La carrière de Tony Parker sera-t-elle aussi brillante dans les affaires que dans le basket ?

Tony Parker (au centre) n'a pas attendu la fin de sa retraite sportive pour investir dans le club de l'ASVEL. Romain Biard / Shutterstock

Le sport de haut niveau a connu des évolutions majeures au cours des 20 dernières années. La compétitivité entre athlètes est de plus en plus dense, avec des écarts de rémunérations de la compétence sportive de plus en plus significatifs, en fonction des types de sports et des pays concernés. Un autre phénomène plus récent concerne la capacité à la performance durable ou, autrement dit, à la longévité des athlètes au très haut niveau.

Les exemples de Roger Federer pour le tennis, de Kelly Slater pour le surf, de Tom Brady pour le football américain ou encore de Tim Duncan et Michael Jordan pour le basket-ball américain démontrent que de plus en plus d’athlètes arrivent à maintenir leur compétitivité sportive sur plusieurs générations. Ces évolutions marquent aussi l’avènement du développement professionnel de la gestion de carrière individuelle tant sur le plan de la préparation physique et mentale que sur l’axe business du management des marques personnelles des athlètes.

Tony Parker, une reconversion déjà bien amorcée

Dans cette perspective, les reconversions d’athlètes ont également connu de profondes évolutions. Si les reconversions traditionnelles dans les métiers d’entraîneurs ou de consultants médias continuent de se développer, d’autres métiers liés directement ou indirectement à la carrière sportive font leur apparition. Les reconversions à succès ont souvent un point commun : la capacité à se nourrir des expériences sportives et extrasportives pendant leur carrière pour construire des compétences distinctives dans le cadre de leur seconde vie professionnelle.

En juin dernier, Tony Parker, l’un des sportifs français les plus reconnus des années 2000 - 2010 en tant que joueur de basket-ball, a pris sa retraite sportive.

Le meneur de jeu avait déjà commencé sa reconversion pendant ces dernières années d’athlète de haut niveau. La particularité de Parker est son hyperactivité en tant qu’entrepreneur ou investisseur dans de nombreux projets :

Tony Parker, président de club à succès. Romain Biard/Shutterstock
  • Via sa structure Infinity Nine Promotion, il investit dans l’immobilier et a récemment racheté la SEVLEC, société d’équipement de la station de sport d’hiver de Villard-de-Lans et de Corrençon-en-Vercors, en Isère.

  • Il s’est également associé au groupe IDEC pour lancer « 9PRPOM », une société immobilière spécialisée dans la construction de complexes sportifs.

Outre ces investissements et désirs de constructions d’actifs, il ne faut pas oublier que Tony Parker commercialise son image depuis plusieurs années pour de nombreux annonceurs (Nike puis Peak, Kinder Bueno, Tourpargel, Vitaminwater, SFR, Quick, Renault, Puressentiel, April, Beats by Dr. Dre, Tissot, Betclic, NBA Live et NBA2K). Il a aussi organisé ses propres camps de basket-ball à Fecamp et Villeurbanne, il a lancé sa marque de vêtement Wap Two, sorti un album de musique à son nom en 2007, animé une émission radio, produit plusieurs films indépendants, a donné son nom à une série télévisée d’animation pour M6, investi avec ses frères dans un nightclub à San Antonio. Parker est également investi dans de nombreuses actions caritatives et s’est engagé pour la promotion du sport pour les enfants et la jeunesse.

L’inoubliable spot publicitaire Kinder bueno avec Tony Parker (vidéo PubTVgratuites, 2009).

La singularité du parcours sportif de Tony Parker en fait un athlète pionnier dans son sport qui lui a permis de générer des revenus à l’origine de ses multiples investissements durant et après sa carrière. Pour autant, le parallèle entre sa gestion de carrière et celle de ses activités entrepreneuriales renvoie à la capacité d’un athlète à se construire sa propre histoire en provoquant ou facilitant certaines opportunités.

Les secrets de la chance

Philippe Gabilliet, professeur de psychologie et de management à ESCP Europe, a formalisé ce type de compétences. Il évoque la faculté à « manager sa propre chance » suivant quatre attitudes que nous appliquerons dans le cadre de la reconversion de Tony Parker.

« Les 4 secrets de la chance », interview de Philippe Gabilliet (vidéo David Laroche FR, 2012).

