Livraison par drone, les nouveaux pilotes ?

Livraison Amazon par drone. Amazon

Amazon géant américain de la vente par correspondance, avec un chiffre d’affaires de 107 milliards de dollars en 2015, offre la possibilité de recevoir chez soit un produit commandé quelques heures plus tôt. En France, Amazon c’est 4 000 employés et un projet de recruter 1 500 personnes de plus en 2017 dont 1 000 dans le futur centre de distribution de Boves. Le transport international est responsable d’une part non négligeable des émissions de CO2. De nouvelles solutions de transport moins polluantes font leurs apparitions. Ces dernières sont implémentées sur tous les segments du transport.

L’un des challenges pour une société de vente correspondance est la gestion de la livraison en ville. Cette partie qui peut représenter 20 % du coût total du transport et aussi l’une de celles qui est le plus visible et qui soulève le plus de difficultés.

Parmi ces dernières nous pourrions citer les problèmes de congestion des infrastructures routières (154 h par an de temps perdu par les Franciliens), de nuisances sonores (livraisons à 6h du matin dans des quartiers résidentiels ayant un impact sur la qualité de sommeil du voisinage, de pollution et d’accidents plus ou moins graves. Dans un souci de contourner ces contraintes, le géant américain se lance dans la livraison par drone.

La première livraison en Europe a eu lieu en Angleterre dans la région de Cambridge il y a un peu plus d’une année. Les aficionados de la série Fais pas ci, fais pas ça ont pu voir lors de la diffusion de la neuvième saison une livraison par drone. Ce dernier survolait un jardin et a littéralement largué son colis quand il est arrivé à destination.

Si la livraison par drone semble régler les problèmes tels que la congestion et la pollution, elle en pose d’autres. Qu’en est-il, en effet, de la sécurité et de la sûreté deux sujets fortement dépendant de la formation que les opérateurs auront suivie ?

En terme de sécurité, comment s’assurer que les drones ne provoqueront pas un accident en percutant un édifice, une personne ou un autre véhicule ?

Recrutement et formation des nouveaux pilotes

Ce nouveau mode de livraison qui apparaît comme novateur annonce de nouveaux questionnements liés à la gestion des RH et au recrutement de nouveaux collaborateurs. En effet, cela suppose pour l’entreprise de repenser sa politique de détection des talents ainsi qu’une réflexion sur la formation de nouveaux salariés : les pilotes de drones.

Recruter signifie intégrer les bons profils au bon moment. Mais qu’est-ce qu’un bon pilote de drone ? Il est fort probable qu’aucune fiche de poste « type » n’existe. Il s’agit donc là de repenser les profils des livreurs. Habituellement, il s’agit de collaborateurs recrutés pour leur promptitude, leur amabilité et leur ponctualité. Le pilote de drone n’a pas besoin d’être aimable.

En revanche, il doit être habile. Des tests psychotechniques pourront alors être envisagés à l’embauche. Une formation à la sécurité et une sensibilisation à la notion de risque s’avèrent indispensables. La tragédie de la Germanwings a d’ailleurs rappelé aux compagnies aériennes combien il est important de veiller à la santé physique et mentale des pilotes.

Les futurs pilotes de drones devront-ils être formés comme les pilotes de l’avions civile ? Seront-ils soumis aux mêmes exigences ? En théorie ils devraient l’être, tant le risque est présent. Déjà plusieurs sociétés privées proposent de former les pilotes de drones. De son côté, l’aviation civile s’appuie sur l’arrêté du 17 décembre 2015 « Relatif à la conception des aéronefs civils qui circulent sans personne à bord, aux conditions de leur emploi et aux capacités requises des personnes qui les utilisent ». Les dispositions de l’arrêté sont notamment complétées par celles de l’arrêté du ministère de l’Écologie, du développement durable et de l’énergie.

La Fédération professionnelle du drone civil (FPDC), créée en 2013, fédère les acteurs privés et institutionnels du secteur du drone français. Elle assure la promotion nationale et internationale des potentialités des aéronefs sans pilote dans le domaine civil, pour les industriels et les médias.

L’association a pour but de supporter et coordonner les efforts de promotion nationale et internationale relatifs aux potentialités des aéronefs sans pilote dans le domaine civil. La FPDC est devenue un interlocuteur de référence pour la filière du drone civil en France grâce à ses liens forts avec l’autorité de tutelle, les ministères, les tiers privés, les industriels et les médias. Un certificat de formation professionnelle pourrait garantir la qualité des formations dispensées.

Amazon devra aussi affronter de nouveaux risques : dommages éventuels créés aux personnes et aux biens.

Gestion des risques

Livrer avec des drones soulève bien sûr la question des risques. On pense notamment aux dommages aux personnes et aux biens mais aussi aux problématiques d’occupation de l’espace aérien. Par ailleurs, les pilotes de drones sont susceptibles de commettre des actes terroristes ou malveillants. Lors du recrutement on gardera donc bien en tête la nécessité d’un casier judiciaire vide par exemple.

L’exploitant d’un drone peut être rendu responsable, dans les conditions du Code civil, des dommages causés aux autres aéronefs et il est de plein droit responsable des dommages causés aux personnes et aux biens en surface (articles L.6131-1 et L.6131-2 du code des transports). Les drones se voient appliquées les mêmes règles que pour les autres aéronefs. Les pilotes de drones professionnels doivent donc parfaitement connaître les lois de la météorologie, de l’aérologie. Le pilote de drone professionnel est également responsable de la sécurité des personnes et des biens.

Conformément à la législation du 11 avril 2012, toute personne souhaitant piloter un drone à des fins professionnelles doit détenir au minimum :

  • une déclaration de niveau de compétences

  • un brevet théorique de pilote d’ULM pour lequel un certificat médical de non-contre-indication à la pratique de l’ULM sera demandé.

Rien à voir cependant avec les conditions restrictives demandées aux pilotes de l’aviation civile.

Un contexte juridique en construction

Comment s’assurer que le colis sera correctement livré ? En effet, comme la livraison par la Poste qui a eu lieu le 16 décembre 2016 et qui fut un succès a lieu pour une livraison dans une entreprise. Quid d’une livraison chez un particulier qui n’est pas forcément présent ou encore comment être persuadé que le colis a été livré à la bonne personne ?

D’un point de vue légal, de quelle convention internationale dépend la livraison par drone en cas de litige (retard, colis endommagé) ? Ceci impliquerait la mise en place de nouveaux code et/ou d’amender les conventions existantes.

Livraison par drone pour La Poste. La Poste

La livraison effectuée par la Poste a été reconnue comme un succès. En effet, elle a permis la livraison d’un colis dans une zone compliquée ou éloignée. L’avantage de la livraison par drone est double. D’une part, le colis livré l’est sans utiliser d’énergie fossile, du moins sur cette partie de son trajet et elle permet une optimisation des tournées et par conséquent une baisse des émissions de CO2 pour la livraison des autres colis.

La livraison se fait en entrant les coordonnées du point de livraison par des opérateurs. Cependant, comment s’assurer que ces dernières sont les bonnes et que le drone ira bien livrer son colis et ne sera pas l’outil d’une attaque terroriste. Jusqu’au 11 septembre 2001, les avions étaient vus comme des sujets d’actes terroristes, nombreux étaient les détournements d’avions. À partir du 11/09/2001, les avions ont été perçus comme des objets ce qui a eu comme conséquences la mise en place du code ISPS (international ship and port facility security). Qu’en est-il pour les drones ? Autant de questionnements en suspens.

The Conversation is a non-profit + your donation is tax deductible. Help knowledge-based, ethical journalism today.