Comment s’organise la riposte contre le Covid-19 au Cameroun ?

Des personnes portent des masques devant l'entrée de l'hôpital général de Yaoundé le 6 mars 2020, alors que le Cameroun a vient de confirmer son premier cas de Covid-19. Afp

Face au défi du coronavirus, le Cameroun a mis en place un système de détection qui obéit à une procédure conforme aux orientations proposées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

À travers le ministère de la Santé publique, le Cameroun a mis en place plusieurs stratégies de prévention et de détection des cas de Covid-19, notamment au niveau des postes de santé aux frontières et aux points d’entrée portuaires (Port autonome de Kribi) et aéroportuaires (Aéroports internationaux de Douala et Yaoundé-Nsimalen) du pays.

Les passagers en provenance des pays en épidémie ou ayant transités au cours de leur voyage dans un pays en épidémie font l’objet d’une détection du Covid-19.

La première étape consiste pour les voyageurs dans les ports et les aéroports à remplir la fiche de déclaration de santé afin de recenser les informations de base permettant d’identifier une personne à risque qui a été exposée au Covid-19 ou une personne suspectée d’être atteinte de la maladie afin d’assurer son suivi ou sa prise en charge selon les directives.

Au débarquement, tous les passagers subissent obligatoirement un test de détection de température corporelle grâce à un dispositif de thermoflash.

Les passagers ayant des températures élevées (température corporelle supérieure ou égale à 38 °C) sont mis à l’écart des autres voyageurs pour des investigations plus approfondies. C’est ainsi que le quatrième cas a été identifié le 14 mars 2020. Depuis le 16 mars, il y a interdiction des transports aériens pour une durée de 15 jours renouvelable.

Une fois sur le territoire camerounais, les personnes risquant de développer la maladie doivent se soumettre à des mesures de restriction de la liberté de mouvement, notamment à une quarantaine volontaire à domicile pendant une période de 14 jours qui correspond à la période d’incubation du virus. Un suivi journalier est effectué pour détecter le plus tôt possible tout symptôme pouvant faire penser à un cas de Covid-19.

Les citoyens qui ont des signes ou symptômes se rapprochant de ceux du Covid-19 peuvent contacter un numéro gratuit, le 1510, pour signaler leur condition de santé. Après évaluation à distance, une équipe se déplace si l’alerte est validée et la personne est considérée comme suspecte. L’équipe mène alors une investigation approfondie et procède le cas échéant à des prélèvements d’échantillons respiratoires qui sont transmis de manière sécurisée au Centre Pasteur du Cameroun à Yaoundé, le laboratoire de référence pour le pays. Le coronavirus est détecté par une technique baptisée PCR (Polymerase Chain Reaction ou réaction de polymérisation en chaîne), conformément aux recommandations de l’OMS. Si le test est positif, un deuxième test sera effectué par un des laboratoires de référence de l’OMS au niveau international.

Le système de santé est-il prêt pour une riposte contre une propagation ?

Présentement, le système de santé du Cameroun a la capacité de gérer quelques nouveaux malades du Covid-19. Mais une recrudescence des cas pourrait poser un réel problème au regard du sous-équipement des hôpitaux et de l’insuffisance du personnel médical. Il faut dire que le système de santé camerounais prévoit trois types de quarantaine : quarantaine à domicile (auto-isolement pour les personnes asymptomatiques sans assistance médicale), quarantaine sur suivi (confinement des personnes suspectes/symptomatiques en vue d’un suivi médical), et quarantaine stricte ou absolue (séparation imposée ou restriction de la circulation des individus/groupes pour une période définie et dans un lieu déterminé pour une prise en charge médicale appropriée). Seule la quarantaine stricte est applicable pour le moment.

Le Cameroun compte à ce jour quatorze cas de Covid-19 confirmés. Si la tendance à la hausse se confirme et qu’il faut tous les placer en quarantaine stricte, cela pourrait créer des problèmes à cause du manque de structures appropriées pour confiner et prendre en charge les patients.

Jusqu’ici, en tous cas, tout est mis en œuvre pour impliquer les différents experts nationaux et internationaux. Bien avant la confirmation des cas au Cameroun, le ministère de la Santé publique avait déjà pris de nombreuses mesures de préparation afin d’être capable de détecter précocement le premier cas de Covid-19, d’assurer sa prise en charge et de mettre en œuvre les moyens de limiter sa propagation. À ce jour, les capacités de diagnostic existent, bien que la quantité des réactifs, comme partout ailleurs, pourrait être un défi.

Le suivi des personnes en contact avec les cas confirmés de coronavirus et, surtout, celui des personnes venant de pays affectés sera essentiel pour limiter la propagation de l’épidémie. L’OMS recommande la mise en quarantaine à domicile de ces personnes. Cependant, cette mesure est difficile à observer. En effet, contrairement à la situation qui prévaut en Amérique du Nord et en Europe, une grande partie de nos populations vivent au jour le jour et doivent trouver quotidiennement les moyens de leurs subsistances. Rester en quarantaine est pour certains impossible sans compensation financière.

La prise en charge des cas sévères nécessitant des soins intensifs sera l’un des plus gros défis en cas d’augmentation du nombre de cas. Toutefois, il existe une volonté politique palpable – à travers le dynamisme du ministre de la Santé – et un personnel motivé. L’opérationnalité du Centre des opérations des urgences de santé publique dans la réponse à cette épidémie laisse espérer que le pays saura être réactif et trouvera les solutions adaptées à cette situation complexe.

Il faudra un leadership et des moyens à la hauteur de la situation. Avec la réduction des nouveaux cas, la Chine a montré aujourd’hui qu’il est possible de faire face au Covid-19. Le Cameroun et l’Afrique devront trouver des solutions adaptées à notre environnement et à nos cultures afin de limiter cette épidémie avant qu’elle ne se propage, c’est le plus gros défi. Sinon, il sera très difficile de limiter les dégâts.

Quelques mesures simples pour se protéger

Pour endiguer la propagation de la maladie, les citoyens ordinaires ont un rôle important à jouer en suivant les règles d’hygiène suivantes :

Le lavage des mains, un moyen de protection efficace contre le Covid-19. Shutterstock
  • Se laver les mains avec du savon autant que possible.

  • Éviter de se toucher les yeux, le nez et la bouche, qui sont des portes d’entrée du virus.

  • En cas de toux ou d’éternuement il est conseillé de se couvrir la bouche et le nez avec le pli du coude ou avec un mouchoir en cas de toux ou d’éternuement puis jeter le mouchoir immédiatement après dans une poubelle fermée et se laver les mains avec une solution hydroalcoolique ou à l’eau et au savon.

  • Il faut également éviter les contacts proches surtout avec des personnes qui ont été en contact avec un cas confirmé ou une personne qui vient d’un pays affecté par le coronavirus.

  • Éviter les rassemblements de populations parce qu’ils augmentent les risques de contamination.

  • Se protéger, c’est aussi protéger les autres. Dans le cas où on a des signes ou symptômes qui apparaissent, il faut appeler le 1510 ou le 655 978 711 qui se chargeront de vous guider en fonction d’une évaluation adéquate de la situation.

  • Les personnes provenant des pays ayant un foyer actif de l’épidémie doivent se mettre en quarantaine volontaire, c’est-à-dire limiter leurs mouvements et les contacts avec leur entourage et être capable de déceler les premiers symptômes et se signaler aux autorités sanitaires compétentes.

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