Vers un renouveau économique inspiré des pratiques des femmes

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La semaine du 8 mars, marquée par la journée mondiale des droits de la femme, vient de se clôturer. On a rappelé que la femme a des droits (et des revendications), et particulièrement, dans le monde de l’économie. Les sujets abordés restent les mêmes : absence de mixité au travail, inégalité des salaires à compétence et mission égales et, bien évidemment, invitation de toutes les femmes à se stimuler entre elles pour créer des entreprises et prendre plus de place dans la vie économique.

Ainsi s’est achevée la 39e édition de la journée mondiale des droits de la Femme. Que devons-nous faire pour bien fêter son 40e anniversaire ? Œuvrer pour un renouveau économique où les femmes peuvent jouer leurs atouts.

Ce qui a réellement changé pour la femme dans l’économie ?

Peu et beaucoup de choses à la fois. Commençons par le « beaucoup » : entre 1977 et 2016, le travail de la femme est entré dans les mœurs. La plupart de nos mères s’étaient arrêtées de travailler à nos naissances… Si elles étaient influencées par un quelconque role model sociétal, elles avaient à la fois le choix et le non-choix : le choix, car le mari, était rarement au chômage et son salaire suffisait plus ou moins à subvenir aux besoins de la famille ; pas le choix, car les institutions étaient moins présentes pour accompagner la vie de la femme qui choisissait de travailler. En 39 ans, dans certains pays européens, y compris la France, de nombreuses actions ont été menées pour renforcer la parité hommes/femmes en économie : quotas des femmes dans les conseils des entreprises cotées et des institutions de sont créées et ont réduire le conflit entre gestion de la famille et de la vie professionnelle…

Qu’est ce qui a changé aussi ? L’accès à l’enseignement supérieur et aux formations pour devenir dirigeant(e) s : en 1976, HEC s’est ouverte aux filles. Entre 1977 et 2016, la représentation des femmes dans les grandes écoles de commerce est passée de 25 % à 50 %.

Étude KPMG juin 2015 sur les femmes dirigeantes.

Ce qui n’a pas changé en 40 ans ? Les espoirs d’un plus grand accès à la vie économique pour les femmes ne se sont pas concrétisés ! Très peu de femmes dirigent une entreprise – on parle de 30 à 40 % des dirigeants… si on inclut les auto-entrepreneurs, les coachs, les directrices de magasin, les entreprises unipersonnelles ! Même dans les secteurs traditionnellement attribués aux femmes, elles restent minoritaires. Un bon nombre de femmes « choisissent » d’interrompre leur carrière. Les écarts de salaires entre hommes et femmes restent sensiblement les mêmes et, enfin, l’observation de la parité dans les conseils d’administration semble montrer que seulement certaines femmes sont présentes et influentes

Entre temps, certains hommes se sont, malgré eux, retrouvés dans des situations similaires à celles des femmes : précarité de l’emploi, chômage de longue durée ; l’image de l’homme qui s’accomplit en travaillant et en dirigeant s’est ainsi un peu effritée. En parallèle, les papas divorcés sont plus impliqués dans la vie familiale. Le rapport entre le masculin et le monde économique a aussi beaucoup évolué en 40 ans.

Retrouver l’élan perdu

Au-delà de la promotion de la parité hommes–femmes dans le monde économique, il s’agit maintenant de réparer l’élan que la crise économique semble avoir cassé. Sans remettre en cause le machisme de certains ou le faible intérêt chez certaines femmes pour la direction du monde économique. Deux phénomènes concomitants peuvent expliquer ce phénomène.

La première interprétation est que, malgré les tentatives, le monde économique est resté « genré » et que la parité, qui n’est d’ailleurs pas gagnée, reste un mythe. Le haut de la pyramide économique est restreint, les groupes d’influence déjà constitués et masculins. Face à cette donne, l’émergence de quelques femmes dans le monde économique a sans doute laissé penser aux « pionnières » des années 70 que le combat était acquis oubliant aussi que leurs consœurs ne suivaient pas et contraignants les suivantes à adopter des comportements « masculins ».

La seconde interprétation, certainement conjointe à la première, est que le monde a changé et que l’idée de prise de pouvoir de la femme dans le monde économique a été étouffée par une crise puis une morosité économique qui a encore plus restreint les places au travail. Non seulement les places sont détenues par les hommes mais les places se sont bien restreintes. Il y a fort à parier que si la croissance économique, entraînant la création de nouveaux emplois, s’était maintenue, le combat pour la parité hommes – femmes aurait été plus aisé.

Les femmes, moteurs du renouveau économique

Est-ce pour autant que le combat pour la parité est révolu ? Certes non, mais il pourrait évoluer dans les années à venir grâce à l’avènement de nouvelles opportunités. L’entreprise traditionnelle, grosse et un peu bureaucratique, déjà critiquée depuis 40 ans va certainement mourir sous les coups de l’évolution des liens avec ses actionnaires, avec ses parties prenantes et la réduction des « time to market ». En marge de ces gros groupes à la peine, on trouve des pépites de renouveau économique, des terreaux fertiles dans lesquels les femmes excellent.

Là, les femmes, de par leur expérience, ont certainement une carte à jouer et une contribution certaine dans le renouveau économique. On leur attribue aisément des pensées divergentes, car elles côtoient des réseaux encore très différents de ceux des grands corps déjà constitués. Elles sont habituées à concilier temps personnel, temps professionnel, temps familial. Elles se sont aussi aguerries pour évoluer dans un monde économique hybride avec ses challenges et barrières : prenant en compte les institutions existantes, les banques ou les financeurs de projets entrepreneuriaux, par exemple ; mais aussi avec des « trucs et astuces » lorsque ces dernières ne semblent pas les suivre… Pas d’emploi ? Elles peuvent monter des entreprises en réseau. Pas toutes les compétences pour répondre aux demandes des clients ? Elles peuvent apprendre « à leur rythme » par les MOOC et les écoles, elles-mêmes en passe de se transformer. Pas de local ? Les espaces de co-working sont là. Et la gestion du temps de travail ? Flexible et fonction des impératifs de la vie personnelle et familiale. Du coup, la séparation entre zones-dortoirs et zones économiques s’estompe.

Ces spécificités sont des utopies ? Pas du tout : il suffit d’entendre les témoignages des [« Mampreneures) »](http://www.reseau-mampreneurs.com/ lors de la dernière semaine de sensibilisation à l’entrepreneuriat féminin et des femmes de Réseau Entreprendre. Elles sont autant d’atouts pour reconstruire un territoire économique avec, à côté ou après la mort de certains gros groupes et les grands bouleversements économiques qui s’annoncent.

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