Que dire aux enfants qui se demandent à quoi servent les maths

Pourquoi tant d'enfants détestent-ils les maths ? Shutterstock

En tant que parent – ou enseignant – vous risquez un jour d’être confronté à cette question : « Les maths, à quoi ça sert ? »

Une question souvent suivie d’une autre : « Quand est-ce que je vais m’en servir ? » ou « Comment les maths vont-elles m’aider dans la vie ? »

Ces questions, qui sont moins souvent posées à propos des autres matières, indiquent que pour certains enfants, les maths sont complètement déconnectées de la réalité et ne concernent que l’école.

En tant que parent, ce n’est pas toujours facile de répondre à ce genre de question. Mais voici quelques pistes qui vous permettront d’engager la discussion.

Ces interrogations sont en lien avec l’expérience personnelle des enfants, de leur pratique des maths à l’école, et ne sont pas vraiment dirigées vers les mathématiques elles-mêmes.

Certaines études montrent que de nos jours, l’attitude négative des enfants à l’égard des mathématiques a tendance à s’accentuer, et ce dès l’école primaire. C’est en grande partie parce que les mathématiques sont enseignées comme on enseignerait une recette.

Si l’on fait A puis B puis C, alors on obtient la bonne réponse à un problème que l’on a oublié de poser pour commencer – et sans permettre de comprendre les ingrédients qui le composent.

D’après mes recherches, dès 8 ans, certains enfants se déclarent « pas faits pour les maths » et utilisent des mots tels que « colère », « tristesse », « haine » et « ennui » pour décrire leurs sentiments à l’égard de cette matière.

« Quand est-ce que ça va me servir ? »

Les mathématiques telles qu’on les enseigne à l’école s’appuient essentiellement sur des compétences – comme la capacité à déterminer les angles de formes géométriques ou à utiliser des formules pour calculer un volume ou une capacité – plutôt que sur l’étude de ce que sont véritablement les maths.

Outre l’étude des modèles mathématiques, elles sont un moyen de représenter et de décrire le monde sous forme de quantités, de formes et de relations. Or pour beaucoup de jeunes, les maths consistent à résoudre des problèmes posés par un professeur plutôt qu’une façon de développer leur compréhension de la géométrie ou des volumes.

J’utilise souvent la même métaphore pour parler des compétences mathématiques à mes étudiants : pour moi c’est un peu comme jouer du piano : savoir qu’il y a des clés, des notes, des cordes et des marteaux n’aide pas à devenir Mozart. De même, connaître des faits, des formules et des règles, même si c’est très important, ne fera pas de vous un mathématicien.

Élargir l’expérience des maths au-delà des devoirs permet de rendre le sujet attrayant, pertinent et donne envie de s’y plonger. Cela a aussi un impact sur le long terme, en matière de productivité et d’opportunités d’emploi.

Les professeurs pourraient chercher des moyens d’inciter les enfants et les étudiants à utiliser les maths hors des cours (pourquoi pas en imaginant des activités d’orientation et de géométrie dans l’espace quand ils font du sport, le repérage de motifs récurrents quand ils font de la musique, ou l’usage de la perspective en arts plastiques).

Quant aux parents, ils pourraient aussi inviter leurs enfants à réfléchir en termes mathématiques et à utiliser les maths dans la vie quotidienne.

Par exemple, en voyage, les enfants peuvent chercher des motifs mathématiques sur les plaques d’immatriculation des voitures (chiffres consécutifs, nombres premiers…). Ils peuvent tenter de prévoir l’itinéraire le plus rapide avec leurs applications mobiles ou déterminer quel pourcentage de leurs émissions de télévision est consacré à la publicité.

« Comment les maths vont-elles m’aider dans la vie ? »

Au cours de nos conversations avec les jeunes, il faut insister sur le fait que nous utilisons les mathématiques tous les jours – peut-être même sans le remarquer. Par exemple, lors de nos déplacements, quand nous déterminons une probabilité, quand nous mesurons, estimons, quand nous examinons des statistiques proposées par les politiciens, les vendeurs ou les annonceurs.

Parce qu’on met trop l’accent sur les compétences mathématiques, plutôt que sur leurs applications concrètes, les jeunes se découragent. Mettre en avant les compétences en mathématiques (théorie des nombres, équations) au détriment du véritable travail des mathématiciens (raisonnement, résolution de problèmes, modélisation, utilisation de la technologie) contribue au déclin du nombre d’étudiants en mathématiques au lycée ou à l’université.

Entre 2000 et 2014, en Australie, le pourcentage d’élèves étudiant les mathématiques avancées est passé de 11,9 % à 9,6 % et ceux qui avaient atteint le niveau intermédiaire en mathématiques est passé de 25 % à 19,1 %. Une idée reçue veut que seule une minorité de professions utilisent les maths. Mais en réalité, la plupart des professions (infirmières, pilotes, créateurs de mode, constructeurs, journalistes, camionneurs) utilisent les mathématiques tous les jours, résolvant souvent des problèmes en collaboration avec les autres. Ces compétences ne sont pas évaluées dans le cadre de tests internationaux tels que le TIMMS (Trends in International Mathematics and Science Study) ou le Programme d’évaluation internationale des étudiants (PISA), et ne le seront jamais, au vu de leur cadre limité.

Alors, à quoi servent les maths ?

La prochaine fois que votre enfant vous demandera à quoi servent les mathématiques, vous pourrez répondre que les mathématiques aident à comprendre pourquoi les choses arrivent (pourquoi les cadeaux coûtent plus cher à Noël par exemple) ; à prédire ce qui pourrait arriver à l’avenir (en calculant la probabilité que la figurine de leur personnage préféré soit offerte dans une boîte de céréales) ; ou de résoudre des puzzles pour aider l’héroïne à débloquer le prochain niveau dans leur jeu vidéo de prédilection.

This article was originally published in English

Found this article useful? A tax-deductible gift of $30/month helps deliver knowledge-based, ethical journalism.