Une mobilisation croissante des acteurs de la finance climat

Le métro de Kochi, dans l’État indien du Kerala. Sa construction a permis de réduire les émissions de CO₂. Prashanth Vishwanathan/AFD

La fin 2018 s’annonce cruciale pour le multilatéralisme et la coopération internationale sur le climat et la COP24, qui s’ouvre le 3 décembre prochain en Pologne, constituera un premier test pour évaluer la mise en œuvre de l’Accord de Paris.

Dans ce contexte, les questions du financement des transitions vers des économies bas carbone et résilientes occuperont le devant de la scène.

Engagement conjoint des pays développés pris en 2009 à Copenhague et réaffirmé en 2015 lors de la COP21, la question des 100 milliards de dollars annuels, destinés à mobiliser financements publics et privés pour soutenir à partir de 2020 la lutte contre le changement climatique des pays en développement, sera centrale.

Au-delà de ces 100 milliards, c’est bien la réorientation de l’ensemble des flux financiers vers des investissements bas carbone et résilients qui se trouve en question.

L’Accord de Paris sur le climat comporte trois objectifs à long terme : réduire les émissions de gaz à effet de serre pour limiter l’élévation de température à +2°C (et si possible 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle) ; permettre une adaptation aux conséquences des changements climatiques ; rendre « les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques » (article 2.1.c).

Ce troisième objectif est particulièrement important pour les acteurs financiers, et les banques tout particulièrement. Il met les financeurs, notamment publics, au centre des transitions écologiques, énergétiques et économiques.

Investir en faveur du climat

Si les flux financiers en faveur du climat ont diminué entre 2015 et 2016 – et que la question de l’atteinte de l’objectif de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 reste d’une actualité brûlante –, la part relative des financements publics par rapport au privé est en augmentation.

Les banques publiques de développement, qu’elles soient nationales (comme la China Development Bank), régionales (comme la Development Bank of Southern Africa) ou multilatérales (comme l’Inter American Development Bank) représentent près de 90 % des financements publics. Ces institutions jouent un rôle crucial et doivent s’assurer que leurs investissements répondent à l’intérêt public et respectent le « principe de précaution ».

Elles doivent aussi permettre d’entraîner les financements privés dans le but d’atteindre les objectifs de développement durable, et ceux de l’Accord de Paris tout particulièrement. On pourra lire à ce propos le récent rapport du laboratoire d’idées E3G.

Le financement privé et public de la finance climatique. Climate Policy Initiative

Une hausse des financements publics

Au sein de ces banques publiques, celles qui s’occupent du développement représentent les plus importantes sources de financement, tout particulièrement pour le développement durable et le climat.

Ces banques ont d’ailleurs revu à la hausse leurs nouveaux engagements d’investissements en faveur de la finance climat, de 26 % en 2014 à 28 % en 2016 (en moyenne). Et les activités des principaux acteurs bilatéraux regroupés au sein de l’International Development Finance Club (IDFC) – un réseau unique de 23 banques de développement nationales, régionales et internationales du monde entier, dont 19 sont basées dans des pays en développement –, montrent que leurs flux sont également en croissance.

Rendu public lors de la réunion de la coalition One Planet à New York, ce 26 septembre 2018, le bilan de la finance climat IDFC a atteint 196 milliards de dollars US en 2017, soit un doublement depuis 2014. Dans leur rapport conjoint d’activité 2017, les banques multilatérales ont, elles, montré que leurs financements climat étaient en hausse de près de 30 % par rapport à 2016.

On le voit, les signaux émis par les banques de développement (multilatérales, régionales et bilatérales) et les fonds climat multilatéraux sont positifs. Quant au Fonds vert pour le climat, élément clef des engagements climatiques entre États et plus important fonds international dans le domaine, il a démontré qu’il était en mesure de jouer un vrai rôle « transformationnel », même si les discussions récentes liées à sa gouvernance peuvent laisser penser que sa reconstitution constituera un enjeu complexe dans les mois à venir.

Des avancées concrètes

Comment s’effectue pour les banques publiques de développement l’alignement des flux financiers avec l’Accord de Paris ?

La plupart de ces acteurs financent en effet principalement des actions dans le cadre des 17 objectifs de développement durable fixé en 2015 par les Nations unies. Un grand nombre de ces banques dispose néanmoins d’un portefeuille d’opérations de lutte contre le changement climatique qui va croissant, que ce soit pour soutenir l’atténuation (c’est-à-dire réduire les émissions de gaz à effet de serre) et/ou l’adaptation aux impacts du changement climatique.

Dans le même temps, elles prennent des engagements pour ne plus financer de projets néfastes pour le climat, à l’image de la Banque mondiale qui a déclaré en décembre 2017 suspendre avant 2020 ses financements aux combustibles fossiles.

Toujours en décembre 2017, à l’occasion du One Planet Summit de Paris, les deux groupes composés des banques multilatérales de développement et d’IDFC ont annoncé qu’ils joignaient leurs efforts via une déclaration commune, prévoyant un alignement des flux financiers avec l’Accord de Paris. Une première pour la finance climat des banques publiques de développement.

Cette déclaration commune vise à renforcer l’intégration du climat dans leurs stratégies et leurs activités ; mobiliser et rediriger activement les flux financiers publics et privés au profit des transitions bas carbone et résilientes ; soutenir la mise en œuvre des contributions nationales et la préparation de trajectoires de décarbonation de long terme des pays à l’horizon 2050 ; contribuer enfin par leurs financements à réduire significativement la dépendance aux énergies fossiles et à accélérer rapidement l’émergence d’alternatives durables.

Il s’agit là d’avancées importantes pour un groupe d’acteurs majeurs et très diversifiés au sein de la finance climat.

On le voit, la grande majorité des institutions citées dans cet article ont désormais une stratégie climat : elles émettent des climate bonds (émissions obligataires climat), avancent dans la prise en compte des risques financiers climatiques, prennent des engagements chiffrés et augmentent leur flux de financement pour soutenir des actions de lutte contre le changement climatique.

Certaines ont choisi de franchir une étape supplémentaire, à l’image de l’Agence française de développement, qui est devenue en 2017 la première institution se fixant comme objectif d’être 100 % Accord de Paris.

Il s’agit de rendre l’ensemble des financements cohérents avec un développement bas carbone et résilient, et d’accompagner la construction de stratégies et trajectoires bas carbone et résilientes par les pays. Ainsi, cet objectif « 100% Accord de Paris » consiste avant tout à financer des investissements propres, qui « ne nuisent pas » aux objectifs de l’Accord de Paris, et ainsi à ne pas financer d’opérations qui seraient incompatibles avec ses objectifs de long terme.