Se mettre en forme et mieux manger font partie des obsessions de notre société, relayées par nos gouvernements, les médias et l'industrie du divertissement. (Unsplash/ Mārtiņš Zemlickis), CC BY-NC-ND

Pourquoi courez-vous?

Avez-vous pris des résolutions pour le Nouvel An cette année ?

Courir? Moins manger?

Si oui, vous faites partie de la majorité qui choisissez un « mode de vie plus sain ». Manger mieux et être plus actif physiquement sont deux des souhaits les plus populaires chez les Canadiens et chez les Américains.

Qu'est-ce qui motive cette quête d'une vie vertueuse - un mode de vie sain en tant que vertu - plutôt qu'autres choses ?

Serez-vous surpris d'apprendre qu'il s'agit de relents qui tirent leurs racines dans le protestantisme?

En effet, les premiers protestants croyaient que la voie vers la rédemption passait par un travail acharné et l'autodiscipline. Max Weber, un pionnier de la sociologie, estimait que l'éthique protestante était le noyau dur du capitalisme.

Tandis que le monde occidental est devenu de moins en moins religieux, nous continuons tout de même de valoriser le travail acharné et l'ascétisme. À l'occasion, nous lâchons prise, mais aussitôt, nous retournons à cette valeur fondamentale à l'origine du protestantisme : l'autodiscipline.

Nous pourrions nous autodiscipliner en regardant moins de télévision, en consommant moins, en réduisant l'utilisation de plastiques jetables ou en faisant plus de bénévolat.

Mais pourquoi diable l'alimentation et l'exercice prennent autant de place ?

On s'est fait dire que les gros sont paresseux et la nourriture, un péché

Cette quasi obsession est à mettre sur le compte des messages fréquents selon lesquels le surpoids est une mauvaise chose et la minceur, tout son contraire.

Elle est considérée depuis longtemps comme vertueuse. Une idée qui trouve aussi ses racines dans le christianisme . Le surplus de poids était associé à la paresse (l'opposé du dur labeur), et manger, avec les plaisirs charnels et le péché.

Les médias sont truffés de messages disant que manger est un péché. (Shutterstock)

La promotion de la minceur et le rejet du gras reposent sur deux hypothèses de base : tous les corps peuvent être minces grâce à une relation disciplinée avec la nourriture ainsi que par l'exercice. Le tour de taille reflète simplement la personnalité.

Ni l'un ni l'autre ne sont vrais. On nous dit continuellement que nous pouvons tous être minces si nous mangeons moins et faisons plus d'exercice, mais cette hypothèse ne tient pas la route scientifiquement. Dans l'une des études les plus longues et solides sur les changements dans les habitudes de vie, qui s'est échelonnée sur huit ans, seulement 27 pour cent des participants pesaient 10 pour cent moins qu'au tout début.

Autre exemple récent: les études de suivi des participants à The Biggest Loser. Treize des 14 participants ont récupéré leur poids. De plus, les habitudes alimentaires et les exercices intenses promus dans l'émission ont en fait ralenti le métabolisme des participants au fil du temps!

Cela dit, si vous faites de l'exercice et mangez de la même façon qu'il y a 30 ans, vous serez probablement plus gros. Qu'y a-t-il d'autre en jeu ? La question est posée et les scientifiques y planchent. Une tentative de cartographie des divers facteurs d'influences sur le poids donne une image plus honnête et complexe, mais encore incomplète.

La génétique, les effets secondaires des médicaments, l'exposition aux polluants, les changements hormonaux, le stress et les mauvaises habitudes de sommeil font tous partie de la réponse.

Alimenter le dégoût et la honte

Malheureusement, des idées non scientifiques et nuisibles sur la minceur et le surpoids persistent à travers les messages des grandes institutions. Les gouvernements, les organismes de santé publique, les entreprises et les médias renforcent régulièrement le message que l'autodiscipline suffit à rendre nos corps minces. La balle est donc dans notre camp.

Les géants de l'alimentation nous vendent des aliments malsains, puis mènent des campagnes sur l'importance de la modération. Ils font même du lobbying auprès des gouvernements pour qu'ils recommandent leurs aliments malsains au public.

Les médias regorgent de messages critiques et humiliants sur les gens en surpoids. C'est vrai à la fois pour les médias et pour l'industrie du divertissement. Pensez à la dernière offre de Netflix, Insatiable, une émission où une jeune fille perd du poids de manière draconienne puis se venge de ses bourreaux.

Les gouvernements continuent d'autoriser la vente d'aliments non nutritifs tout en appuyant les campagnes de santé publique qui mettent l'accent sur l'autodiscipline. Ces campagnes alimentent le dégoût et la honte que suscite le surpoids malgré les preuves que de telles campagnes sont inefficaces et aggravent la stigmatisation, et les problèmes de santé.

Nous nous sentons responsables de la taille et de la forme de notre corps. Nous sommes encouragés à le considérer, ainsi que notre santé, comme des projets personnels. Ce corps peut ainsi devenir un échec s'il n'est pas conforme à un certain idéal.

De nouvelles vertus de vivre-ensemble

Pourquoi ne pas refuser de telles pressions ?

Pourquoi ne pas rejeter un discours qui ressemble à « Je peux avoir ce morceau de gâteau parce que je me suis entraîné ce matin » ?

Roxane Gay parle de son livre “Hunger : A Memoir of (My) Body.”

“.

Que se passerait-il si nous décidions, pour le reste de l'année 2019, d'exprimer notre solidarité tout en renforçant d'autres vertus ?

Nous pouvons, par exemple, nous résoudre à être plus aimables les uns envers les autres et envers nous-mêmes. Nous pouvons nous résoudre à apprendre quelque chose de nouveau au cours des trois prochains mois, ou à commencer à faire du bénévolat.

Nous pouvons, collectivement, s'inventer de nouvelles «vertus» de vivre-ensemble.

Jen Wrye, instructeur au North Island College, en Colombie-Britannique, est le co-auteur de cet article.

This article was originally published in English