Si t’es pas sur Facebook, t’es un extra-terrestre !

« Facebook : il fait perdre leur temps aux gens depuis 2004 ». Ert Rhigney McKarial/Flickr, CC BY

Les réseaux sociaux ont fait leur apparition sur la toile en 1995 avec classmate.com. Il s’agit alors de retrouver d’anciens camarades de classe. Facebook est, quant à lui, créé en 2004 à Harvard. Depuis, le succès remporté est sans précédent. Il devient difficile de trouver une personne qui n’a pas de compte Facebook (à la fin du deuxième trimestre 2016, Facebook revendique 1,712 milliard d’utilisateurs. Cela correspond à un internaute sur deux.

Communiquer, certes, mais…

Facebook a donné l’opportunité à un nombre conséquent d’internautes de communiquer. Mais quid de l’intérêt et du poids du contenu de ces communications quand certains « auteurs » partagent allègrement leur repas du midi (en photo) ou des vidéos de chat ? Doit-on quitter la planète si on ne dispose pas d’un statut Facebook ?

Facebook permet une exposition médiatique immédiate. Cela comporte de nombreux dangers.

Premier danger, la perte d’une liberté d’expression. Au-delà d’un outil de divertissement, Facebook est devenu un outil de travail : recrutement, échanges d’idées entre chercheurs… Il est même probable que votre employeur vous incite à créer votre compte. On comprend aisément que l’employeur souhaite maîtriser la communication globale de l’entreprise, mais peut-il vraiment imposer à chacun de véhiculer une image qui n’est finalement pas la sienne ?

Le Code du travail protège heureusement les libertés individuelles des salariés (article L1121-1 : « Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché »).

Deuxième danger, la perméabilité de la frontière vie professionnelle et vie privée. La présence sur les réseaux sociaux deviendra-t-elle prochainement un critère de sélection à l’embauche ? L’ouverture d’un compte Facebook deviendrait donc le prix à payer pour obtenir une identité sociale.

L’appartenance à un réseau virtuel pourrait devenir un critère discriminant à l’embauche (rappelons que le Code du travail bannit les critères relatifs à « l’appartenance ou la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race, les activités syndicales ou mutualistes, les convictions religieuses »). Faut-il alors succomber à Facebook pour obtenir ou garder son job ?

Des risques réels

La jurisprudence désormais abondante n’a pas découragé les aficionados de Facebook, un peu comme si dans ce monde virtuel, les sanctions et les risques l’étaient aussi. Les « utilisateurs » n’ont pas nécessairement anticipé qu’ils peuvent subir un piratage de données et encourent parfois un risque pénal en fonction de leur utilisation du réseau ! L’usurpation d’identité est fréquente sur Facebook.

La CNIL (La CNIL a mis en demeure Facebook en février 2016 de se conformer à la loi informatique et libertés) est censée nous protéger, mais elle ne peut pas gérer l’ampleur des dégâts. Les tribunaux doivent de plus en plus fréquemment juger des affaires en lien avec des fichiers ou des messages envoyés sur Facebook car le réseau constitue une source d’informations pouvant parfois être utilisée comme preuve. Il est intéressant de noter qu’un bouleversement sociologique contribue à faire évoluer le droit.

Sans compte Facebook donc… point de salut.

Ce phénomène sociétal pose aussi le constat de la superficialité des liens entre individus. En effet, à travers la virtualisation des données il est intéressant de s’interroger sur l’importance réelle de ces liens. (Combien d’amis Facebook avez-vous physiquement rencontrés ?)

Ne pas y être ?

Ne pas être sur Facebook c’est donc :

  • ne pas être pollué par les idées des autres

  • ne pas partager trop d’informations et éviter d’être condamné pour diffamation

  • se protéger

  • préserver sa e-réputation

  • ne pas vivre dans un monde virtuel

  • éviter de mettre en scène votre vie (ou celle dont vous rêvez)

  • ne pas croiser ses grands-parents par profils interposés

  • être capable de survivre en famille dans la cuisine pendant une panne de réseau

  • pouvoir prendre sa douche le matin sans jeter un œil à son mobile

  • ne pas utiliser Facebook pour combler une vie ennuyeuse

  • ne pas donner des arguments à son ex-conjoint pour réclamer une hausse de pension alimentaire.

Donner ses données

Finalement cela revient à protéger sa vie privée en partant du principe que les données Facebook sont publiques. Ces données sont utilisées à des fins « marketing » (ciblage par les marques, repérage des nouvelles tendances des vêtements portés par les différentes tranches d’âge, cf. magazine Marketing, juin-août 2016), des fins de recrutement (Googlisation des candidats à des fins de contrôle de référence).

Être sur Facebook serait pour finir, synonyme de ritualisation des gestes, assimilable à un acte religieux. (du latin « religare », signifiant relier). Quand certains commencent leur journée par une prière, d’autres la commencent en vérifiant le statut Facebook de leurs amis…

Essayez donc un dîner en tête à tête sans Facebook ! Pour conclure, être ou ne pas être sur Facebook, à vous de choisir. Nous avions pris nos billets pour la lune, mais finalement nous allons rester encore un peu sur la planète Facebook…

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