Histoire(s) d’école

Histoire(s) d’école

Les programmes sont-ils politiques ?

Quelles Histoire ? Quelle histoire ! (Petit Journal, 10 janvier 1997). patricia m/Flickr, CC BY-SA

Cette chronique est publiée en partenariat avec la revue « Le magazine de l’Education » du laboratoire EMA-TechEduLab de l’Université de Cergy-Pontoise.


Comment les programmes pourraient-ils être autrement que politiques ? Telle serait une autre manière de poser la question. Le projet de l’école républicaine est un projet intrinsèquement politique à partir du moment où dès la Révolution française, il a été conçu comme la participation de l’État à la prise en charge de l’éducation des futurs citoyens, à une « éducation nationale » disait Lepeletier de Saint Fargeau en 1793.

Victor Duruy. Wikipedia

Dès lors, l’écriture des programmes devenus nationaux sous Victor Duruy, a été mise au service d’un projet politique de grande ampleur : former des Français, des citoyens, des lettrés dont on attendra en retour la légitimation et la consolidation de l’État, impérial d’abord, républicain plus tard.

Le délicat contexte français

Le mot « programme » est quasiment une spécificité française ; ailleurs on lui préfère des concepts plus souples : « plan d’étude » en Suisse, « curriculum » dans la plupart des autres pays du monde. C’est dire l’importance accordée au texte de cadrage en contexte français, au prescrit.

De fait, les programmes sont aussi des textes hybrides : publiés au Journal officiel, ils ne sont pas débattus par le parlement mais restent des textes très contraignants, ce qui ne manque pas d’étonner nos voisins étrangers circonspects face à l’importance qu’on leur accorde, aux débats qu’ils déclenchent et au stress qu’ils génèrent rituellement chez les enseignants courant après leur montre pour les boucler.

La question se corse lorsque la discipline concernée est elle-même intrinsèquement politique. C’est le cas de l’enseignement de l’histoire qui doit son acte de naissance – du moins dans sa dimension sécularisée – à la volonté de construire l’unité nationale autour d’un récit historique fédérateur que l’on estime à l’époque suffisamment « actif » pour produire de l’amour patriotique et de l’identité nationale.

Les contenus d’histoire sont politiques

Des trois finalités identitaires, civiques et intellectuelles assignées à l’enseignement de l’histoire, c’est sans doute la dernière qui est encore aujourd’hui la plus minimisée, surtout pour les petites classes, au profit des deux premières qui alimentent tous les débats, du ministère aux rédactions des médias nationaux.

C’est pour juguler cette politisation parfois très vive que différents dispositifs d’écriture des programmes ont été expérimentés récemment. Entre 1989 et 2005, le Conseil National des programmes (CNP) tente un circuit long, impliquant plusieurs catégories d’acteurs et ne laissant au ministère que l’arbitrage final. Bon an mal an, cela ne fonctionne pas si mal, et, pour les questions chaudes, souvent mémorielles, comme le fait colonial, le chemin opère comme un « circuit de refroidissement » de la politisation justement.

Plus récemment, après une période d’opacité, Vincent Peillon, sous couvert de quête de consensus, a choisi d’introduire au sein du nouveau Conseil Supérieur des Programmes (CSP) six parlementaires de droite et de gauche. Le résultat a été plus qu’explosif puisque les programmes de collège ont déclenché en 2015 la dernière séquence d’extrême politisation de l’enseignement de l’histoire, autour de la place faite à l’histoire nationale, séquence finalement arbitrée à Matignon…

Était-il possible de faire autrement ? Sans doute, en admettant comme sain que les contenus d’enseignement nourrissent des débats démocratiques mais en ne confondant pas ces débats avec des tribunes politiciennes.

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