Partager les données du monde… avec le monde entier

L'ouverture aux données du Sud . afd.countrydashboards.com

Les données ont envahi notre monde et modifient nos façons d’agir. En 2016, la France a pris la présidence du Partenariat pour un gouvernement ouvert (PGO). L’Agence française de Développement (AFD) contribue activement à la révolution des données ; l’AFD et les données pour le développement seront d’ailleurs présents au sommet mondial du PGO du 7 au 9 décembre 2016.

Comment un organisme comme l’AFD et ses chercheurs peuvent contribuer à cette révolution ? Tout d’abord à travers la publication des données relatives à ses propres projets – c’est l’open data – mais aussi travers l’utilisation et la promotion des big data pour la formulation des politiques publiques. Nous exploitons par exemple les données satellitaires pour prévoir les inondations et/ou bien encore les données de téléphonie mobile par exemple avec Orange pour étudier la mobilité et la densité des populations avec pour ambition d’améliorer la déserte des moyens de transport publics en Afrique de l’ouest.

Pour tirer le meilleur parti des données existantes, il est important d’en faciliter l’accès et la compréhension. Le citoyen du XXIe siècle doit être familier des données. C’est dans cet esprit que nous avons développé un portail dédié aux données. L’objectif est de favoriser la connaissance des pays dans lesquels nous sommes amenés à intervenir et d’initier un dialogue autour des données pour le développement, qui restent relativement rares.

Rendre les data accessibles

Les données présentées sont issues des travaux statistiques de la Banque mondiale, du Fonds Monétaire International, d’enquêtes ménages sur la santé et la démographie (DHS) ou encore d’enquêtes de perception couvrant la quasi-totalité des pays du monde.

Mais au-delà du recueil et du traitement des données, il convient de partager le plus largement possible (et de manière accessible) des éléments. Attachée au mouvement de l’open data et de gouvernement ouvert, nos travaux nous ont conduits à mettre à la disposition de tous un nouveau regard sur la planète développement à travers des cartes, graphiques, tableau… mettant en perspectives les défis à révéler, mais aussi les avancées qu’ont connu les pays au nord comme au sud.

Voici trois exemples d’utilisation de ces données, dont on peut voir les animations sur le portail data.afd.fr

1. Les progrès du numérique en Afrique

Nous voyons ici les pourcentages d’utilisateurs de téléphonie mobile et d’Internet au Kenya puis une cartographie de la répartition des internautes en Afrique

2. Les inégalités territoriales dans l’accès à l’électricité au Cameroun

Avec moins de 13 % des populations raccordées au réseau électrique le nord du Cameroun fait figure de parent pauvre comparé au 73 % de foyers connecté sur le littoral autour de Douala ou même, si l’on zoom davantage, au 99 % de la capitale Yaoundé.

3. La lutte contre les inégalités au Brésil

On peut également observer les résultats encourageants obtenus par le Brésil dans sa lutte contre les inégalités au cours des 20 dernières années. On observe ici qu’en 2009 les 10 % les plus riches au Brésil détenaient 41,4 % des richesses totales, contre 45,8 % en 1996.

Le portail que nous avons ouvert contient une large gamme d’informations, sur la macroéconomie, le développement durable ou encore la gouvernance. Surtout, dans l’esprit de l’open source, chaque « dataviz » est facilement exportable tout comme les données qui la fait vivre. C’est un choix stratégique. Nous pensons que l’ouverture des données et des gouvernements contribuent à de meilleurs politiques publiques et une meilleure prise en compte des besoins des populations.

L’open data jusqu’au bout : l’ouverture du code source

Ce portail contient près de 10 000 visualisations de données (cartes, graphiques, tableaux). Ces représentations sont interactives, l’utilisateur peut donc les exporter, faire apparaître ou disparaître de l’information, télécharger les données, etc. Pour ce faire on utilise du code HTML et des librairies JavaScript ouvertes comme Highcharts ou D3.

Plusieurs options techniques ont été envisagées pour produire un nombre massif de représentations basées sur des données. Celles-ci peuvent être générées à la volée et branchées directement à la source (par exemple en utilisant l’API de la Banque mondiale). Pour l’instant le choix s’est porté sur la simplicité et la création, en amont, de chaque visualisation – ce qui permet d’assurer une bonne fluidité et de garder un code transparent et facile à transmettre.

Si les dataviz ne sont pas connectées aux fournisseurs de données, elles sont néanmoins connectées à des bases stockées sur nos serveurs. L’actualisation de ces bases suffit à mettre à jour la totalité du portail. On peut donc parler de semi-automatisation. Des scripts (Python) permettent de générer rapidement l’ensemble de ces pages web et représentations. Ils sont ouverts à tous et accessibles sur github

Des données ouvertes aux gouvernements ouverts

L’ouverture des données et des codes sources sont un levier puissant de développement – dans tous les sens du terme. Elle permet la diffusion du savoir et l’apprentissage. L’ouverture des données génère de nouveaux usages, de nouvelles idées, créatrices de services, d’innovations sociales, de business. Elle permet la co-construction du monde digital qui nous entoure. La loi numérique portée par Axelle Lemaire et votée cette année est une avancée formidable, c’est la première loi co-construite par les citoyens. Il faut continuer à l’encourager et poursuivre l‘ouverture de nos administrations !

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