Mondialisation, virus et cinéma

L'avenir de l'humanité est-il menacé par des mégavirus ? Allociné

Les missions habitées vers Mars se mettent tout doucement en place. Le milliardaire Elon Musk travaille depuis des années sur un projet de mission vers Mars, les lancements de fusées vers la station spatiale internationale n’étant qu’une étape dans son projet. La chaîne de télévision du National Geographic a tourné une série intitulée Mars. On y voit l’arrivée des astronautes et leur vie quotidienne sur la planète. La NASA travaille sur ce projet de conquête et d’exploration de la planète par des astronautes, mais cela demande d’abord de développer les technologies permettant de retourner sur la Lune…

L’intérêt d’une telle mission est de mieux connaître le passé géologique de la planète rouge afin de mieux comprendre l’histoire de notre Terre et surtout de trouver des éléments de réponse quant à l’apparition de la vie. Pour cela, il est prévu de prélever des échantillons du sol et de les analyser. Aussi une des questions qui se pose pour ce type de mission est celle d’une contamination éventuelle lors du retour. En effet, la crainte est de ramener un virus face auquel nous serions démunis. Pour éviter ce genre de situation, certaines précautions doivent être prises à l’image des astronautes restés en quarantaine après leur retour de la Lune.

Le film de science fiction Life, origine inconnue sorti récemment reprend cette idée de contamination. Une capsule en provenance de Mars qui ramène des échantillons sur la Terre pour les analyser est réceptionnée sur la station spatiale internationale. De ce fait, mondialisation oblige, la menace pèse cette fois-ci sur l’ensemble de l’humanité ! Mais ce film aborde-t-il un futur proche gorgé d’angoisse avec quelques pépites d’espoir ou évoque-t-il au contraire un passé angoissant encore présent dans les mémoires ?

Pandémies tueuses

Les virus contaminant l’humanité sont légion au cinéma… et dans la vie. Plusieurs films posent la question de cette diffusion d’un virus à l’échelle de la planète : (Contagion, World War Z) du fait des moyens de transport reliant les différentes parties du monde. Le remake de la Planète des singes aborde la même idée, mais en faisant disparaître l’espèce humaine, celle-ci étant remplacée par les singes. Tous ces films qui ne sont que des fictions angoissantes font pourtant référence à des situations que l’humanité a déjà connues.

À partir de 1492, la colonisation de l’Amérique par les Européens contribue à diffuser des maladies qui déciment les populations locales. Les Européens apportent avec eux la rougeole, le typhus, la diphtérie, la grippe… les transmettent involontairement aux Amérindiens qui ne sont pas immunisés et qui décèdent par millions. La contamination se fait dans les deux sens. L’épidémie de syphilis en Europe au 16e siècle semble résulter de cette conquête coloniale par les Espagnols ! En 1918, la grippe espagnole décime entre 20 et 40 millions de personnes dans le monde, ce qui relativise les 10 millions de morts de la Grande Guerre.

Il y a quelques années, l’épidémie Ebola en Afrique de l’Ouest n’a décimé « que » 10 000 personnes grâce à des mesures de confinement régional et à des soins adaptés. Enfin, tous les ans, le virus de la grippe (H5N1 et autres) n’attend qu’une mutation pour se diffuser telle une traînée de poudre à travers la planète. Tous ces cas montrent la menace de ces virus mais aussi la difficulté à réagir face à une pandémie, que ce soit en produisant les vaccins, en soignant les populations contaminées ou en les isolant du reste de la société. Mais le pire est peut-être à venir.

Mégavirus réveillés

Un article du CNRS de 2016 montre la présence de virus géants dans le pergélisol de l’Arctique. Ces mégavirus sont pathogènes et il est nécessaire de prendre des précautions. La péninsule de Yamal, directement concernée par le réchauffement climatique devient plus accessible et attire du monde, notamment pour exploiter les ressources en hydrocarbures. Un article de Science et Avenir fait le point en 2016 sur la situation de l’arctique russe sur les menaces qui pèsent. Parmi celles-ci, l’anthrax réapparaît, tuant un enfant et décimant 2 300 rennes (incinérés par l’armée). Dmitri Kobylkine, gouverneur de la région Yamalo-Nenetski affirme alors « nous n’avions jamais envisagé une telle menace bactériologique ».

