Réfugiés : à l’ouest, rien de nouveau ?

Évacuation, porte de la Chapelle, à Paris, le 7 juillet 2017. Eric Feferberg / AFP

La crise de l’asile est-elle derrière nous ? Si les chiffres d’entrées ont diminué par rapport à 2015, les récents développements concernant la politique européenne face aux demandeurs d’asile semble poursuivre le fil tracé précédemment : une approche nationale et sécuritaire plus qu’une manifestation de solidarité européenne.

L’isolement de l’Italie

Du côté européen, les récentes conférences internationales de Rome et de Tallinn (Estonie), début juillet, ont montré la réticence des pays de l’UE à adopter une politique commune à l’égard de voisins situés en première ligne. L’Italie se trouve à nouveau en proie à l’afflux de réfugiés et de migrants sur son sol suite à la signature de l’accord Union européenne-Turquie de 2016. Cet accord a eu pour effet de fortement diminuer les flux vers la Grèce.

On observe un désengagement général, sauf du côté des associations, dans les opérations de sauvetage. Le 28 juin 2017, l’Italie a menacé de fermer ses ports si aucune solidarité européenne ne venait la sortir de son isolement face à la montée des flux et si les ONG refusaient de passer par ses ports.

Autre constat : l’échec de la lutte contre les passeurs via la destruction de leurs bateaux – un objectif de l’Union européenne depuis deux ans qui ne semble pas avoir eu un effet dissuasif. Ni du côté des trafiquants ni de celui des migrants. Les discussions sur un accord avec la Libye semblent progresser, avec, côté européen, un projet de coopération en matière de formation des garde-côtes libyens. Cet accord inclurait aussi la mise en place de politiques de reconduction des déboutés du droit d’asile vers ce pays de transit, malgré ses graves atteintes aux droits de l’Homme (avec des formes de quasi-esclavage, de prostitution, la corruption des personnels d’autorité, les emprisonnements) qui ont cours sur place.

Ni les couloirs humanitaires portés par la communauté de Sant’Egidio, ni les formes de solidarité déployées par les citoyens comme en France ou en Allemagne, ni enfin le démantèlement annoncé des réseaux de passeurs ne sont en mesure de résoudre la crise de l’accueil et le défaut de solidarité des pays d’Europe centrale et orientale dans ce défi que doit relever l’Europe.

Illusions

Le sommet de Malte de début 2017 a cherché à harmoniser le droit d’asile au niveau européen par la définition de critères communs : l’établissement d’une liste de pays et de pays tiers sûrs – des notions qui, introduites dans la procédure, limitent la possibilité de demander l’asile si on est passé par tel point d’entrée –, le financement commun d’une politique de retour et la définition d’aides au développement.

Mais ces mesures ne font que reprendre des méthodes du passé, qui ont donné de maigres résultats tout en fournissant l’illusion à court terme dans l’opinion publique que l’on allait faire quelque chose, non pour résoudre la crise, mais pour calmer les craintes. Pourtant l’Europe a besoin de migrations pour des raisons démographiques et économiques et le respect du droit d’asile fait partie de ses fondements.

En France, les reconductions à la frontière récemment annoncées par le nouveau gouvernement sont inscrites au programme. L’accueil reste imprécis dans ses modalités, on ne parle quasiment plus des campements de Calais ni du métro Stalingrad et le gouvernement affiche une politique centrée sur l’expulsion des déboutés.

Spirales de l’intolérable

Les associations considèrent le plan migrants comme inquiétant, notamment par sa position ferme à propos de situations floues (avec la notion de flux « mixtes »). La position du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, à propos de Calais, marquée par la dissuasion alors que seul un accord avec le Royaume Uni pourrait assouplir la situation, l’insuffisance des centre d’accueil et d’orientation des demandeurs d’asile, l’annonce de politiques d’éloignement alors qu’il est souvent difficile de les pratiquer dans les faits, la fermeture de la frontière à Vintimille laissant l’Italie seule face à la rive sud de la méditerranée : tout cela ne rassure guère.

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, à Calais le 23 juin 2017. Philippe Huguen/AFP

La France a accueilli infiniment moins de nouveaux arrivants que l’Allemagne ou l’Italie mais elle veut rester dans la cour des grands « accueillants » pour soigner son image, tout en affichant la fermeté. Il est bon d’afficher une politique de respect du droit d’asile, mais il n’est pas aisé de « faire le tri » en renvoyant les autres migrants qui n’en font pas partie. De même, comment faire pour les dissuader de revenir si la situation qu’ils fuient devient intenable et s’ils sont protégés par d’autres droits fondamentaux (droits de l’enfant, regroupement familial) ?

Il faut revenir sur l’analyse des causes profondes des migrations, les spirales de l’intolérable et de l’urgence absolue même s’il ne s’agit pas d’une persécution ou d’une crainte fondée de persécution individuelle comme le demande la Convention de Genève. Il faut aussi trouver des solutions de protection temporaire, examiner avec quel pays et quels acteurs chaque État européen peut travailler à la sauvegarde des populations. Et sanctionner les pays de l’Union qui résistent aux appels à la solidarité européenne.

Rappelons, pour finir, que la France se situe à la quinzième place pour l’accueil des migrants en Europe par nombre de demandeur d’asile par habitant.

Catherine Wihtol de Wenden a récemment publié : Migrations, La nouvelle donne. Paris, ED. FMSH, 2016 (sorti en janvier 2017).

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