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Coronavirus : le point hebdomadaire sur la couverture internationale (12)

L’armée chinoise défile devant l’entrée de la Cité interdite à l’occasion de la session 2020 de l’Assemblée nationale populaire, le 22 mai à Pékin. Nicolas Asfouri / AFP

Quelle mondialisation après la crise ? Et quel rôle pour la Chine dans le jeu international ? À l’heure de l’allègement des mesures sanitaires dans la plupart des pays du monde, les experts du réseau mondial de The Conversation s’interrogent cette semaine sur les grandes tendances qui sont en train de redessiner les échanges et l’économie mondiale.

Juste avant que la pandémie ne survienne, la dynamique était déjà en train de s’essouffler. Cependant, la crise ne devrait pas constituer un coup d’arrêt à la mondialisation : le coronavirus serait plutôt le point de départ d’une reconfiguration du jeu mondial, avec un raccourcissement des chaînes de valeur dans certains secteurs, une Chine visant à étendre le contrôle gouvernemental sur son économie ou encore une consommation minée par la récession aux États-Unis.

Nous vous proposons un tour d’horizon des conséquences de la pandémie sur la mondialisation, signés par les universitaires de notre réseau qui s’interrogent en outre sur l’avenir du football et de l’avantage de jouer à domicile lorsque le stade est vide…


CC BY

Notre point hebdomadaire d’informations sur le coronavirus. Composé d’associations à but non lucratif, The Conversation est un média qui travaille avec des milliers d’universitaires à travers son réseau mondial. Ensemble, nous publions des analyses fondées sur les faits et la recherche académique. Les articles sont gratuits – sans limite dans l’accès – et peuvent être republiés librement.


Les cartes de la mondialisation rebattues

Pour comprendre l’ampleur du choc économique lié à la pandémie de Covid-19, Jun Du, Agelos Delis, Mustapha Douch et Oleksandr Shepotylo de l’Université Aston ont cartographié les échanges internationaux de la Chine depuis le début de l’année avec les différentes zones du globe, en les comparant avec la même période en 2019.

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Il en ressort notamment que les secteurs dont les importations ont le plus ralenti sont les machines-outils, ou encore les produits de luxe. Quant aux exportations, les biens dont la production demande une forte intensité de main-d’œuvre, comme les meubles, ont chuté drastiquement.

Selon ces économistes, ces tendances pourraient s’inscrire dans la durée, alors que la plupart des pays prennent conscience de la fragilité des chaînes de valeur mondiales – sans toutefois remettre en cause complètement la mondialisation.

Richard Holden (Unversity of North South Wales) s’interroge, lui, sur les tensions commerciales entre l’Australie et la Chine à propos de l’orge et sur l’impact que la crise pourrait avoir sur les relations entre les deux pays.

La Chine entre « protection et contrôle »

Le 22 mai dernier, en Chine justement, le premier ministre Li Keqiang a prononcé un discours de 55 minutes lors du Congrès national du peuple chinois, qui avait déjà été reporté de deux mois en raison de la pandémie, esquissant la stratégie de sortie de crise du gouvernement.

Une feuille de route, décryptée par Jane Duckett, Holly Snape, Hua Wang, Yingru Li (University of Glasgow), dont deux mots d’ordre ressortent : « protection » et « contrôle ».

L’édition 2020 du Congrès national du peuple chinois s’est finalement tenue après avoir été reportée de deux mois. Ng Han Guan/EPA

Sur ce dernier point, le premier ministre n’a pas donné beaucoup de détails, mais à laisser entendre que les mesures envisagées iraient au-delà du simple traçage, avec des contrôles de température et des règles de distanciation sociale généralisées. « La pandémie n’est pas terminée », a-t-il averti, alors que le pays craint l’émergence de nouveaux foyers dans les provinces du nord-est.

La ruée vers l’or n’a pas attendu le Covid

Avant la pandémie, l’économie mondiale montrait déjà de fragilité sur fond de tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis. Cette période aurait dû être propice à l’achat d’or, valeur refuge par excellence. Pourtant, ce ne fut pas le cas. Au contraire, la demande a connu un ralentissement.

Pas vraiment une surprise, analyse Drew Woodhouse (Sheffield Hallam University), tant le cours avait atteint des sommets. L’or était ainsi devenu trop cher pour de nombreux États qui en avaient pourtant fait un signe extérieur de puissance. La récession pourrait toutefois relancer la demande dans les prochaines semaines.

La société américaine sans filet…

La crise économique frappe durement les États-Unis : des dizaines de millions d’Américains s’inscrivent actuellement au chômage à mesure que les entreprises ferment et licencient du personnel. Malgré les efforts du gouvernement fédéral, la population se retrouve dans l’incapacité à répondre ses besoins financiers immédiats pour couvrir ses dépenses de nourriture, de soins, ou de logement.

La crise révèle ainsi les grandes failles dans le filet de sécurité sociale américain que détaille Paul Shafer (Boston University).

… et l’impact sur la pauvreté dans le monde

Dans le monde, la pandémie a aussi frappé de plein fouet les pays en voie de développement.

Borja Santos Porras (IE University) s’inquiète de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire que la crise engendre dans les pays à faible revenu et estime que ces deux facteurs pourraient faire plus de victimes que la maladie elle-même.

Travailleurs migrants à Bombay en Inde, le 11 mai. Manoej Paateel/Shutterstock

En Indonésie, les plus démunis sont également à la merci du virus.

Fisca Miswari Aulia (BAPPENAS), Maliki (BAPPENAS) et M Niaz Asadullah (University of Malaya) estiment que 3,6 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées à la pauvreté du fait de la pandémie.

En Afrique de l’Est, c’est le sort des réfugiés à Nairobi qui intéresse Naohiko Omata

(University of Oxford). Il souligne que ces populations n’ont que de très faibles revenus, générés le plus souvent par la vente dans les rues au quotidien, et sont directement impactés par la maladie et la peur des contacts qu’elle génère.

Le retour du local

Certains pays, face aux incertitudes de l’avenir, préfèrent aussi se tourner vers des formes d’économie plus locales.

C’est le cas au Canada, notamment dans le domaine de la pêche. Kristen Lowitt (Brandon University) et Charles Z. Levkoe

(Lakehead University) s’attardent ainsi sur les politiques à mettre en place afin que le nord-ouest de l’Ontario puisse permettre aux populations locales de profiter plus des poissons pêchés dans la région de Thunder Bay, généralement destinés à l’exportation.

Football : la fin de l’avantage du terrain

Le 16 mai, les premiers matchs de football de l’après-crise ont eu lieu dans le championnat allemand, donnant le coup d’envoi de la reprise progressive des compétitions en Europe. Avec une différence notable : les rencontres se déroulent désormais à huis clos.

Or, un stade qui sonne creux n’est pas sans incidence sur le score, comme le relèvent Carl Singleton, James Reade (University of Reading) et Dominik Schreyer (Otto Beisheim School of Management), graphiques à l’appui. Par exemple, les visiteurs reçoivent moins de cartons jaunes lorsque le public n’est pas là pour faire pression sur l’arbitre…


Estimation du nombre de cartons jaunes attribués à l’équipe jouant l’extérieur, selon le nombre de supporters présents. Carl Singleton, Author provided

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