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Épidémie cachée? Les dangers à long terme des commotions cérébrales chez l'enfant

À 15 ans, Jérémie est un joueur de soccer enthousiaste qui n’aime rien de plus que de s’engager à fond dans tous les aspects du jeu. Conséquemment, il se blesse comme cela arrive à tout jeune de son âge.

Au cours d’un examen médical de routine, Jérémie s’est plaint de souffrir de maux de tête, de difficultés à dormir et de sentir une certaine confusion en classe. Le médecin croit que l'adolescent est stressé. Il recommande de l’ibuprofène et une bonne nuit de sommeil. La question de la commotion cérébrale n’est pas évoquée.

Même si cette anecdote est fictive, il y a de nombreux exemples comme celui-ci dans la vraie vie. Une lésion cérébrale traumatique légère, ou commotion cérébrale, est une affection plus courante qu’on le croit – causant des étourdissements, de la confusion, des maux de tête, des nausées et parfois la perte de conscience.

Des éléments extrêmement probants indiquent que dans une classe moyenne de 30 élèves, au moins cinq d’entre eux subiront une lésion cérébrale avant l’âge de 15 ans. Les symptômes d’une lésion bénigne s’estompent habituellement après quelques jours ou semaines. Mais dans environ 10% de ces cas, on estime que les lésions bénignes mèneront à des troubles à long terme – causant des problèmes de mémoire, de concentration, de comportement, d'humeur et de personnalité.

Des conséquences négatives persistantes

Les chercheurs appuient leurs estimations de la prévalence des lésions cérébrales sur une forte corrélation entre la commotion cérébrale et des conséquences négatives persistantes.

Par exemple une étude a démontré que les enfants blessés au cours de leurs années préscolaires étaient beaucoup plus enclins à faire preuve de comportement antisocial et/ou de troubles psychiatriques durant leur adolescence. Ces problèmes ont persisté à l’âge adulte avec la preuve d’abus d’alcool et de drogues à l'âge de 25 ans.

Une lésion cérébrale étant une incapacité dissimulée – on ne peut pas souvent dire qu’il y a eu lésion – nous n’en savons pas beaucoup là-dessus. En fait, les symptômes que plusieurs enfants ressentent après une lésion cérébrale peuvent être attribués à autre chose. Par exemple, un enfant qui a de la difficulté à se concentrer et à remettre ses devoirs à temps peut sembler souffrir de problèmes d’attention et être diagnostiqué à tort d’un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH).

La recherche a démontré que les erreurs de diagnostic des lésions cérébrales sont un problème réel. Sans diagnostic exact, on peut confondre une lésion cérébrale avec une autre affection, entraînant la prestation de services de soutien inappropriés. Un enfant qui a subi une lésion cérébrale sera vraisemblablement sujet à des troubles complexes. Ils demanderont une surveillance fréquente et la prestation de services adaptés à mesure que son cerveau se développe.

Par ailleurs, plusieurs enfants s’en sortent relativement bien après une lésion… jusqu’à ce qu’augmentent les demandes et les attentes de l’école en matière d’indépendance. C'est le moment où surgissent les difficultés. Les parents peuvent alors avoir oublié la lésion subie durant l’enfance. Ou simplement ils omettent de faire le lien entre la lésion et les problèmes d’apprentissage et de comportement de leur enfant qui a vieilli.

Autrement dit, l’effet ne suit pas toujours immédiatement la cause dans les cas de lésion cérébrale.

Le manque de reconnaissance des lésions cérébrales signifie que les familles, les prestataires de soins de santé, les éducateurs et les membres du système de justice criminelle entretiennent plusieurs conceptions erronées sur ce qu’est ou n’est pas une lésion cérébrale. Même si la majorité des enfants qui en ont subi une vont connaître une vie heureuse et bien remplie, les lésions cérébrales peuvent rendre la vie de certains plus difficile.

Les voies à suivre

Nous devons être conscients que le soutien et une plus grande attention sont nécessaires pour aider ces enfants à réaliser leur plein potentiel. Toutefois, les personnes qui sont le mieux placées pour aider – les éducateurs et les enseignants– ne reçoivent aucune formation pour aider un enfant ayant subi une lésion cérébrale. Ils sont mal préparés pour comprendre et répondre aux besoins de ces enfants. Plusieurs d'entre eux n’ont pas les services requis à l’école et se désintéressent de leurs études. Ils sont à risque de quitter l’école, mal préparés pour la vie adulte.

Les médecins omettent souvent de poser des questions sur les traumatismes crâniens. Rocketclips, Inc./Shutterstock

Nous savons que les enfants qui restent à l’école ont de meilleurs emplois et revenus que ceux qui décrochent tôt. Ceux qui quittent l’école prématurément peuvent aussi avoir des démêlés avec la justice. Fait intéressant: la recherche indique des taux élevés de lésion cérébrale autodéclarée parmi les jeunes contrevenants (87 pour cent) et la population carcérale en général (6 pour cent).

Mais il est parfaitement possible d’avoir accès aux services de soutien appropriés. Revenons à Jérémie. Si ses symptômes ne s’améliorent pas, il pourrait aller voir son entraîneur de soccer. A-t-il reçu un coup à la tête lors d'un match? Les symptômes ont-ils débuté après une collision avec le poteau des buts quelques mois plus tôt ? Tant Jérémie que son coach ignoraient qu’une commotion cérébrale pouvait se produire sans perte de conscience. Après une visite de suivi chez le médecin, on pourrait alors déterminer que Jérémie a en effet bel et bien subi une commotion cérébrale.

Dans ce cas-là, le médecin devrait recommander de surseoir à la session de soccer du printemps et de prendre des arrangements avec l’école afin d’éviter que Jérémie prenne du retard. Cette information devrait être communiquée à son conseiller pédagogique.

De manière globale, l’information sur les commotion cérébrales devrait circuler auprès du personnel de l’école. Elle devrait comprendre des ressources sur Internet sur les moyens d’aider les élèves qui en ont subi une à compléter avec succès leur année scolaire et ultimement, leurs études.

This article was originally published in English