Penser la qualité des espaces comme facteur de réussite scolaire

L'environnement est un facteur important de l'apprentissage. Marragem/VisualHunt, CC BY-SA

Cet article est publié en partenariat avec la revue « Le magazine de l’Education » du laboratoire EMA-TechEduLab de l’Université de Cergy-Pontoise.


Pour les spécialistes de la relation entre l’enseignement, la formation et l’apprentissage, de Brousseau à Altet, de Lieury à Houdé, la réussite scolaire est affaire de situations, d’environnement d’apprentissage (milieu didactique) et de métacapacités à gérer les interactions en classes pour les pédagogues ou encore de mémoire de connaissances ou de capacité du cerveau à inhiber les automatismes de pensée pour permettre de réfléchir, de résoudre des problèmes, apprendre et répondre au contrat didactique imposé par le système éducatif pour les psychologues cognitivistes.

Et si l’acoustique, la qualité de l’air, la lumière, l’espace, la lutte contre la sédentarité étaient aussi corrélés à la réussite scolaire ? La chaire de recherche Transition2 « Des espaces en transition à la transition à des espaces éducatifs » a pour projet d’objectiver l’effet « des environnements dynamiques sains », rarement envisagés en synergie sur la réussite scolaire.

Des résultats de recherche à intégrer

Dans le cadre de la chaire de recherche Transition2, sont pris en compte d’autres facteurs environnementaux qui concourent à un « environnement dynamique sain » propice à la réussite scolaire dont voici quelques résultats de recherche :

  • Une étude portant sur 100 classes anglaises menée par une équipe de l’Université de Salford à Manchester a conclu que les paramètres de qualité de l’air, de température, de lumière et de couleurs représentaient une grande majorité des critères significatifs influençant les performances scolaires.

  • La question de la qualité de l’air est statistiquement significative sur la productivité des usagers (Antikainen et coll., 2008 ; Allen et coll., 2016 ; Fisk, 2002).

  • L’étude de Environment Health Perspectives (EHP) de l’Université de Harvard indique qu’à un taux de CO2 inférieur, les performances cognitives des employés de bureau sont meilleures, en particulier la capacité à traiter des problèmes complexes, à comprendre une information ou encore à se concentrer.

  • Des chercheurs italiens ont montré que la pollution intérieure dans des classes de primaire était liée à l’évolution de la pollution extérieure, mais également aux activités et aux rythmes scolaires (Fuoco et coll., 2015). Ainsi des paramètres d’usages ont la possibilité d’influer les conditions nominales d’exploitation des espaces scolaires.

  • La lumière est un autre critère influant dans les établissements scolaires (Barrett et coll., 2015). Elle aurait un impact sur la concentration et l’attention des élèves (Sleegers et coll., 2012) et par conséquent sur les performances scolaires (Mott et coll., 2012). En 1981, un chercheur américain montre dans une expérience que la lumière et l’usage de la couleur ont un effet sur l’humeur des élèves et le niveau de bruit dans la classe (Wohlfarth, 1986).

  • Une autre expérience, en 1992, s’appuie sur les comportements de 12 enfants de 6 ans, soumis à deux environnements différents : leur classe habituelle, et leur classe avec des murs bleus et une lumière particulière. L’étude indique alors une réduction de 22 % des comportements de dispersion dans la classe bleue, par rapport à la classe d’origine (Grangaard, 1995).

Bien-être et performance scolaire

L’ensemble de ces études d’abord issues de la médecine, des épidémiologistes et de la santé, doivent être intégrées aux recherches sur la construction architecturale et sur les sciences de l’éducation (Torres, Sanders et Corsi, 2002) dans l’objectif de questionner les impactes des « environnements dynamiques sains » et l’évolution de la forme scolaire.

Dans cette perspective, tous ces travaux montrent qu’il peut être aussi nécessaire de travailler les pédagogies, les rapports aux savoirs ou les typologies de tâches à résoudre pour les élèves en formant les enseignants à des pédagogies inversées que de pouvoir travailler dans un espace dynamique, qui encourager la mobilité, confortable et sain. D’après la dernière synthèse du Cnesco sur la qualité de vie à l’école, il existe un lien entre le bien-être et la performance scolaire, ce qui se retrouve dans d’autres études, dont le bien-être est caractérisé par des conditions techniques minimales nécessaires à l’expression de son métier : d’enseignant et d’apprenant (Barrett, 2015).

Les repenser, c’est redéfinir les espaces et donc travailler de concert avec ceux qui en ont la responsabilité à savoir les collectivités territoriales.

La réussite scolaire est donc de plus en plus une affaire de tous les acteurs du système éducatif et des « environnements dynamiques sains » qui concourent à l’évolution de la forme scolaire.

The Conversation is a non-profit + your donation is tax deductible. Help knowledge-based, ethical journalism today.