Étude de cas : le streaming peut-il rapporter aux artistes ?

Publicité pour la musicienne Taylor Swift, réfractaire aux plateformes de streaming sur les camions UPS en Californie en septembre 2017. Torbakhopper/Flickr, CC BY-ND

La citation du compositeur et chef d’orchestre américain Leonard Bernstein, « On ne vend pas la musique, on la partage », est plus que jamais adéquate à l’heure du streaming.

Le partage des fichiers commence avec l’arrivée de NAPSTER en 1999, plateforme d’échange de fichiers audio peer to peer, qui sera suivi d’autres plateformes du même type. C’est le début du téléchargement illégal.

Vingt ans de révolution sur le marché de la musique

Depuis bientôt 20 ans, l’industrie musicale, suite à la crise de la vente de CD, connaît de perpétuelles mutations. Le partage de musique libre et illimité a relancé cette industrie.

En 2006, c’est une nouvelle ère qui commence avec le streaming, par la création de You tube, Spotify ou Deezer. Cette nouvelle forme de consommation représente une alternative au problème du téléchargement et faire face à la loi Hadopi qui sanctionnait le téléchargement illégal.

L’arrivée du streaming a permis l’accès à un choix divers et gratuit en échange de visionnage de courtes publicités. Désormais, Spotify et autres plateformes proposent un abonnement aux consommateurs en échange d’un accès illimité sans stockage de la musique. Sans avoir la propriété de la musique, le consommateur à la possibilité de créer des playlists.

Le développement des accès Internet à haut débit va favoriser cette pratique. Cette écoute est utilisée par les disquaires et autres magasins spécialisés dans la vente de musique. Nombreuses sont les plateformes qui proposent un service d’écoute large et illimité : cela devient une forme de location. Avant il fallait débourser entre 10 et 15 euros par album, aujourd’hui pour 10 euros par mois en moyenne il est possible d’avoir accès une musique internationale.

En 2014, 40 % des revenus de la musique était généré par le téléchargement alors qu’en 2017, ce n’est plus que 12,3 % contre 85,2 % pour le streaming.

C’est un paradoxe : après avoir longtemps contribué à sa chute (par sa gratuité et par le téléchargement illégal), le streaming est en train de réanimer le marché !

Mais qu’en est-il des revenus versés aux artistes ?

Les plateformes de streaming ne vont pas autant rémunérer les artistes qu’auparavant avec leurs ventes de disques.

La forte diminution des revenus tirés du streaming et le manque de transparence des contrats entre les plateformes et les maisons de disques ont souvent été critiquées par les syndicats d’artistes. Les artistes n’ont souvent pas accès aux revenus versés par les plateformes aux labels et n’ont conscience que des royalties négociées entre eux et leur maison.

Napster, plateforme la plus généreuse, rémunère les artistes 0,016$ par écoute tandis que pour YouTube, ce n’est seulement que 0,0006$. Pour gagner 100 euros, un artiste doit soit passer 14 fois à la radio, soit vendre 100 albums, soit être écouté 250 000 fois sur un site de streaming payant… et en moyenne un million de fois sur un site de streaming gratuit !

En moyenne, ces plateformes proposent un abonnement à 9,99 euros par mois. La répartition de ce revenu représente : 1,99 euros pour les taxes dues à l’état, 1 euro pour les droits d’auteurs, 6,54 euros pour les intermédiaires (70 % pour les producteurs et 30 % pour les plateformes de streaming) et enfin seulement 0,46 euros pour les artistes. Le travail autour de sa création va générer un revenu 22 fois supérieur à ce qu’il va rapporter à l’artiste.

Ces services comptent 1 273 millions d’utilisateurs mais seulement 93 millions ont souscrit un service payant. Même si le streaming donne une bonne alternative à l’écoute de la musique, elle ne représente plus un revenu suffisant pour les artistes, et ne sera donc profitable qu’aux artistes de renoms.

Au niveau des artistes, les avis divergent, Taylor Swift a décidé de retirer toutes ses musiques de la plateforme Spotify, en déclarant :

« Je ne pense pas que la musique doit être gratuite, et j’espère que les artistes et leur label décideront un jour du prix de leurs musiques. J’espère qu’ils ne se sous-estiment pas eux-mêmes, ainsi que leur art. »

Elle a par la suite renégocié un contrat avec plusieurs plateformes pour remettre en ligne ses musiques et avoir des revenus générés par le streaming supérieur à ceux proposés à la base. Ce n’est en revanche possible que pour des artistes du niveau de Taylor Swift.

Ed Sheeran. NRK P3/VisualHunt, CC BY-NC-SA

Tandis qu’Ed Sheeran a une vision différente sur le sujet :

« Ma musique a été écoutée plus de 860 millions de fois, ce qui signifie qu’elle plaît aux gens […] Je joue à guichets fermés en Amérique du Sud, en Corée et en Asie du Sud-Est. Je ne pense pas que je serais capable de faire ça sans Spotify. »

Avant l’arrivée de ces plateformes de streaming, les artistes émergents devaient s’adapter aux exigences des labels qui leur demandaient à tout prix un tube dans l’album, qui allait devenir un « hit ». Car ce n’était qu’une fois que la chanson rencontré un succès à la radio que des fonds étaient levé pour la communication de l’album et le tournage de clips vidéo.

Le développement de ces plateformes qui entraîne un accès facile au plus grand nombre de personnes va permettre la découverte et l’écoute d’un grand nombre d’artistes peu connus. Grâce à ces sites de partage, de jeunes artistes indépendants souhaitant se faire un nom dans monde de la musique vont pouvoir mettre en ligne leur production sans avoir une maison de disque au préalable et donc par la suite se faire connaître. Le manque de moyen de certains artistes était le principal frein à ceux qui souhaitent être connus, et par la suite pouvoir signer dans une maison de disque.

Reste qu’en 2018, et plus que jamais, les représentations sur scène des artistes émergents, comme pour les artistes reconnus sont leur principale – et parfois unique – source de revenus.

Revenus des artistes musicaux en 2015. Billboard/BFM Business

Cet article a été co-écrit avec Hubert Basyn, Ali Lefriyekh et Hugo Maurin.

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