Quand je serai grand je voudrais être chercheur

Dans le laboratoire de chimie moléculaire de l'Ecole Polytechnique à l'Université Paris Saclay. Ecole polytechnique Université Paris-Saclay / Flickr, CC BY-SA

Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la Science 2017, qui se tient du 7 au 15 octobre, et dont The Conversation France est partenaire. Retrouvez tous les débats et les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.


« Tu fais ta thèse dans quoi toi ? »…

Quand on est jeune chercheur aujourd’hui, telle est la question… et de plus en plus complexe est la réponse. Alors que les Anglo-saxons encensent ce qu’ils appellent le « multipotentiolate » lors de conférences TED grand public, en France on s’obstine à enfermer les doctorants dans des carcans méthodologiques et disciplinaires.

Mais alors pourquoi ce système disciplinaire rigide dans la recherche ? Comment les nouveaux chercheurs s’approprient-ils leur(s) terrain(s) et héritage(s) ?

Décloisonnement et fin des étiquettes

Tendance de fond : les sempiternelles disciplines voient leurs frontières s’évanouir ou du moins s’estomper, et certains universitaires s’en trouvent démunis. Une des explications à ce tournant radical est certainement du fait de cette jeunesse qui s’informe, se déforme et décloisonne ces « spécialités » dont leurs aînés étaient si fiers et auxquelles certains restent désespérément agrippés. En effet, dans les années 80 déjà, dans le monde anglo-saxon, le décloisonnement de la recherche fait apparaître de nouveaux champs de recherche trans-, inter- et pluridisciplinaires. C’est la naissance des « studies ».

Les doctorants du vingt et unième siècle, premières générations de digital natives sont tombés dans la toile quand ils étaient petits et refusent les étiquettes. Peut-être est-ce parce qu’ils saisissent toute la richesse de la pensée collective, tout en en mesurant les dangers ? Contrairement à ses prédécesseurs, le jeune chercheur aujourd’hui, n’a plus envie de choisir entre telle ou telle spécialité, entre telle ou telle méthodologie, entre tel ou tel pays. Il les veut tous.

Pourquoi choisir ? Puisque son accès au savoir est illimité grâce aux MOOC, aux TED’s, aux publications en ligne, bref aux open sources. Il a passé deux, trois masters et a emprunté plusieurs passerelles transdisciplinaires tout au long de ses études. Il a le droit d’hésiter et de diversifier ses expériences et il compte bien conserver ce privilège et le cultiver pendant son doctorat.

Le chercheur « génération Y » joue avec l’instabilité

Le parcours de formation « atypique » du jeune chercheur, semé d’embûches et de migrations, ne l’est plus tant que ça. Et il en sera de même dans sa vie professionnelle. Le jeune chercheur de la « génération Y » flirte avec l’instabilité qui devient, si ce n’est indispensable, du moins nécessaire pour appréhender les nouveaux objets de la recherche devenue nomade. Pourquoi alors ne pas disséquer un texte en latin comme on examine une branche d’ADN ? Un philosophe ne pourrait-il pas considérer l’impôt en Afrique ?

Lors de la Journée internationale des jeunes chercheurs en 2016, les doctorants avaient été invités à communiquer autour de l’interdisciplinarité dans toute sa richesse (JIJC2016). Cette année avec son thème, « Quelles questions pour quelles recherches ? », la JIJC remet ça en interrogeant la place du jeune chercheur au sein de la recherche.

Poser les bonnes questions

En 2017, il s’agira de se demander quelles questions scientifiques sont à l’œuvre dans les recherches : au nom de quoi faisons-nous des recherches ? Quels types de recherches sont sollicités par de telles questions ? Quelle est la place de la recherche fondamentale ? Quelle part est accordée à la recherche sur la société, aux recherches appliquées ou recherches d’action ? Face à la multiplication de concepts migrants, les champs de recherche ne doivent-ils pas être restructurés, ou destructurés ?

