Politique monétaire américaine : une ouverture sur le monde anxiogène pour les marchés

Janet Yellen présidente du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis le 17 septembre à Washington. BRENDAN SMIALOWSKI / AFP

Le maintien par la Fed des taux d’intérêts à un niveau historiquement bas interpelle à l’heure où les conditions étaient réunies pour une hausse des taux, d’ailleurs largement anticipée par les investisseurs. Le changement de posture de la banque centrale américaine, qui en est à l’origine, inquiète ces derniers, tout comme les partenaires commerciaux des États-Unis.

Des anticipations de hausse des taux fondées

Une hausse mesurée des taux d’intérêt était attendue en raison de la conjonction de plusieurs facteurs favorables. Après six années de croissance de l’économie américaine, les taux directeurs américains sont quasi-nuls depuis cinq ans. Bienvenus dans une période de crise, de tels taux sont devenus dangereux au point d’augmenter le risque de bulle et d’investissements de plus en plus risqués.

La Fed elle-même, par l’intermédiaire de sa présidente Janet Yellen, annonce, depuis plusieurs mois, une normalisation de sa politique monétaire. Au-delà de la limitation des risques évoqués, il importe en effet d’envoyer un message clair et de confiance sur la santé de l’économie et la pérennité de la croissance américaine. En maintenant les taux à leur niveau actuel, ce n’est pourtant pas ce message que la Fed a envoyé.

Bien sûr, le report de la hausse des taux demeurait un scénario envisageable. Certains investisseurs n’en ont d’ailleurs pas été surpris. L’impact structurant de la chute du prix du pétrole, véritable moteur de déflation, est une préoccupation qui a sans doute été prise en compte. Au-delà du pétrole, ce sont de nombreuses matières premières qui voient actuellement leurs prix s’effondrer. Ce qui peut être une bonne nouvelle pour l’industrie augmente également ce risque de déflation.

C’est sans doute une donnée essentielle pour la Fed : alors que l’inflation n’est que de 0,3 % actuellement aux États-Unis, le niveau d’inflation jugé acceptable est de 2 %. C’est celui qui doit permettre une croissance qui se nourrit de cette inflation limitée. Le ralentissement de la croissance chinoise a sans doute également été pris en compte. Il remet en cause le modèle de la croissance mondiale, largement tirée par les pays émergents ces dernières années, et rend le retour d’une croissance solide plus compliqué aux États-Unis et surtout en Europe.

Dans un tel contexte, la politique monétaire accommodante américaine se trouve davantage justifiée par les caractéristiques actuelles de l’économie mondiale que par celles de l’économie américaine. C’est précisément ce qui est de nature à inquiéter les marchés.

Une lisibilité réduite, facteur de volatilité

Les conséquences de ce statu quo sont réelles pour de nombreux acteurs, aux États-Unis bien sûr, mais également en Europe. Le dollar étant moins rémunérateur avec des taux bas, une remontée de l’euro est déjà en cours. Cette dernière pénalise les exportations européennes à l’heure où de nombreux dirigeants d’entreprise européens tablaient sur une appréciation du dollar pour retrouver de la compétitivité à l’exportation.

Les réactions venant du Japon ravivent également la perspective d’une « guerre des monnaies », ces dernières pouvant en effet être utilisées, via les dépréciations provoquées, comme des moyens de doper les exportations.

Reposant largement sur la confiance des acteurs économiques, la sortie de crise nécessite précisément de la stabilité et une prévisibilité des politiques, monétaires comme budgétaires. Pour les investisseurs, la politique monétaire de la Fed devient également plus difficile à anticiper. Décrypter cette dernière au regard des conditions intérieures (emploi, croissance, inflation aux États-Unis) n’était déjà pas toujours chose aisée. Que la Fed intègre désormais davantage ce qui se passe dans le reste du Monde est à la fois une nouveauté et un facteur de complexité qui, naturellement, inquiète les marchés.

L’imprévisibilité devient alors facteur de volatilité, les acteurs étant de plus en plus perdus à défaut d’être surpris par les décisions de politique monétaire. En tenant davantage compte des caractéristiques de l’économie mondiale, la Fed met en œuvre des actions qui impactent à leur tour davantage cette économie mondiale. La nature du message récent de la Fed (privilégier les événements de court terme, qui plus est extérieurs aux États-Unis) ne fait finalement que renforcer l’idée de la sérénité toute relative qui est la sienne quant à la croissance à venir.