Origines de l’asthme : ce que l’on sait, ce que l’on suspecte

L'asthme a fortement progressé dans les sociétés occidentales au cours des 50 dernières années. Shutterstock

L’asthme est une maladie inflammatoire chronique des poumons. Les voies aériennes des personnes qui en souffrent deviennent tellement obstruées qu’elles peinent à respirer.

Le fait que l’asthme soit environ cinq fois plus répandu dans les pays occidentaux qu'ailleurs suggère que le mode de vie joue un rôle majeur dans son apparition. Étant donné qu’il se développe généralement durant l’enfance, de nombreuses études scientifiques ont comparé le vécu d’enfants qui avaient développé la maladie en âge pré-scolaire avec celui d’enfants non asthmatiques, afin de déterminer son origine.


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Le système immunitaire

Une découverte commune à ces études est que les enfants touchés par l’asthme avaient tous été victimes d’une infection respiratoire virale sévère, ou « bronchiolite virale », durant leur petite enfance. D’autres études ont montré que les virus respiratoires provoquent des exacerbations (des « attaques » d’asthme qui résistent au traitement) chez les personnes affectées par la maladie. Chez des individus déjà susceptibles, les infections par ces virus contribuent donc au déclenchement de la maladie, à sa progression, et à son aggravation.

Notre système immunitaire possède plusieurs systèmes de défense anti-virale. L’un d’entre eux repose sur la production de protéines appelées interférons. Celles-ci doivent leur nom au fait qu’elles interfèrent avec la réplication des virus (leur reproduction). Dans certaines études, les cellules immunitaires de patients asthmatiques ont produit des quantités d’interférons plus faibles que la normale, ce qui suggère que ces personnes pourraient être plus susceptibles aux virus respiratoires, et donc, à l’asthme.

Il est important de souligner qu’il existe différentes formes d’asthme. Nous savons qu’il existe plusieurs sous-types de la maladie, qui peuvent avoir diverses origines.

Le sous-type dominant, qui affecte environ la moitié des asthmatiques, est appelé « asthme éosinophilique ». Les recherches menées durant les deux dernières décennies ont permis d’identifier un certain nombre de protéines présentes en quantité chez les personnes atteintes par cette sorte d’asthme.

Plusieurs nouvelles thérapies impliquant des anticorps capables de neutraliser ces protéines commencent à arriver sur le marché. Parmi celles déjà disponibles figurent les anti-interleukine-5, une protéine qui joue un rôle dans l’activation des cellules du système immunitaire.

Un certain nombre de protéines existent en abondance chez les personnes atteintes d’asthme. Shutterstock

Fait important, certains de ces nouveaux médicaments sont efficaces chez les patients atteints d’asthme sévère. Or cette forme d’asthme est difficilement contrôlée par les traitements de fond tels que les corticoïdes, qui agissent en diminuant l’inflammation des voies respiratoires.

L'importance des marqueurs biologiques

Notre salive, notre respiration et notre sang contiennent des biomarqueurs (tels que l’interleukine-5 et le monoxyde d’azote que nous expirons). Leur analyse permet aux médecins de déterminer quel traitement a le plus de chance de fonctionner pour un patient donné. Toutefois, ces méthodes ne sont pas encore parfaites, et à l’avenir de meilleurs biomarqueurs pourraient être découverts.

Les connaissances sur les types d’asthmes moins courants sont encore lacunaires, mais des avancées sont réalisées dans ce domaine également. Une étude fondatrice récente a par exemple révélé que l’ajout d’azithromycine (un antibiotique) aux thérapies anti-asthme réduit le nombre d’exacerbations non seulement chez les patients atteint d’asthme éosinophilique, mais aussi chez ceux victimes d’asthme non-éosinophilique.

Il est peu probable que les effets bénéfiques de l’azithromycine reposent uniquement sur son activité antibiotique, mais cette découverte souligne l’importance du microbiote – les microbes qui vivent sur notre peau et dans nos poumons ou nos intestins.


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Le rôle du microbiote

Mauvaise alimentation (avec peu de fibres et beaucoup de sucres), mode de vie urbain, famille de taille restreinte, naissance par césarienne, emploi de lait maternisé, trop grande utilisation d’antibiotique… La majorité des facteurs identifiés comme augmentant le risque de devenir asthmatique affectent la diversité de notre microbiote.

À la fin des années 1980, il avait été observé que, dans les familles nombreuses, les enfants les plus jeunes couraient un risque moindre de développer des allergies. Il a été postulé que ceci aurait pu être lié au fait qu’ils étaient exposés à davantage de germes, ce qui a donné naissance à une hypothèse connue sous l’appellation d’« hypothèse hygiéniste ».

Cette hypothèse hygiéniste est désormais davantage envisagée comme une « hypothèse microbiotique », car le microbiote se met en place et mature durant les premières années de la vie. De récentes études ont montré que les enfants qui présentent un risque élevé de devenir asthmatiques possédaient un microbiote déséquilibré à l’âge d’un mois.

Notre constitution génétique ne peut pas être responsable de l'augmentation très rapide de la prévalence de l'asthme observée au cours des 50 dernières années. Or la composition de notre microbiote peut changer rapidement (en quelques jours). Il contient 150 fois plus de gènes que notre propre génome, et il est fortement influencé par le microbiote de notre mère, en particulier durant les premières années de vie.

Suite à ces découvertes, les projecteurs se sont braqués sur le mode de vie occidental et la façon dont il influence le métagénome (appellation qui recouvre l’ensemble formé par notre génome et la multitude de génomes microbiens qui nous accompagne).

Qu’est-ce que le microbiote intestinal ? - Conférence du Pr. V. Castronovo, de l'Université de Liège.

Nous devons désormais découvrir comment le microbiote affecte notre système immunitaire pour nous conférer une protection ou, au contraire, une susceptibilité accrue vis-à-vis des infections virales des voies respiratoires et, plus tard, de l’asthme.

L'influence de l'alimentation

Un certain nombre d’études très élégantes, principalement menés sur des modèles animaux, ont démontré que le régime alimentaire influence la composition du microbiote intestinal, laquelle en retour affecte non seulement la santé de l’intestin, mais aussi celle d’autres organes et tissus.

Ceci s’explique parce qu’en se nourrissant, les micro-organismes qui composent le microbiote intestinal fabriquent des produits (ou « métabolites ») qui passent dans notre circulation sanguine. Ces produits d’origine microbienne peuvent influencer le développement et la maturation de notre système immunitaire ainsi que ceux des cellules non-immunitaires, et donc affecter nos défenses en cas de rencontre avec des agents extérieurs tels que les virus respiratoires.

Une étude a révélé que le traitement de souris avec des antibiotiques (qui perturbent le microbiote) diminue leur capacité à produire des interférons en réponse à une infection par le virus de la grippe. Et d’autres travaux récents ont montré qu’une mauvaise alimentation maternelle durant le troisième trimestre de la grossesse augmente la sévérité des bronchiolites virales chez les nouveau-nés. Les auteurs de cette étude à grande échelle n’ont pas cherché à savoir si cet effet était associé à des altérations du microbiote, ce qui pourrait être une explication et devra être élucidé.

Une fois que nous en saurons davantage sur le lien entre l’asthme et les microbes que nous hébergeons, nous serons mieux armés pour traiter et, espérons-le, prévenir l’asthme.

This article was originally published in English