Un parc immobilier décarboné pour 2050 : la route sera longue

Travaux d’isolation. Shutterstock

Un parc immobilier décarboné pour 2050 : la route sera longue

Pour respecter ses engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, la France a annoncé vouloir réduire, d’ici à 2050, ses émissions de gaz à effet de serre de 75 % en dessous des niveaux de 1990. Pour atteindre cet objectif, Paris veut réduire la consommation d’énergie finale de 50 % par rapport au niveau de 2012.

Le secteur du bâtiment (résidentiel et non résidentiel) représente actuellement 45 % de la consommation finale d’énergie, 60 % de la consommation de chauffage et 27 % des émissions de gaz à effet de serre en France. La réduction de la consommation d’énergie dans ce secteur constitue ainsi une stratégie clé pour atteindre les objectifs énergétiques et climatiques à moyen et long terme.

C’est dans ce contexte que le récent Baromètre du marché de l’énergie – conduit par Grenoble École de Management en juin 2018 – a interrogé plus d’une centaine de spécialistes sur l’importance de la politique de rénovation énergétique du parc de bâtiment en France.

Extrait du Baromètre du marché de l’énergie (juin 2018). Baromètre du marché de l’énergie, CC BY-NC-ND

Les résultats suggèrent que le parc de bâtiments résidentiels en France présente le potentiel le plus élevé. Par rapport aux autres pays de l’Union européenne, la consommation moyenne d’énergie du parc immobilier en France est significativement plus élevée. Par exemple, la consommation d’énergie par m2 ajustée aux mêmes conditions climatiques d’un logement en France est supérieure de 50 % à celle d’un logement néerlandais.

Le secteur du bâtiment français offre donc un gisement important d’économies d’énergie qui pourrait potentiellement être réalisé dans les décennies à venir.

Carine Sebi (source ODYSSEE), CC BY-NC-ND

Une politique énergétique distinguée

Au vu de ce gisement d’économie d’énergie, les gouvernements successifs français ont mis en œuvre de nombreuses politiques. Aujourd’hui, le bouquet de mesures ciblant le secteur du bâtiment en France figure parmi les plus complets et performants du monde. Dans son édition 2018, le scoreboard international de l’efficacité énergétique, réalisé par l’American Council for an Energy Efficient Economy (ACEEE), positionne ainsi la France en seconde position dans le classement des pays industrialisés en ce domaine pour le secteur du bâtiment.

Ce bouquet comprend, entre autres, des réglementations (réglementation thermique, certificats d’économies d’énergie), des incitations financières (crédit d’impôt transition énergétique, éco-prêt à taux zéro) ainsi que des campagnes d’information, à l’image de celle lancée par l’Ademe.

La réglementation thermique française exige que tous les nouveaux bâtiments répondent à la norme « bâtiment basse consommation » (BBC). Mais sachant qu’environ 55 % du parc immobilier actuel a été construit avant 1975 (sans réglementation thermique donc), le gouvernement français se concentre sur la rénovation thermique du parc, qualifiée récemment par le ministre français de l’Énergie comme une « priorité nationale ».

Sur le long terme, la France veut réduire de 28 % la consommation d’énergie finale dans le secteur du bâtiment en 2030 et ramener l’ensemble du parc immobilier au niveau du BBC d’ici 2050 ; c’est-à-dire avec une consommation d’énergie primaire inférieure à environ 50 kWh/m2/an soit environ 5,2L d’essence/m2/an.

Aussi, tous les bâtiments doivent être amenés à un niveau de performance « A » (sur une échelle de A à G), faute de quoi ils ne pourraient plus être loués ou revendus. En plus de la réglementation thermique, le gouvernement va débourser 14 milliards d’euros sur 5 ans pour promouvoir et accélérer la rénovation thermique des bâtiments (dont 4,8 milliards d’euros dédiés à l’amélioration de l’isolation thermique des bâtiments du secteur public).

Des rénovations aux faibles performances énergétiques

En avril 2018, le gouvernement français a lancé le Plan de rénovation énergétique des bâtiments qui prévoit la rénovation thermique d’environ 500 000 logements chaque année (dont la moitié devrait cibler les ménages en situation de précarité énergétique).

Cependant, ce plan ne spécifie pas un niveau requis de performance énergétique. En 2014, ce sont par exemple, 3,5 millions de rénovations qui ont été achevées, mais 41 % de ces rénovations sont des rénovations dites « légères », où une seule mesure visant à améliorer les performances thermiques des bâtiments a été mise en œuvre.

Moins de 10 % de ces rénovations peuvent être donc considérées comme une rénovation thermique (c’est-à-dire avec, au moins, 45 % d’économies d’énergie). Clairement, si ce niveau de performance est maintenu, la France ne pourra pas atteindre l’objectif annoncé d’un parc de bâtiment neutre en carbone d’ici 2050.

Rénover, en une seule ou plusieurs étapes ?

Le Plan de rénovation énergétique des bâtiments prévoit en outre des subventions pour promouvoir des rénovations thermiques par étapes ; elles devraient permettre des économies d’énergie initiales rapides.

Interrogés dans le Baromètre du marché de l’énergie, une majorité (55 %) d’experts estime que le gouvernement devrait soutenir de telles mesures, étape par étape. Environ 30 % ne sont pas d’accord, et 15 % ne savent pas. Étant donné que la mise en œuvre d’un geste à la fois implique des coûts d’investissement initiaux inférieurs à une rénovation plus complète et en une seule étape, une approche progressive permet plus facilement de surmonter les contraintes financières des investisseurs.

En effet, le gouvernement français veut dynamiser ce marché et renouveler son processus de communication pour rendre la rénovation plus attrayante et abordable. En supposant que chaque bâtiment pourrait atteindre la norme BBC via 3 étapes de rénovations successives (qui pourraient être suivies grâce au un « passeport rénovation » comme le passeport éfficacité énergétique, par exemple), le gouvernement français prévoit d’atteindre l’objectif d’un parc immobilier décarboné d’ici 2050.

Cependant, la mise en œuvre séquentielle des mesures n’est pas forcément optimale et peut entraîner des coûts plus élevés. Par exemple, une chaudière remplacée peut s’avérer surdimensionnée suite à une future isolation thermique des murs, des plafonds et des fenêtres.

Enfin, une approche étape par étape peut conduire à plus d’inconfort et de perturbations pour les ménages qu’une approche en une seule étape. Récemment, de nouveaux programmes ont été créés pour justement surmonter cette contrainte d’investissement initial d’une rénovation performante en une seule étape. C’est ce que propose le programme DOREMI, qui offre aux propriétaires de maisons individuelles et aux collectivités un cadre simple qui garantit une rénovation efficace et rentable grâce à la formation et la qualification de groupements d’artisans.

Malgré une seconde place dans le classement mondial des pays industrialisés champions d’efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment, davantage d’initiatives de ce type semblent aujourd’hui nécessaires si la France veut atteindre ses objectifs énergétiques et climatiques à moyen et long terme.

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