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tranches de bacon et saucisses
On a associé l’équivalent d’une tranche de bacon à une augmentation de 44 % du risque de démence. Shutterstock

Démence : la viande transformée est-elle un facteur de risque ?

Les preuves qu’il existe un lien entre la viande transformée et le cancer sont désormais suffisamment solides pour que certaines organisations recommandent de ne réduire sa consommation. On découvre également de plus en plus de preuves d’un lien entre la viande transformée et le diabète de type 2. Et maintenant, une nouvelle étude vient allonger la liste des mauvaises nouvelles pour les amateurs de viande transformée en y ajoutant un risque accru de démence. Mais cette dernière corrélation n’est peut-être pas aussi sûre.

Une nouvelle étude menée par l’Université de Leeds a utilisé les données de la UK Biobank, une base de données biomédicales contenant des informations détaillées sur la génétique et la santé de près d’un demi-million de personnes âgées de 40 à 69 ans. Les chercheurs ont relevé la fréquence à laquelle les participants déclaraient consommer de la viande transformée et non transformée, puis ils ont surveillé les cas de démence sur une période de huit ans.

Au cours de ces années, 2 896 participants ont développé une démence. Des scientifiques ont calculé que la consommation de 25 grammes de viande transformée par jour — l’équivalent d’une tranche de bacon — était associée à une augmentation de 44 % du risque de démence. Et pour ceux qui ont développé une démence, la viande transformée était associée à une augmentation de 52 % du risque de souffrir d’Alzheimer — la principale cause de démence. En revanche, les chercheurs ont établi que la consommation de 50 grammes par jour de viande rouge non transformée, comme du bœuf, du porc ou du veau, avait un effet protecteur et était associée à une réduction de 19 % du risque de démence par rapport aux personnes qui mangent de la viande une fois par semaine ou moins.

Il est surprenant de constater que la viande transformée et la viande non transformée ont des effets opposés sur la santé, d’autant plus que de nombreuses études montrent que la viande transformée et la viande rouge augmentent le risque de cancer. Comment expliquer ces résultats ?

Les études qui examinent un lien possible entre la consommation d’un aliment particulier et un risque accru d’une maladie ne prouvent pas l’existence d’un lien de causalité. De nombreux facteurs sont associés à un risque accru de démence, et une étude donnée ne peut en évaluer qu’une faible quantité. Il devient dès lors difficile de tirer des conclusions définitives sur ce qui peut être la cause d’un effet observé.

L’étude de Leeds a utilisé une définition large de ce qu’est une viande transformée. Elle incluait non seulement le jambon, le bacon et les saucisses, mais aussi des produits plus transformés, tels que les pâtés à la viande, les kebabs, les hamburgers et les croquettes de poulet. Il est probable que les personnes qui consomment ces produits carnés consomment également d’autres aliments ultra-transformés, comme les chips ou les gâteaux, qui font partie du régime occidental typique.

Un assortiment d’aliments malsains, notamment un hamburger, un soda, des chips, du chocolat et des bonbons.
Une mauvaise alimentation peut également être en cause. beats1/Shutterstock

Ainsi, le fait de manger des produits carnés très transformés peut aussi être lié à de mauvaises habitudes alimentaires, et c’est peut-être cela, plutôt que le bacon, le jambon ou les saucisses, qui augmente les risques de démence. Des recherches montrent qu’un mauvais régime alimentaire de type occidental est corrélé à un risque accru de maladie d’Alzheimer. On estime que les effets néfastes d’une mauvaise alimentation sur le microbiote intestinal (la communauté de billions de microbes dans notre intestin qui nous aide à maintenir notre bien-être) sont liés à des troubles neurologiques, dont la démence.

De plus, le degré de cuisson de la viande n’a pas été pris en compte dans cette étude. Une température de cuisson élevée peut augmenter les effets négatifs sur la santé. La plupart des viandes transformées, comme les saucisses et le bacon, sont cuites à haute température jusqu’à ce qu’elles soient dorées, ce qui indique que des composés toxiques, appelés produits terminaux de glycation avancée (PTGA), se sont formés à la surface de la viande. Les PTGA engendrent de la neuroinflammation dans le cerveau. Et, dans les études sur les animaux et les humains, ce phénomène est fortement lié à un risque accru de maladie d’Alzheimer.

Dans une étude portant sur 549 aliments, le bacon frit avait de loin les niveaux les plus élevés de PTGA. Il y en avait également beaucoup dans le steak, mais c’était dix fois moins que dans le bacon. Les niveaux de PTGA étaient encore plus faibles dans les autres viandes rouges (bien qu’ils demeuraient élevés par rapport à la plupart des autres aliments) et dépendaient du mode de cuisson. Étant donné qu’on peut consommer de la viande de diverses façons, il n’est pas surprenant qu’à l’heure actuelle, on ne puisse dégager de consensus quant à l’existence ou non d’un lien entre la consommation de viande et la diminution des fonctions cognitives.

On a remarqué que, parmi les participants à l’étude de Leeds qui ont développé une démence, il y avait davantage d’hommes. Bien que la démence soit globalement plus fréquente chez les femmes, chez les moins de 65 ans qui en souffrent, on trouve davantage d’hommes. L’une des principales causes de cette démence précoce serait une lésion cérébrale traumatique, plus fréquente chez les hommes qui vivent dans des zones défavorisées sur le plan socio-économique. Étant donné l’âge relativement jeune des participants de cette étude, on peut conclure que la plupart des personnes atteintes de démence ont été classées comme souffrant de démence précoce, mais les lésions cérébrales n’ont pas été évaluées comme une cause possible.

En plus de consommer davantage de viandes transformées, les participants qui ont développé une démence étaient également plus susceptibles d’être économiquement défavorisés, moins éduqués, fumeurs, moins actifs physiquement, d’avoir des antécédents d’accident vasculaire cérébral et des antécédents familiaux de démence. C’est peut-être là la conclusion la plus importante de l’étude.

Une consommation élevée de viandes hautement transformées peut simplement être représentative d’un mode de vie moins sain dans l’ensemble — ce qu’une seule étude ne peut pas examiner en détail. Si tel est le cas, les campagnes de santé publique qui abordent ces questions sont d’une grande importance pour les personnes issues de milieux défavorisés, afin de réduire leur risque global de démence. Le simple fait de diminuer leur consommation de sandwichs au bacon n’aura probablement pas autant d’effet.

This article was originally published in English

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