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Brazilian President Jair Bolsonaro, who is running for a second term, waves to supporters during a motorcycle campaign rally in Santos, Brazil, Wednesday, Sept. 28, 2022. Brazil’s general elections are scheduled for Oct. 2. (AP Photo/Andre Penner)

Élections au Brésil : Jair Bolsonaro met la démocratie sous tension

Au Brésil, les élections générales du 2 octobre seront un véritable test pour la démocratie.

En effet, le président sortant, Jair Bolsonaro, laisse toujours planer un doute quant à son intention d’accepter les résultats des élections en cas de défaite. Déjà, en octobre 2018, après être arrivé en tête au premier tour du scrutin présidentiel, le clan Bolsonaro avait remis en question la fiabilité des résultats, prétendant avoir obtenu plus de 50 % des voix, seuil nécessaire pour être élu dès le premier tour.

Depuis lors, Jair Bolsonaro a multiplié les attaques, insultes et provocations à l’encontre du système électoral brésilien et de ses représentants. Candidat à sa réélection, Bolsonaro a 13 points de retard sur son principal opposant, l’ex-président Lula da Silva (2002-2010), selon les derniers sondages.

Je poursuis un doctorat en science politique et mes recherches se portent sur les enjeux de démocratie et de participation citoyenne au Brésil. Je propose dans cet article d’analyser l’attitude de Jair Bolsonaro vis-à-vis des institutions électorales et politiques brésiliennes. A quelques jours du scrutin présidentiel, de nombreux signaux démocratiques sont au rouge, notamment en raison des agissements de l’actuel président d’extrême droite.


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Un discours de défiance vis-à-vis des institutions

Tout au long de son mandat, Bolsonaro a critiqué sans preuve le système de vote électronique, pourtant en vigueur depuis 1996 et au cœur de la plus grande élection informatisée au monde.

Dans ce contexte de défiance vis-à-vis des institutions politiques, se sont multipliées lors de son mandat plusieurs mobilisations antidémocratiques, auxquelles l’actuel président n’a pas manqué d’assister. En mai 2020, il saluait ouvertement certains de ses partisans lors de manifestations appelant à fermer la plus haute instance de justice brésilienne, le Supremo Tribunal Federal et le Congrès.

Un homme passe devant un mur tapissé d’affiches électorales
Le Brésil en pleine campagne : les candidats à la présidence Jair Bolsonaro et Luiz Inacio Lula da Silva. (AP Photo/Eraldo Peres)

En septembre 2021, lors d’un rassemblement à Sao Paulo, il avait publiquement qualifié de voyou le président du plus haut organe de la justice électorale brésilienne, Alexandre de Moraes. De nombreux observateurs craignent ainsi de voir se reproduire au Brésil le scénario des élections étasuniennes de 2021, lors desquelles Donald Trump, refusant d’admettre sa défaite, avait invité ses supporters à envahir le capitole.


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À l’occasion d’un entretien à la télévision nationale tenu le 22 août 2022 dans le cadre de sa campagne, lorsqu’il lui était demandé s’il accepterait le résultat des élections quel qu’en soit le résultat et s’il encouragerait ses électeurs à en faire de même, celui-ci a posé ses conditions : il ne le ferait que si « les élections étaient propres et transparentes ».

En remettant à nouveau en cause la fiabilité du système électoral, il alimente ainsi toujours un climat de défiance quant à la fiabilité des élections brésiliennes, à grand coup de désinformation et d’invectives à l’encontre des institutions démocratiques.

Le président anti-système

Comptant plus de trente partis politiques, le parlement brésilien a toujours été hautement fragmenté, rendant le pays difficilement gouvernable.

Un équilibre s’était néanmoins progressivement installé entre le Parti des travailleurs (centre gauche), mené par Lula, et le Parti de la social-démocratie (PSDB). Ils se sont affrontés au second tour des quatre élections qui se sont tenues entre 2002 et 2014. L’image de ces deux partis et, plus largement, de la classe politique dans son ensemble, ont été durablement ternies par l’opération Lava Jato, qui en 2016 mettait à jour un gigantesque système de corruption, de blanchiment d’argent et de surfacturation de chantiers publics.

C’est dans ce contexte qu’émerge Jair Bolsonaro en tant que prétendant à la présidence lors des élections de 2018. Se présentant comme un candidat anti-système, il fait de la lutte contre la corruption la thématique centrale de sa campagne et séduit ainsi l’électorat de la droite traditionnelle.

Un retour de l’armée

En novembre 2019, moins d’un an après son entrée en fonction, le président Jair Bolsonaro quitte le Parti Social Libéral avec lequel il s’était fait élire sur fond de lutte pour le contrôle du parti et de ses financements de campagne.

Une foule majoritairement vêtue de jaune encercle un véhicule
Jair Bolsonaro multiplie les rassemblements géants durant sa campagne, comme celui-ci qui s’est tenu à Rio de Janeiro, le 7 septembre 2022. Nombreux de ses supporters proviennent du mouvement évangélique. (AP Photo/Rodrigo Abd)

Il passera deux ans sans être affilié à un parti, se rapprochant de plus en plus du centrão : un ensemble de petits partis sans orientation politique claire, connus pour avoir appuyé différents gouvernements, indépendamment de leurs positions idéologiques, en échange de postes et de fonds publics. Le 30 novembre 2021, Jair Bolsonaro rejoint le Parti Libéral, apparenté à ce bloc, avec lequel il mène actuellement sa campagne.

Ouvertement nostalgique de la dictature militaire (1964-1985) Jair Bolsonaro, lui-même ancien soldat, favorise un inquiétant retour de l’armée dans les institutions politiques brésiliennes. En effet, de nombreux militaires se sont vu octroyer un poste au gouvernement depuis son entrée en fonction. Ainsi en 2020, plus de 6000 militaires exerçaient un poste dans la fonction publique dont 9 ministres, soit près de 40 % du cabinet présidentiel.

En mai 2020, Jair Bolsonaro nommait le général militaire Eduardo Pazuello au poste de ministre de la Santé, après avoir limogé deux ministres qui recommandaient la mise en place de mesures de confinement, ce à quoi s’est toujours fermement opposé le président.

La perspective d’une élection tendue

Trainant derrière son principal opposant, Lula da Silva, Bolsonaro a le taux de rejet parmi la population le plus élevé des candidats à la présidence (52 %, selon l’institut Datafolha), notamment en raison de sa gestion catastrophique de la crise sanitaire et d’une inflation galopante.


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À mesure qu’approche le jour du scrutin, l’écart entre Bolsonaro et Lula se résorbe néanmoins progressivement, comme on peut le voir dans ce tableau sur les intentions de vote aux élections brésiliennes.

Les données du dernier sondage de datafolha sur les intentions de vote aux élections brésiliennes. Marge d’erreur de 2 %. (Globo), Author provided

A quelques jours du scrutin présidentiel, Lula et ses supporters croient fermement à la possibilité d’une victoire au premier tour. De son côté, Jair Bolsonaro utilise tous les moyens à sa disposition pour empêcher ce scénario de ce réaliser. En déplacement à Londres pour assister aux obsèques d’Elizabeth II, il a profité de l’occasion pour faire campagne, s’attirant les critiques de la presse britannique.

Le résultat du premier tour n’est donc pas encore tout à fait décidé, même si une défaite finale de Bolsonaro, au deuxième tour, semble inévitable. La principale incertitude réside maintenant dans la réaction de l’actuel président. La démocratie brésilienne sera mise à l’épreuve, en particulier face à la perspective de manifestations violentes des partisans de Jair Bolsonaro au lendemain des élections.

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