1. Le recyclage positif : « savoir recycler les revers et les coups du sort en autant d’ouvertures nouvelles ».

Le TP joueur a su faire preuve de résilience dans sa carrière. On peut par exemple citer sa capacité de rebond en 2013 lorsque, après la défaite la plus marquante de sa carrière en finale NBA face au Miami Heat (alors que son équipe était quasi-championne, revoir à ce sujet le fameux shoot à trois points de Ray Allen), il emmena l’équipe de France, au sein de laquelle il cumule aujourd’hui 181 sélections, au titre de champion d’Europe quelques semaines plus tard.

Le TP entrepreneur a déjà connu des échecs dans ses projets professionnels, comme ses expériences dans la musique ou son nightclub, ou encore le projet de salle multifonctions sur Villeurbanne qui n’ont pas pu aboutir ou perdurer. Autant de « revers à recycler ».

2. L’intention préalable ou anticipation :« un hasard ne peut se transformer en coup de chance que si nous sommes préparés mentalement à son arrivée et que nous avons déjà réfléchi à l’orientation que nous pourrions lui donner ».

TP joueur : Lorsqu’il a débuté en NBA, Boston avait manifesté son intérêt pour le jeune joueur. Il sera finalement retenu par San Antonio et son coach emblématique Gregg Popovich à la 28e place de la Draft 2001 qui lui a aussitôt donné du temps de jeu. Le futur quadruple champion NBA a ainsi pu rapidement faire ses preuves en tant que meneur de jeu puis membre de l’un des trios les plus prolifiques de l’histoire du basket américain aux côtés de Manu Ginobili et Tim Duncan.

TP entrepreneur : en juin 2019, l’Olympique Lyonnais, via son président Jean‑Michel Aulas, se sont rapprochés de Parker et de l’ASVEL pour devenir actionnaire du club et collaborer sur le plan sportif. Ce développement intègre le projet de la future Arena multifonction dans le cadre des matchs européens. Le président de l’ASVEL a en effet permis à ces opportunités d’arriver en portant son club jusqu’à un accès pour deux ans au sein de la prestigieuse Euroleague.

Tony Parker et Jean‑Michel Aulas assistent à un match de l’ASVEL en juin 2019. Romain Biard/Shutterstock

3. La disponibilité intérieure : « la curiosité, l’ouverture d’esprit, la capacité d’être attentif à ce qui nous entoure, permettent de faire apparaître des opportunités là où on ne les attendait pas ».

Gregg Popovich et Tony Parker, en 2010. Tiago Hammil/Flickr, CC BY

Le TP joueur a toujours été à la fois admiratif et très attentif à la gestion de carrière de ses idoles de jeunesse. Tout d’abord en suivant son père, lui aussi ancien joueur de basket-ball professionnel, puis en regardant Michael Jordan à la télé aux Jeux Olympiques 1992 de Barcelone. Sa passion pour le basket l’a rendu fin observateur et connaisseur des bonnes pratiques en termes de management. Son club et son coach Gregg Popovich en sont l’illustration parfaite en étant l’une des franchises les plus titrées de l’histoire des ligues américaines (avec les New England Patriots en NFL).

Étant au début de sa reconversion dans l’entrepreneuriat et le sport business, le TP entrepreneur réalise à ce jour des investissements « tous azimuts ». Il sera intéressant de voir si sa disponibilité intérieure en tant qu’athlète et son vécu aux côtés de managers bâtisseurs d’actifs durables aux Spurs (et désormais via sa collaboration avec l’OL et Jean‑Michel Aulas) lui permettront de s’inspirer de ce type de parcours managérial.

4. La connexion : « entretenir son « réseau de chance », c’est assurer de multiplier les rencontres, les demandes inattendues, de créer un espace où pourront fleurir les occasions favorables ».

Le père et la famille de TP joueur comme de TP entrepreneur, ainsi que ses proches, dont certains ont vécu le premier grand titre de sa carrière au Championnat d’Europe juniors en 2000, son ancien coéquipier Nicolas Batum, ses entraineurs et dirigeants constituent toujours son premier cercle de relations.

Son intégration au sein de Paris 2024 en tant qu’ambassadeur éducation, tout comme ses actuelles rencontres politiques et économiques développent quantitativement ses connexions. Sa capacité à maintenir un réseau de chance qualitatif dans une optique de construction d’actifs durables sera donc un autre enjeu essentiel du succès de la carrière du dirigeant-manager Parker.