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A bumblebee sips nectar from a clover. Victoria MacPhail, Author provided

Il faut sauver les abeilles! On ne peut pas se permettre de perdre nos pollinisateurs naturels

Un signe typique du printemps est d'apercevoir une abeille affairée qui bourdonne d'une fleur à l'autre. Mais la présence printanière de ces pollinisateurs est de plus en plus incertaine.

Notre équipe de recherche évalue la situation des pollinisateurs sauvages, les menaces auxquelles ils font face et le travail de conservation de ces espèces en voie de disparition avant qu'il ne soit trop tard.

Ce que nous avons appris sur le déclin des abeilles est surprenant.

La diversité des abeilles au Canada

Le déclin des pollinisateurs est devenu l'une des questions environnementales dont on parle le plus. Mais alors que les médias, les politiciens et le discours public se sont concentrés sur les pesticides néonicotinoïdes et la perte des abeilles européennes, le déclin de l'espèce est beaucoup plus complexe que cela.

Au Canada, nous avons plus de 850 espèces d'abeilles indigènes. La grande majorité d'entre elles n'ont pas fait l'objet d'une évaluation permettant de bien comprendre leur mode de vie dans la nature. Aucune de nos abeilles indigènes ne fait du miel. La plupart sont solitaires (c'est-à-dire qu'elles ne vivent pas dans des ruches), vivent sous terre et beaucoup ne peuvent pas piquer.

Elles revêtent une gamme de couleurs incluant le bleu, l'argent métallique et le vert. Chacune de nos espèces d'abeilles indigènes a ses propres besoins de nidification et d'alimentation. Certaines vivent dans les prairies, d'autres dans les forêts. Plusieurs se sont bien adaptées à nos environnements urbains. Et chacune réagit différemment aux différentes menaces.

Toutes les abeilles ne sont pas égales

Bien que les abeilles domestiques aient leurs propres problèmes (y compris l'exposition aux néonicotinoïdes dans les territoires agricoles), elles ont été importées en Amérique du Nord dans le but de produire du miel et de polliniser de grandes fermes. Certaines personnes élèvent des abeilles comme passe-temps. Ces dernières ne sont pas menacées d'extinction et peuvent même avoir un impact négatif sur les populations d'abeilles sauvages et sur la végétation.

L'idée de promouvoir les abeilles domestiques pour conserver celles qui sont en déclin peut être comparée au fait de jeter des millions de carpes asiatiques (une espèce envahissante) dans le lac Ontario pour sauver les poissons indigènes. Il s'agit d'une proposition ridicule pour les défenseurs de la conservation. Nous devons plutôt déterminer quelles espèces d'abeilles sauvages sont en déclin et quelles menaces leur nuisent, puis concevoir des plans de conservation fondés sur des preuves pour les empêcher de disparaître.

Récemment, le Bumblebee Specialist Group de l'Union internationale pour la conservation de la nature a évalué la situation des bourdons d'Amérique du Nord (le groupe d'abeilles indigènes le mieux étudié). Le groupe a découvert qu'un bourdon indigène sur quatre est à risque.

Un bourdon à tache rousse collecté au Wisconsin dans les années 1960, alors qu'il était répandu. USGS

Certaines espèces, comme le bourdon à tache rousse, une espèce en danger d'extinction, ont connu un déclin spectaculaire en quelques décennies. De plus en plus de preuves suggèrent que la perte d'habitat, les changements climatiques et la propagation des maladies des abeilles domestiques sont les principales menaces qui pèsent sur les bourdons. Récemment, notre laboratoire a découvert que le bourdon américain a diminué de plus de 85 pour cent au cours des dernières décennies dans l'ensemble de son territoire, soit au sud de l'Ontario et du Québec. Si nous voulons conserver cette espèce et d'autres, nous devons agir rapidement.

La biodiversité au service de la résilience et de la durabilité

Le maintien des populations d'abeilles sauvages devrait être important pour chacun d'entre nous, pas seulement pour les amoureux de la nature. De nombreuses études confirment que le maintien de la biodiversité de nos pollinisateurs préserve la résilience des cultures agricoles et de nos écosystèmes naturels. Lorsque des parasites comme les acariens Varroa frappent les abeilles mellifères domestiques, les abeilles sauvages fournissent une assurance, pollinisant des cultures qui, autrement, ne pourraient pas produire de nourriture.

Les abeilles sauvages pollinisent nos cultures en milieu rural, nos potagers résidentiels et même nos jardins sur les toits. Ces services de pollinisation gratuits se traduisent directement par des avantages économiques pour les humains et contribuent à la sécurité alimentaire locale.

Les abeilles sauvages pollinisent également les fleurs, les arbres et les arbustes, qui à leur tour nourrissent et abritent d'autres espèces sauvages indigènes. Ils facilitent la lutte contre les inondations, préviennent l'érosion des sols et aident à réguler le climat.

Les abeilles sont un bel exemple de la façon dont la biodiversité fournit gratuitement des services écosystémiques dont dépendent les humains et les autres espèces sauvages. Elles sont tenues pour acquises, mais si elles disparaissent, les conséquences seront importantes.

Récemment, les Nations Unies ont préparé un rapport détaillé synthétisant comment le déclin de la biodiversité entraîne la perte d'écosystèmes à l'échelle mondiale. Certains gouvernements, comme celui d'Ontario, estiment que la conservation est trop coûteuse ou encore, freine le développement. Il s'agit d'une vision à court terme qui ne tient pas compte des coûts réels de la perte de biodiversité.

Nous avons besoin d'un changement transformationnel dans la façon dont nous gérons nos terres privées et publiques et dont nous valorisons nos écosystèmes naturels et notre faune. Pour mieux conserver notre biodiversité, nous devons créer des habitats petits et grands, que ce soit dans nos jardins urbains ou dans de grandes aires protégées.

Nous devons financer la science fondamentale pour mieux comprendre les processus écosystémiques et les interactions entre les espèces dans un monde en évolution. Nous devons exiger des politiques saines fondées sur des données probantes et appliquer le principe de précaution là où il y a des lacunes dans les connaissances.

Nous devons inclure les systèmes de connaissances autochtones et tenir compte des générations futures dans la prise de décisions. Nous avons besoin d'adultes et d'enfants pour observer la nature et apprendre les noms des espèces locales. Les projets scientifiques citoyens tels que BumbleBeeWatch sont d'excellents moyens d'apprendre tout en aidant les scientifiques à recueillir des informations.

Les solutions pour « sauver les abeilles » et les autres espèces sauvages indigènes sont complexes et multiples.

Au printemps, prenez un moment pour remarquer ce bourdon qui sirote le nectar d'une fleur. Il s'agit d'une interaction simple, mais non sans conséquence.

Elle nous offre l'occasion de considérer les liens complexes entre les plantes, les humains, la faune et la flore qui rendent possible notre mode de vie. C'est à nous de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que ces liens demeurent solides, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les générations futures.

This article was originally published in English

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