Femmes en sciences: il faut un effort mondial, dit une chercheure

Les femmes ne forment que le tiers des scientifiques dans le monde. Malgré les avancées des dernières années, elles demeurent moins enclines que les hommes à opter pour une telle carrière. Shutterstock

Femmes en sciences: il faut un effort mondial, dit une chercheure

Marie Curie, Rita Levi-Montalcini, Brenda Milner, Martha Salcudean, Julie Payette, Halle Tanner Dillon Johnson…

Ces noms vous disent quelque chose ?

Ce sont des femmes dont le travail de pionnières a joué un rôle de premier plan dans la lutte contre le cancer, les découvertes marquantes concernant la manière dont vivent et meurent les cellules cérébrales et le dévoilement des secrets de la mémoire humaine. Elles sont des leaders de l’innovation en génie mécanique et en exploration spatiale. Elles ont été parmi les premières femmes dans leurs classes en médecine à aller offrir des soins de santé aux pauvres, défavorisés et déshérités.

L’astrophysicienne Jocelyn Bell Burnell, qui a découvert les pulsars, donne une conférence TED sur la place des femmes dans les sciences.

Ces femmes courageuses ont brisé les normes. Quelques-unes ont survécu aux guerres, aux agressions, d'autres ont subi du sexisme ou de la discrimination raciale. Elles ont travaillé indépendamment des hommes, en association avec eux et parfois, en rivalité. Elles ont laissé un héritage de grandeur et d’autres femmes comme elles continuent leur travail aujourd’hui.

En plus de ma recherche en neuroéthique, je me suis engagée activement à la promotion du rôle des femmes dans les sciences tout au long de ma carrière, notamment à titre de membre élue de l’International Women’s Forum, un organisme mondial qui comprend plus de 7000 femmes dirigeantes et chefs d’État.

Encore minoritaires en sciences

Des femmes autour du monde ont tenté de suivre leurs exemples. De plusieurs façons, elles y sont arrivées. Elles représentent désormais la majorité des jeunes diplômés universitaires. Mais elles sont encore sous-représentées à maints égards en sciences, technologie, génie, mathématiques (STGM) et en informatique. Malgré les avancées des dernières années, des rapports indiquent encore que les femmes demeurent moins enclines que les hommes à opter pour une carrière en sciences et technologie.

Les moyennes régionales à travers le monde démontrent que les femmes comptent pour moins du tiers des personnes employées dans la recherche et le développement scientifique dans le monde en 2014. Chez les Canadiens âgés de 25 à 34 ans titulaires d’un baccalauréat, les hommes sont presque deux fois plus nombreux que les femmes à travailler dans les sciences et technologie en 2016.

La proportion des diplômées en sciences et génie est encore plus faible chez les femmes noires : en 2014–2015, ces dernières ont obtenu de trois à cinq pour cent des baccalauréats dans ces domaines. Mondialement, les femmes représentaient quelque 12 pour cent des membres des conseils d’administration dans le secteur des technologies de l’information en 2015.

Isolement, interactions difficiles, absence de modèles…

Marchés du travail, conciliation travail-famille, intérêt, classe sociale et capital culturel sont tous des facteurs qui peuvent influer sur le choix de carrière et, par conséquent, sur l’avancement et la satisfaction professionnelle. On dit parfois que la motivation joue un rôle quand les femmes refusent de choisir un domaine, mais cette assertion est fortement contestée.

Ce qui est plus vraisemblable c’est qu’en 2015, par exemple, les femmes qui détenaient un baccalauréat en sciences et technologie gagnaient seulement 82 pour cent de ce que gagnaient leurs collègues masculins.

En plus de ces phénomènes, il y a le syndrome du tuyau percé : les femmes décident d’abandonner leur cheminement professionnel en raison d’un sentiment d'isolement, d'une rétroaction inefficace, d'interactions difficiles et d'absence de modèles, de mentors ou de commanditaires. Mais soyons clairs : les modèles et les mentors pour les femmes ne doivent pas être uniquement des femmes. Dans ma propre vie, quelques-uns des meilleurs étaient des hommes.

Par contre les nouvelles ne sont pas toutes mauvaises. En 2016, les femmes représentaient environ 40 pour cent des scientistes et ingénieurs dans l’UE-28, une hausse de plus de 20 pour cent depuis 2007. En Asie centrale, en Amérique latine et aux Caraïbes, en Europe centrale et de l’Est et dans certaines états arabes, les femmes constituent plus du tiers des effectifs en innovation.

L’équité, la diversité et l’inclusion touchant les femmes sont des sujets qui intéressent particulièrement le monde des affaires et le milieu universitaire. Ils recherchent de plus en plus l’équilibre et la justice au sein de leurs effectifs et systèmes d’éducation, ainsi que les médias qui les couvrent. Le programme Athena honore et récompense les institutions pour leur leadership dans la promotion des femmes.

Le Canada a récemment lancé sa propre version du programme Athena SWAN (Scientific Women’s Academic Network). Les chaires de recherche du Canada ont pris des mesures importantes pour rétablir l’équilibre entre les sexes.

Collaboration dans l’avenir

Une collaboration mondiale entre les femmes dirigeantes vise à supprimer l’inégalité entre les sexes. Author provided

Il faut un effort mondial. Grâce à une initiative visionnaire et audacieuse, des femmes dirigeantes de différents pays se rassemblent pour identifier les priorités et les possibilités de collaboration internationale. La conférence « Women in Science, Health and Innovation: Leadership Looking To The Future » s'est tenu le 7 mars, à Vancouver.

Lors de cet événement qui est lié à la Journée internationale de la femme — et annonce la conférence de 2019 Women Deliver, à Vancouver, sur l’égalité entre les sexes — des chercheurs et conférenciers du Canada, de France, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, de Suisse, d’Allemagne et des États-Unis ont abordé ces questions importantes :

  1.     Quels ont été les plus grands changements pour les femmes à travers le temps en Amérique du Nord et en Europe en matière de santé, sciences et innovation?
    
  2.     Quels ont été certains obstacles historiques empêchant les femmes à s’engager dans le génie et les sciences physiques?
    
  3.     Qu’est-ce qu’il y a à l’ordre du jour pour les années à venir en innovation et recherche médicale et sur les sexes?
    
  4.     Comment les femmes par le passé ont tracé la voie pour les femmes scientifiques et pour les entrepreneuses de l’avenir?
    

Nous devrons voir quelle sera la nature de ces collaborations et où les échanges nous mèneront. Mais il y a beaucoup à espérer lorsque l'on voit des silos régionaux forts et déterminés se développer, et que cela mène à des actions mondiales véritables.

This article was originally published in English