Les coûts des JO flambent, il faut les maîtriser

Le stade Olympique de Londres construit pour les JO. Guillaume Capron / Flcikr, CC BY-SA

Quand une ville envisage d’accueillir les JO, le coût de l’opération soulève trois questions : quel niveau ? Quel dépassement du coût initialement prévu ? Quel financement ?

Inflation des budgets, réduction des candidatures

La tendance est à l’inflation du coût d’accueil constaté (ex post) des JO (Tableau 1). Une ville hôte doit mobiliser près de 10 milliards € aujourd’hui pour une candidature susceptible d’être retenue par les membres du CIO. Six fois plus que trente ans plus tôt pour les JO de Los Angeles. Sans parler du coût exceptionnel de Pékin 2008 à 32 milliards €. Record battu par les JO d’hiver de Sotchi 2014 qui ont coûté 50 milliards $ (Andreff, 2013).

Le CIO essaie de limiter cette inflation en recommandant de mettre fin au gigantisme des Jeux, objectif réitéré dans son Agenda 2020 ; jusqu’à présent, cette volonté a été régulièrement contrecarrée en pratique par la winner’s curse (infra).

Accueillir les JO coûte cher aux villes hôtes et le nombre des candidats est en diminution : 11 intentions de candidature pour les JO 2004, 5 pour les JO 2020 et 2024 (Chappelet, 2016). Des villes renoncent à leur projet de candidature : Hambourg (référendum négatif) et Boston (décision municipale) se sont retirés de la course pour 2024, de même que St. Moritz, Munich, Stockholm, Cracovie, Lviv et Oslo pour les JO d’hiver 2022 pour lesquels les membres du CIO n’ont eu à choisir qu’entre Almaty et Pékin.

Tableau 1 : Coût ex ante et coût ex post des Jeux olympiques d’été depuis 1984 (en milliards d’euros constants 2014). DR, Author provided

Des dépassements impopulaires

Le coût d’accueil des JO est d’autant plus mal perçu par les populations locales que le coût ex post est toujours supérieur au coût ex ante annoncé lors de la candidature (Tableau 1). Le dépassement de coût va de 32 % aux JO d’Atlanta 1996 à 1130 % (12 fois plus cher que prévu) aux JO de Pékin 2008. En moyenne, le taux de dépassement du coût depuis les JO de 1968 est de 167 %.

Ceci découle du mode d’attribution des JO par lequel le CIO en situation de monopole mondial – il a un droit d’exclusivité absolu sur cet évènement sportif – met en concurrence des villes candidates à accueillir les prochains Jeux. Celles-ci ne peuvent éviter de se livrer à une surenchère pour l’emporter, i.e. être la ville élue comme hôte par les 92 membres du CIO.

La surenchère porte sur la qualité et la beauté du projet proposé par chaque candidat, mais aussi sur l’impact économique et le coût annoncé des Jeux dans cette localité. Pour augmenter ses chances d’être élue, chaque ville candidate sous-estime les coûts et surestime l’impact économique positif dans son dossier de candidature, en faisant valider de tels résultats anticipés par une étude confiée à un consultant renommé. Lequel fournira les résultats attendus afin d’être sollicités pour d’autres études commandées par des organisateurs de grands évènements sportifs internationaux à l’avenir (conflit d’intérêts).

Enchères faussées, « vainqueur maudit »

Dans un tel processus d’enchères, la théorie démontre que le vainqueur est le participant à l’enchère le plus optimiste, celui qui a le plus surestimé la valeur de l’objet et sous-estimé son coût (Andreff, 2012).

Il remporte l’enchère en surenchérissant sur tous ses concurrents, mais alors il paie trop cher l’objet qu’il obtient. Le vainqueur de l’enchère est perdant d’un point de vue financier, « il est maudit » (is cursed).

C’est le phénomène de la winner’s curse ou malédiction du vainqueur de l’enchère. L’attribution des JO par enchère oblige chaque candidat à surenchérir avec un projet plus mirobolant que ses concurrents, et à accepter de payer un coût plus élevé que prévu.

Les JO de Rio 2016 confortent à nouveau la théorie : partant d’un coût total de 9,5 milliards $ lors de la candidature, le coût effectif hors infrastructures était de 11,1 milliards $ en août 2015 tandis que 28 des 52 projets inscrits au cahier des charges n’avaient pas encore fait l’objet d’appels d’offres.

Dans ce coût, la part de la Public Olympic Authority chargée d’améliorer les infrastructures n’était que de 1,9 milliard $, alors qu’elle est dotée de 15 milliards $. Quand ces derniers auront été dépensés, le taux de dépassement du coût total sera de l’ordre de 150 %. Comme d’habitude.

Un financement mixte

Le coût total des JO se décompose en un coût de fonctionnement du comité local d’organisation (COJO), un coût des équipements sportifs et un coût d’infrastructures non sportives (centre de médias, routes, hôtels, rénovation urbaine, etc.). Le premier dépasse rarement les revenus du COJO ou modérément (déficit de 288 millions F aux JO d’Albertville 1992). Les dépassements de coût et les éventuels déficits proviennent des dépenses d’équipements sportifs et d’infrastructures. Il est crucial de savoir qui les finance.

Les seuls JO financés à 100 % sur fonds privés sont ceux de Los Angeles. C’est la seconde cause de leur rentabilité, outre l’absence de winner’s curse, les investisseurs privés évitant de perdre de l’argent. Le plus souvent le financement est mixte avec une participation d’au moins 30 % de fonds publics (Preuss, 2004) et plus de 80 % dans certains cas (Munich 1972, Montréal 1976, Pékin 2008).

Les JO de Londres 2012 ont été financés à 52 % par l’Etat, 8 % par des collectivités locales, 19 % par une loterie publique et 21 % par des fonds privés. Or les financements publics sont surtout dirigés vers les infrastructures, pour lesquelles on observe les plus importants dépassements de coût et déficits, ensuite vers les équipements sportifs, dont les coûts sont fréquemment dépassés.

Contrôler les coûts

D’où la réticence des contribuables conscients que l’accueil des JO dans la localité risque d’entraîner ex post des impôts destinés à couvrir le déficit ; d’où leurs votes parfois négatifs en cas de référendum. Les contribuables grenoblois ont payé jusqu’en 1992 le déficit des Jeux de 1968, ceux de Montréal pendant trente ans après 1976.

La candidature de Paris 2024 annonce un coût total ex ante de 6,2 milliards €, soit 3,2 milliards de coût d’organisation financés sur fonds privés (dont 1,8 par le CIO), 1,7 milliards d’équipements sportifs et 1,3 milliards d’infrastructures non sportives ; ces derniers 3 milliards sont à la charge de financements publics. C’est à leur sujet que l’économiste est vigilant quant à un possible dépassement de coût.

Je suggère la création d’une commission de contrôle des coûts destinée à stopper les dépenses si les financements publics étaient sollicités au-delà de ce qui a été annoncé dans le dossier de candidature. Les contribuables franciliens apprécieront.

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