La méthode de maîtrise des disciplines est clairement définie par les institutions, notamment le Conseil National des Universités ou encore les concours de l’enseignement secondaire. Ce pose alors la question de la légitimation de ces nouveaux champs au sein d’une institution universitaire donnée. Ainsi les cultural studies, à la croisée de la sociologie, de l’anthropologie culturelle, de la philosophie, de l’ethnologie, de la littérature, des arts et d’autres disciplines, sont souvent critiquées en dehors du monde anglophone.

De même, alors que bon nombre d’équipes de recherche cantonnent leur recrutement à des agrégés, les champs de recherche peuvent-ils être aussi clairement délimités ? Ce mode de fonctionnement, certes historique, reste-t-il pertinent face aux questions de recherche qui évoluent au contact des nouvelles technologies ? Ces dernières ne permettraient-elles pas de s’affranchir des méthodes « classiques » de maîtrise de la discipline en dépassant les champs de recherche « traditionnels » ?

Vers la recherche augmentée

Évoluant dans des champs de recherche de plus en plus mouvants, peut-on se contenter d’une seule spécialisation ou doit-on complexifier, enrichir, augmenter les études ? Un exemple, les gender studies combinent les disciplines historiques, psychologiques, sociologiques ou encore médicales. De même, peut-on être chercheur sans considérer le contexte et les besoins de la société ? Ces questionnements sont d’autant plus valables lorsque la recherche s’interroge sur des questions d’actualités sociétales, et/ou liées au monde de l’entreprise.

Ainsi, on voit naître de plus en plus de collaborations et partenariats entre les chercheurs et des entités privées et/ou publics. Les Conventions Industrielles de Formation par la Recherche établissent par exemple un lien entre un prescripteur (en général une entreprise), un laboratoire de recherche et un doctorant.

Quelles peuvent être les méthodologies employées dans ces collaborations ? Comment concilier les méthodes du chercheur et les attentes d’un partenaire extérieur ? En somme : où s’arrête une discipline ? Ne devrait-on pas par ailleurs parler de domaines de recherche plutôt que d’aires disciplinaires ? La création d’équipes de recherches interdisciplinaires et/ou transdisciplinaires est-elle toujours nécessaire ? Si oui, quels sont les bénéfices de ce brassage entre les champs ?

Face à toutes ces questions, il conviendrait d’aller vers de nouvelles pratiques de recherche et de s’interroger sur la place des jeunes chercheurs aujourd’hui.

Nouvelles pratiques de recherche, nouvelles interrogations

Lors de la JIJC 2017, les jeunes chercheurs de toutes disciplines seront invités à réfléchir à ces questions autour de cinq axes :

  • Quelle(s) posture(s) épistémologique(s) et déontologique(s) pour le chercheur aujourd’hui ?

  • L’aspect humain derrière la recherche : quelle(s) implication(s) pour le chercheur ?

  • Quelle(s) méthodologie(s) pour quelles recherches, où s’arrêtent les territoires disciplinaires ?

  • Inter/transdisciplinarité et apports de la recherche pour la société : comment concilier les points de vue ?

  • Comment la recherche interroge-t-elle son héritage ?

Loin d’être une action isolée, ces considérations commencent à être étudiées en congrès internationaux et notamment lors de doctoriales innovantes (Exemple : les doctoriales de la Société des anglicistes de l’enseignement supérieur de 2017).

Des chercheurs plus aguerris s’efforcent également de définir « les désignations disciplinaires et leurs contenus » et d’interroger ce « paradigme des “studies” » (Colloque Paris 13–USPC, 18-20 janvier 2017).


C’est dans cette optique que la Journée internationale des Jeunes Chercheurs se tiendra le 16 juin 2017 sur le campus du Saulcy à Metz. Pour plus d’informations, les lecteurs curieux pourront visiter le site web de la manifestation.

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