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L'âge et le degré de sociabilité influencent le moment où une population atteint l’immunité collective. (Shutterstock)

Coronavirus : les seuils d’une immunité collective efficace pourraient être plus bas que prévu – voici pourquoi

Les modèles de base de la Covid-19 suggèrent que l’immunité collective est atteinte lorsque 60 % des personnes sont immunisées. En effet, dans une population où tout le monde est sensible au coronavirus, on estime qu’une personne infectée en infecte à son tour en moyenne 2,5 de plus. Or, si 60 % de ces 2,5 personnes sont immunisées, une seule nouvelle infection peut avoir lieu et la flambée ne peut donc pas se développer.

Ce modèle est cependant simpliste. Il suppose que tous les membres de la population se mélangent de la même façon et au même degré. Ce n’est pas réaliste. Dans notre recherche, nous avons essayé de refléter une partie de la diversité des comportements observés dans les populations humaines afin de montrer l’effet qu’ils pourraient avoir sur l’immunité collective.

Nous avons examiné deux facteurs qui influencent le degré de mixité des gens. Le premier est la sociabilité.

Les personnes les plus actives socialement sont plus susceptibles d’être infectées au début d’une épidémie. Cela signifie qu’avec le temps, l’immunité acquise naturellement tend à se concentrer chez ceux qui ont beaucoup de liens sociaux, tandis que la susceptibilité à la maladie — et la capacité de la propager — tend à être surreprésentée chez les personnes qui ont moins de liens.

Comme nous l’avons démontré, cela peut avoir un impact sur le moment où le seuil d’immunité collective est atteint. Nous avons créé un modèle dans lequel 25 % des personnes socialisent deux fois moins que la moyenne, 50 % se socialisent dans la moyenne, et les 25 % restants socialisent deux fois plus que la moyenne. Lorsque ces différents groupes se mélangent à leurs rythmes respectifs, le modèle prédit que le seuil d’immunité collective sera considérablement plus bas : 46,3 % au lieu de 60 %.

Qui entre en contact avec qui n’est pas aléatoire, mais dépend de nombreux facteurs, dont l’âge. EPA-EFE

Si l’on prend en considération d’autres facteurs de différenciation, le moment où l’immunité collective est atteinte par une infection naturelle diminue encore davantage. C’est dans cette optique que nous avons examiné l’effet de l’âge sur la mixité sociale.

Durant notre vie, nous ne socialisons pas de la même manière à 20 ans, 50 ans ou 80 ans ; dans une population, la socialisation suit certaines tendances. Pour modéliser grossièrement ce phénomène, nous avons divisé la population en six groupes d’âge, puis nous avons estimé le nombre de contacts entre eux en utilisant les données d’une étude précédente sur les contacts sociaux.

Nous avons constaté que si l’on tient compte des tendances de socialisation par groupe d’âge et selon différents niveaux de sociabilité, cela abaissait un peu plus le seuil d’immunité collective, à 43 %.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Le premier élément important à souligner est que nos estimations doivent être interprétées uniquement comme une démonstration de la manière dont les différences de comportement peuvent affecter l’immunité collective. Ces chiffres ne sont pas des valeurs absolues, et ils ne constituent pas les meilleures estimations. Les niveaux d’activité et de contact entre les groupes d’âge que nous avons utilisés dans le modèle sont simplement là en guise d’illustration.

La deuxième chose à noter est que nous n’avons pris en compte que deux types de variations dans la population. Des modèles plus réalistes seraient plus complexes, incluant de nombreux autres facteurs. Par exemple, la taille des ménages, l’environnement scolaire et professionnel et la vie en milieu urbain ou rural sont autant de facteurs qui créent des taux moins ou plus élevés de contacts personnels. L’infection et l’immunité seront ainsi plus concentrées chez les personnes très actives et connectées.

Enfin, pour notre modèle, nous avons supposé que l’immunité ne diminue pas avec le temps et qu’elle offre une protection à 100 %. Ni l’un ni l’autre de ces éléments ne sont nécessairement vrai (des cas de réinfection ont en effet été signalés en Europe).


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Mais ce que notre travail semble suggérer, c’est que la plupart des formes de variation au sein d’une population diminuent le point auquel l’immunité collective est atteinte par une infection naturelle. Cela signifie qu’elle pourrait être atteinte à un coût humain moins élevé que prévu. Dans les pays ou les régions qui ont déjà été fortement touchés par le virus, l’immunité collective pourrait déjà être proche. Dans de tels endroits, pour arrêter la propagation de la maladie, il suffirait donc d’amener les gens à respecter des restrictions relativement légères en matière de comportement social.

Entre 44 % et 66 % de la population de la ville amazonienne de Manaus aurait contracté le SARS-CoV-2. EPA-EFE

Quelques bémols cependant : même si le seuil pour atteindre l’immunité collective par une infection naturelle est moins élevé que l’on croyait, de nombreuses personnes devront avoir été infectées. Bien qu’inférieur à ce que l’on pensait au départ, le coût humain serait encore très élevé. La ville de Manaus, au Brésil, est peut-être la première au monde à avoir atteint l’immunité collective, mais une personne sur 350 infectée par le virus y est morte, ce qui représente environ 2 500 décès au total.

Les variations au sein de la population diminuent généralement le niveau global d’immunité nécessaire. Ainsi, chez les personnes les plus actives, la fraction qui doit être infectée pour atteindre l’immunité collective sera supérieure à 60 %.

This article was originally published in English

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