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Une femmes déambule dans une rue, un éventail à la main
Une femme souffre de la chaleur extrême qui sévit à Madrid, en juillet 2023. Les enjeux de santé issus du changement climatique sont au coeur de la stratégie électorale des Verts, aux élections européennes 2024. (AP Photo/Manu Fernandez, File)

Élections européennes : les Verts axent leur stratégie sur la santé dans leur lutte pour l’environnement

Les ressortissants des pays membres de l’UE sont aux urnes ces jours-ci pour désigner leurs représentants au Parlement européen pour les cinq prochaines années.

En France, la liste Europe Écologie Les Verts (EELV), menée par Marie Toussaint, propose un programme où la santé, plutôt que l’économie, deviendrait la nouvelle « boussole des politiques publiques », y compris pour celles concernant la protection de l’environnement.

En proposant ce cadrage santé, le parti espère ainsi conserver ses 13 sièges au Parlement (soit près de 16 % des sièges réservés aux Français suite au Brexit), voire d’en ajouter d’autres.

Mais pourquoi ce changement de rhétorique ? Quel intérêt ?

Doctorante en science politique à l’Université de Montréal, mes travaux portent sur la construction sociale des problèmes publics. Je m’intéresse notamment aux effets de cadrage de la crise climatique et leur rôle dans l’apport de changements de politique publique.

La candidate des Verts aux élections européennes, Marie Toussaint, lors d’un meeting de campagne à Strasbourg, en France, le 25 avril 2024. (AP Photo/Jean-Francois Badias))

Est-ce vraiment vendeur de parler de santé ?

La santé continue de figurer parmi les préoccupations majeures des Français lors des élections européennes de 2024.

La littérature en politique publique sur la mise à l’agenda démontre que cadrer un enjeu sous l’angle santé peut s’avérer payant pour stimuler un changement de politique.

L’exemple le plus frappant est, sans doute, le mouvement anti-tabac. À partir du moment où les preuves scientifiques se sont accumulées concernant la dangerosité de la fumée passive et que celles-ci ont été mobilisées dans la sphère politique, des réglementations fortes ont pu être mises en place.

L’histoire peut-elle se répéter pour le climat ?

Plusieurs sondages expérimentaux aux États-Unis et au Canada ont testé l’efficacité du cadrage santé pour parler de la crise climatique auprès d’un échantillon représentatif de la population et les résultats sont encourageants.

Ces études indiquent, entre autres, que le cadrage santé permet potentiellement de réduire la distance psychologique avec le problème et de rejoindre une plus grande partie de la population (y compris les climato-sceptiques). De plus, parler des co-bénéfices santé de l’action climatique laisserait place à un discours plus optimiste.

Interdire les produits toxiques et les pesticides

Dans son programme, le parti explique que l’arrivée de la pandémie de Covid-19 l’a poussé à remettre en question les modèles économique et politique existants, d’où ce revirement de bord orienté vers la santé.

EELV a donc fait le choix d’adopter une approche santé globale, lui permettant ainsi d’apporter des solutions aux enjeux médicaux plus traditionnels, comme la santé des femmes, ou la mise sur pied d’une couverture maladie universelle (CMU) au niveau européen afin de garantir à toutes et tous l’accès aux soins de santé.

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Si cela peut paraître jusque-là banal, il n’en est rien lorsque les questions environnementales sont, elles aussi, traitées sous l’angle santé.

En effet, le document met de l’avant l’interdiction de plusieurs produits toxiques, tels que les polluants éternels (aussi appelés PFAS), les perturbateurs endocriniens et les pesticides. Le parti justifie cette mesure ainsi : « la fin des produits toxiques aura d’immenses effets positifs pour la santé des populations, des sols, de l’air et de l’eau, et sera source d’économie pour les dépenses publiques de santé ». Autrement dit, agir pour l’environnement serait également vertueux pour notre santé (et notre économie).

Ces mesures ne sont évidemment pas populaires chez tous. Cet hiver, des manifestations massives d’agriculteurs ont eu lieu en France et dans toute l’Europe, afin de protester contre l’adoption du pacte vert, considéré comme trop contraignant sur le plan environnemental.


Read more: La colère des agriculteurs et les craintes pour la défense du continent parmi les enjeux de l’élection européenne


S’adapter à un climat changeant

Quant au défi climatique, EELV appuie plusieurs mesures d’atténuation décrites comme bénéfiques pour la santé. Par exemple, le parti avance l’idée d’un fond de souveraineté écologique qui redirigerait les investissements de l’industrie fossile vers les énergies renouvelables. Lors d’un débat télévisé, leur tête de liste expliquait que cela permettrait de « sauver le climat, de prendre soin de la santé, de créer de l’emploi sur notre territoire, de baisser les factures d’énergie ».

Cependant, le parti propose, d’une perspective santé, peu de mesures d’adaptation à un climat changeant. Lors d’une entrevue télévisée le 15 mai, Marie Toussaint dénonçait néanmoins le manque d’investissements dans le secteur santé, ce qui empêche par exemple les hôpitaux de bien se préparer à la crise climatique. Pour illustrer son propos, elle prenait l’exemple de l’absence de système de climatisation dans le milieu hospitalier pendant les canicules.

Des enfants marchent dans le lit de la rivière Galardi, dans le sud-ouest de la France, le 12 juillet 2022. La France connaissait alors sa quatrième vague de chaleur de l’année, provoquant les pires sécheresses jamais enregistrées. (AP Photo/Bob Edme)

Que faire pour une stratégie de communication plus réussie ?

Pour être plus efficace, le parti gagnerait certainement à faire figurer sur sa liste des personnes issues du milieu de la santé. En effet, la liste actuelle met à l’honneur différentes professions, comme des travailleurs sociaux, des ingénieurs, ainsi que des scientifiques, mais aucun d’entre eux ne possède une expertise médicale.

Or, la littérature indique que ce sont les professionnels de la santé qui sont les mieux placés pour porter ce discours. Par ailleurs, des recherches à l’international démontrent que ce sont également des personnes en qui la population a particulièrement confiance.

Enfin, les liens climat-santé étant complexes, certaines plates-formes médiatiques apparaissent plus appropriées que d’autres pour expliquer ceux-ci avec précision en période électorale. Des entrevues longues s’y prêteraient davantage que des débats télévisés, où les temps de paroles sont expressément courts.

Peu importe l’issue du vote dimanche prochain, l’idée d’aborder les questions environnementales sous un nouvel angle semble tranquillement faire son bout de chemin dans l’arène politique, ce qui est en soi une bonne nouvelle.

Plutôt que d’être traités en silo, comme c’est régulièrement le cas, les enjeux environnementaux pourraient alors enfin être abordés de manière plus transversale.

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