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Collaborer ou protéger sa propriété intellectuelle ? Tout dépend du secteur de l’entreprise

La collaboration avec les fournisseurs et les clients, voire les concurrents, peut stimuler le potentiel d'innovation d'une entreprise. Mohamed Hassan/Pixabay, CC BY-SA

Compte tenu des multiples disruptions technologiques, économiques, et écologiques auxquelles le monde fait face, une stratégie d’innovation devient indispensable pour la croissance et la pérennité des entreprises. Dans ce contexte, l’innovation ouverte (open innovation) offre une nouvelle voie pour accélérer et améliorer le processus d’innovation. Elle s’appuie pour cela sur la collaboration avec les fournisseurs et les clients, voire les concurrents. Aujourd’hui, la question n’est ainsi plus s’il faut innover seul ou avec les autres, mais plutôt quand et comment collaborer avec les autres.

Les entreprises font alors face à un dilemme de taille dans l’implémentation de l’innovation ouverte : quand faut-il protéger sa propriété intellectuelle ? Et quand faut-il collaborer avec les partenaires externes comme des clients, fournisseurs, concurrents, ou universités ? Pour le savoir, nous avons mené une recherche. Il en ressort notamment que les réponses à ces questions dépendent avant tout du secteur d’activité de l’entreprise.

L’enjeu de l’allocation des ressources

Il existe deux types de protection de propriété intellectuelle : formelle et/ou informelle. Les brevets, les marques déposées, les modèles industriels et les droits d’auteur sont des mécanismes formels fondés sur des connaissances codifiées et légalement mis en œuvre. Les mécanismes informels, tels que le secret de fabrication, le temps d’avance par rapport aux concurrents, et la complexité du produit/service, s’appuient sur des savoirs tacites pour rendre la propriété plus difficile à divulguer.

Les mécanismes de protection, formel et informel, sont tous les deux associés à de meilleures performances en matière d’innovation, mais il est essentiel que les dirigeants allouent les ressources de manière judicieuse en fonction des secteurs d’activité au sein de la même industrie.

L’industrie manufacturière à forte intensité de connaissances (high-tech) a ainsi intérêt à investir dans des mécanismes informels et s’engager dans l’innovation ouverte en collaborant avec les partenaires externes. Toutefois, si ces firmes décident de ne pas collaborer, la protection formelle sous forme de brevets ou marques déposées peut également être déployée. Les secteurs concernés dans ce groupe sont entre autres l’industrie chimique, pharmaceutique, les produits informatiques et électroniques, ainsi que la fabrication de machines et équipements.

Par exemple, Tesla a décidé de partager ses brevets avec ses concurrents, le but étant d’accélérer le développement des voitures électriques et d’infrastructures ainsi que son logiciel de conduite autonome. Cela permet à la technologie de Tesla de devenir la norme sur le marché des voitures électriques. Ceci dit, Tesla protège sa propriété intellectuelle et conserve certains de ses secrets sous forme tacite tout en maintenant l’avantage technique sur les autres.

L’industrie de produits mid-tech et low-tech comme la fabrication de tabac, de boissons, de textiles, de bois, de métallurgie, de produits divers, et de matériel industriel représente un autre groupe qui nécessite une stratégie d’innovation différente. Nos résultats suggèrent que ces entreprises devraient privilégier la protection formelle en cas de collaboration.

Ainsi, la recette du Coca-Cola, sans brevet, est l’un des secrets les plus mieux gardés au monde mais ceci n’empêche pas de collaborer avec des start-up dans son écosystème afin de développer des innovations pour des bouteilles plus écologiques par exemple. Le géant du luxe LVMH a aussi de son côté développé le programme DARE LVMH qui fait partie de la stratégie d’innovation ouverte du groupe afin de promouvoir les talents, de proposer des idées de solutions innovantes et de les faire émerger en projets concrets au-delà de ses compétences en interne.

Un écosystème ouvert dans la 5G

La logique de collaboration et de protection intellectuelle n’est également pas la même au sein du secteur des services. D’un côté, les entreprises de services à forte intensité de connaissances (comme l’information-communication, finance, et les activités techniques et scientifiques) devraient investir dans la protection informelle. L’innovation ouverte apporterait des avantages supplémentaires et devrait ainsi être poursuivie.

Les opérateurs télécoms Orange, Telefónica, Vodafone, Ericsson et Vonage ont par exemple décidé de joindre leurs forces dans une initiative d’innovation ouverte en donnant aux développeurs d’applications un accès aux réseaux 5G. En exposant de manière ouverte et programmable les fonctionnalités télécoms, les développeurs du monde entier pourront créer de nouvelles applications pour tout appareil connecté aux réseaux 5G. D’autres modèles similaires se forment également comme la 5G Open Innovation Lab qui associent plusieurs parties prenantes dans l’écosystème de la communication et information.

La 5G, l’un des secteurs les plus avancés en matière d’innovation ouverte. Mohamed Hassan/Pxhere, CC BY-SA

D’un autre côté, il existe aussi les entreprises de services standardisés orientés vers les processus comme le secteur de l’immobilier, commerce, services administratifs rendus aux particuliers ou entreprises, transport, et hébergement-restauration. Ces entreprises ont intérêt à déployer des mécanismes de protection à la fois formels et informels indépendamment du degré de collaboration qui reste ceci dit bénéfique.

Le groupe La Poste s’est par exemple engagé dans une stratégie d’innovation ouverte en lançant French IOT afin d’accélérer le processus d’innovation en collaborant avec des start-up et en faire des partenaires dans son écosystème d’innovation.

Pas de recette unique

Démocratiser et ouvrir le processus d’innovation devient de plus en indispensable afin de rester compétitif, acquérir de nouvelles compétences grâce à un partage d’informations, gérer les coûts en matière de recherche et de développement, et développer de nouvelles technologies plus vite. Même si l’innovation ouverte procure plusieurs avantages, la collaboration n’est pas toujours bénéfique pour toutes les entreprises.

Il n’existe pas de recette unique pour gérer la relation entre collaboration et protection intellectuelle qui s’appliquent à toutes les entreprises. Il existe diverses stratégies d’innovation en fonction des différents secteurs d’activité que nous avons identifiés dans notre recherche où les entreprises pourraient mieux focaliser leurs efforts et ressources.

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