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Comment établir une cartographie des ressources de fact-checking ?

Les ressources de fact-checking vont bien au-delà du simple verdict vrai/faux. Unsplash

La lutte contre la propagation de la désinformation au cours des dernières années a donné naissance à une grande variété d’outils dits de fact-checking. Il s’agit de plates-formes et de dispositifs dont la diversité en termes de fonctions et de conception entraîne des utilisations diverses (moteurs de recherche, archives, recherche inversée d’images/vidéos, plates-formes collaboratives, sites web, rubriques médias, etc.). Dans ce qui suit, nous essayons d’opérer une cartographie de ces ressources afin de mieux comprendre l’évolution sémantique de cette pratique. Notre approche est ascendante : dans le cadre d’une collaboration européenne, nous avons demandé à des étudiants en journalisme et en communication venant de France, de Grèce et de Pologne de lister et de classer les ressources fact-checking qu’ils utilisent ou dont ils ont connaissance. Cette démarche faisait partie du projet pilote CALYPSO (Collaborative AnaLYsis, and exPOsure of disinformation, 2021-2022), attribué en réponse à l’appel de la DG Connect/2020/5464403 de la Commission européenne EU grants for small-scale online media « Soutenir les produits d’information de haute qualité et lutter contre les fausses informations ».

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Les résultats de l’enquête publiée par The European Digital Media Observatory (EDMO) montrent que la pratique de fact-checking relève d’une signification très large auprès de ces publics. Elle est censée impliquer des ressources de divers formats et contenus, fonctionnalités et objectifs, périmètres et champs d’application géographiques, ainsi que des degrés variés de participation des utilisateurs.

Qu’est-ce qu’une ressource de fact-checking ?

Plus particulièrement, les étudiants de notre enquête identifient de multiples ressources qui vont au-delà du « baromètre Vrai/Faux » : plates-formes et médias (Politifact, NewsGuard, Snopes, FullFact, The Conversation France, FakeHunter, ConspiracyWatch), sections de vérification des faits dans les médias (Les Décodeurs, AFP Factuel, Vrai ou Fake de France Info, Checknews de Libération, Reuters Fact-check), applications d’agrégation d’informations (Google News, Feedly), blogs, programmes télévisés, programmes radiophoniques, podcasts (Les idées claires, Les Dessous de l’infox – RFI, Complorama – France Info), hubs technologiques collaboratifs, pages web ou moteurs de recherche (Hoaxkiller, WhoPostedWhat, FactCheckExplorer, Faky, InVid, WeVerify, Google Search by Image, TinEye, RevEye, Pixsy, Yandex Search, MédiaInfo, Amnesty Int. YTB dataviewer), bases de données, extensions et applications mobiles (Media Bias/Fact Check Extension, Project Fib, FakerFact), outils d’analyse (Crowdtangle), pages ou chaînes sur les médias socionumériques (« Info ou intox » France24 sur Twitter, la chaîne YouTube « L’instant Détox »), collectifs et sites web de type observatoire (Acrimed, Arrêts sur Image, Odoxa, Bellingcat), répertoires (Observatoire des initiatives de lutte contre la désinformation), etc.

Les ressources de fact-checking vont bien au-delà du simple verdict vrai/faux et incluent des activités et des ressources d’éducation aux médias (Bad news, fake news : The Game, Spicee Educ, Fake Off, Stop Intox), compétence importante pour cultiver l’esprit critique et faire face aux limites du fact-checking.

Par ailleurs, les ressources identifiées portent à la fois sur la fiabilité des identités numériques et des sites Web (ScamDoc, WhoPostedWhat), l’activité des bots (botomètre), la reconnaissance faciale (FindClone), l’analyse des deepfakes (Sensity Tool), mais aussi sur les tendances au sein de médias socionumériques (Google Trends), les noms de domaine, les sites web et adresses IP (WHOIS), les arnaques et fraudes dans le commerce électronique (FakeSpot), les données et pages web archivées (Wayback Machine, Pema CC), les bases de données universitaires (PubMed, Google Scholar), etc.

Modéliser les ressources de fact-checking

Il devient alors évident que la classification des ressources de fact-checking doit prendre en considération une vision globale du processus de recherche de la vérité, allant de ses instruments et plates-formes orientés vers la vérification du vrai/faux à ceux visant une compréhension plus large des enjeux de l’univers informationnel. De même, elle doit tenir compte de l’expansion progressive des capacités de vérification et de participation, allant des journalistes en tant que « gardiens » aux utilisateurs non professionnels en tant que citoyens informés (avec les plates-formes de vérification crowdsourcing et les pratiques de signalement). La combinaison de ces deux échelles (finalité de la ressource/usagers concernés et degrés de participation) révèle quatre catégories distinctes de ressources de fact-checking, permettant d’enrichir les quelques travaux disponibles sur le sujet :

Services

Associant une faible participation des utilisateurs non professionnels et orientés vers le verdict faux/vrai, les services de fact-checking désignent une variété de sections de médias et/ou de plates-formes, principalement en ligne, qui fournissent des vérifications de faits, des « démystifications » (debunking). Ils peuvent être gratuits ou nécessiter un abonnement, et peuvent parfois intégrer un engagement limité de l’utilisateur profane, par exemple en donnant la possibilité aux citoyens de poser des questions et de demander des vérifications des faits spécifiques. Ces plates-formes sont le plus souvent gérées par des journalistes.

Outils

lls désignent les logiciels (applications, programmes, plugins, etc.) utilisés pour authentifier toutes les formes d’informations (textes, images, etc.) et/ou pour vérifier leur exactitude. Les outils de vérification peuvent être gratuits ou sur abonnement, open source ou propriétaires. Même s’ils sont initialement destinés aux journalistes, ils sont de plus en plus accessibles aux utilisateurs non professionnels, malgré le fait qu’ils nécessitent encore des compétences qui ne sont pas forcément à la portée de tous.

Aides

Nous classons ici les ressources à faible participation des utilisateurs non professionnels qui visent à transmettre des connaissances, c’est-à-dire de la littératie informationnelle : littératie visuelle, culturelle, médiatique, informatique, etc. Les tutoriels, les tableaux de tendances, etc. peuvent entrer dans cette catégorie. Les citoyens peuvent utiliser ces ressources, mais ils interviennent rarement dans leur fabrication.

Environnements

Cette catégorie fait référence à une variété d’expériences en ligne plus ou moins immersives à des fins éducatives (maîtrise de l’information) tournant autour de la désinformation et de la vérification des faits, nécessitant un haut degré de participation et d’engagement des utilisateurs profanes (par exemple, serious games, MOOC, etc.).

Certes, les contextes éducatifs et médiatiques locaux doivent être pris en considération dans cette réflexion. Nous savons, par exemple, que la France a été l’un des premiers pays à adopter le fact-checking en Europe, ce qui explique probablement l’importance des ressources françaises répertoriées par les étudiants français, contrairement aux étudiants grecs et polonais qui recourent beaucoup à des ressources anglophones. Cependant, ces derniers citent aussi des outils d’origine russe (FindClone, Yandex), portugaise (Jornal Poligrafo), sud-africaine (Africa Check), qatarie (TANBIH), et française (CrosscheckFrance, CaptainFact), révélant une compréhension de la vérification des faits en tant que pratique internationale, ancrée localement.

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