Depuis, une partie de la région a été isolée et un espace de transition de 12 600 km2 a été instauré. 1 500 personnes ont été vaccinées à titre préventif et le sol a été désinfecté. La péninsule de Yamal est devenue un avant poste qui se doit de protéger la civilisation en éradiquant la menace sur place. En effet, les personnes qui viendront travailler dans cette région et les navires qui emprunteront la route maritime du nord ne risquent-ils pas d’apporter en Europe (ou en Asie) ce que le continent a déjà connu avec l’épidémie de peste ?

L’épidémie de peste de Marseille, en 1720, est causée par l’arrivée d’un navire, le Grand-Saint Antoine provenant d’Asie. Malgré le décès de six membres d’équipage, la mise en quarantaine du navire ne dure pas. La maladie se répand comme une traînée de poudre via les poux du corps présents dans les vêtements récupérés sur les victimes. En six mois, 48 000 personnes décèdent. L’isolement de la ville n’empêche pas l’épidémie de se propager, faisant 120 000 morts en trois ans. Les morts sont enterrés rapidement mais le bacille de la peste est toujours présent dans la pulpe des dents.

En effet, le virus de la peste se diffuse dans l’organisme par le sang. Aussi, toutes les parties du corps sont affectées, même les dents qui contiennent une pulpe qui les nourrit. Cette pulpe est alimentée par le système sanguin et donc se trouve contaminée. Au cours du temps, l’émail de la dent protège la pulpe qui se trouve enfermée et protégée dans un cocon. La pulpe infectée conserve encore de nos jours le bacille qui, bien que n’étant plus actif, est toujours là ! La dent est donc comme une capsule temporelle ayant transporté le bacille de la peste depuis le XVIIIe siècle !

Dans le monde, les scientifiques estiment que la peste est présente dans le sol de certaines régions désertiques (Afrique du Nord, Asie centrale, Chine…) et que son réservoir sont les rongeurs. Ces régions sont désertiques et peu peuplées et ces rongeurs ne sont pas toujours en contact avec l’homme, sauf quand des nomades viennent à passer. Le virus se propage alors via les animaux (dromadaires) qui décèdent rapidement. Or dans certaines contrées, le dromadaire est un animal ayant une grande importance dans la société. Aussi, une fois mort l’animal est consommé, notamment le foie qui concentre le virus. La maladie passe ainsi de l’animal à l’homme. La peste reste donc endémique et ne se propage que ponctuellement.

Un scénario de science-fiction inspiré par l’histoire

Le série Mars reprend les éléments de cette peste marseillaise. Un échantillon du sol martien arrive isolé dans sa capsule telle la pulpe dans la dent. Arrivant d’un autre monde, l’échantillon est mis en quarantaine. Isolé derrière un mur de verre, les contacts se font à distance avec des bras manipulateurs – de la même façon, les prêtres qui disposaient à Marseille de porte-hosties d’un mètre cinquante. Pourtant, malgré toutes ces précautions, une morsure contribue à contaminer le sang et affecter progressivement les six membres d’équipage. La lutte pour la survie commence.

Bande-annonce de la série « Mars ».

Le film évoque donc un avenir sombre et anxiogène en s’inspirant du pergélisol arctique qui libère des mégavirus et l’éclaire du cas de la peste. Dans le monde réel, les scientifiques estiment qu’il faut installer dans l’Arctique des espaces de confinement dans les lieux d’exploitation du sous-sol pour éviter toute diffusion d’une éventuelle contamination d’un virus pathogène inconnu. Dans le film, la piste du confinement est privilégiée aussi, sauf que l’action se déroule sur Mars.

Éclairer le futur à l’aide du passé, pour dénoncer une situation présente face à laquelle il faut réagir de toute urgence, tel est souvent le rôle des œuvres de fiction.

Cette « prédiction » du futur de la vie sur Mars qui se transforme en cauchemar pour l’humanité est une façon de tirer un signal d’alarme en montrant ce qui pourrait arriver sur Terre à partir de l’Arctique.