualisés, deux approches : (1) l’accompagnement individualisé de parcours de jeunes ou du développement d’entreprises et l’action sur leurs déterminants ; et (2) une entrée, plus prospective, par le développement économique.

L’insertion, dans les actions de ce second type, est une résultante plus qu’une finalité directe de l’intervention. L’ensemble de ces dispositifs reste relativement fragile et objet de forts enjeux de pérennisation financière et institutionnelle.

Tableau 1. Récapitulatif – Typologie des actions suivant les stratégies vis-à-vis des activités économiques

Concevoir et déployer des dispositifs d’appui à l’insertion des jeunes

Face au défi d’une problématique d’insertion des jeunes diverse et multiforme, les États africains et leurs partenaires définissent leurs orientations et recommandations.

Touchant plusieurs secteurs, elles traitent quatre principaux sujets : (1) le développement économique et la création d’emploi ; (2) le développement des compétences ; (3) la conception et le pilotage de politiques ; et (4) la conception et le pilotage des programmes et dispositifs d’appui à l’insertion des jeunes.

Il faut reconnaître le potentiel de création d’emplois et de valeur ajoutée du secteur informel et du monde rural tout comme de favoriser l’accès à l’emploi dans le secteur agricole, dans les entreprises individuelles et les entreprises modernes des secteurs porteurs.

Les efforts de développement des compétences et d’augmentation de la productivité du travail doivent être soutenus par l’amélioration de la qualité de l’enseignement fondamental et une orientation plus forte des politiques de formation vers l’insertion, en associant les jeunes à la conception et au pilotage des interventions.

Les États devraient développer, en associant les jeunes, des stratégies nationales d’insertion des jeunes afin d’inscrire en cohérence les actions et entrées existantes.

Enfin, pour répondre aux enjeux de pérennité institutionnelle et financière, les dispositifs locaux d’appui à l’insertion devraient évoluer sur plusieurs fronts : articuler appui aux parcours individuels et développement économique local, inciter à la convergence des approches sectorielle et territoriale et encourager le rapprochement des acteurs dans le cadre d’une approche intégrée au service de l’insertion des jeunes.

Deux enjeux sont clefs pour que la recherche puisse contribuer à concevoir des dispositifs efficients : affiner la caractérisation des parcours et besoins d’appui des jeunes et renouveler le cadre d’analyse des dispositifs pour qu’ils puissent conjuguer accompagnement individuel et prospective économique territoriale.