L'expérience de l'Angleterre, où la micropuce pour chien seulement est obligatoire depuis 2016, montre qu'en pratique le système n'est pas infaillible. Shutterstock

La micropuce obligatoire pour les chats et les chiens est une bonne idée… en théorie

Le micropuçage des chiens et des chats est obligatoire à Montréal et à Laval depuis le 1er janvier 2020, et dans plusieurs autres municipalités québécoises. En plus de les répertorier, il permet d’identifier nos animaux de compagnie en cas de perte ou de vol. Cependant, l’expérience de l’Angleterre, où la micropuce pour chien seulement est obligatoire depuis 2016, montre qu’en pratique le système n’est pas infaillible.

Lorsque la micropuce pour chien est devenue une obligation légale en Angleterre et au Pays de Galles, en avril 2016, les appels à étendre la portée de la Loi à d’autres animaux de compagnie ont été rejetés. Cependant, la micropuce obligatoire est aussi à nouveau à l’ordre du jour politique dans ce pays.

À partir d’octobre 2020, tous les propriétaires de chevaux, de poneys et d’ânes devront obligatoirement mettre une puce électronique sur leurs animaux et enregistrer leurs données dans une base de données centralisée.

En octobre 2019, le gouvernement britannique a lancé une consultation sur la question de savoir si tous les chats devraient être également munis d’une puce contenant les coordonnées de leur propriétaire et être ajoutés aux bases de données approuvées.

Un organisme pour la protection de chats Cats Protection a insisté sur le fait que rendre la puce électronique obligatoire pour tous les propriétaires de chats est une condition essentielle lorsque l’on est responsable d’un animal de compagnie. En théorie, c’est un excellent moyen de retrouver les chats disparus ou volés, mais qu’est-ce que cela signifie réellement pour les chats et leurs propriétaires ?

Grâce à ce système, 92 % des chiens en Angleterre et au Pays de Galles sont désormais munis de micropuces et le nombre de signalements pour des chiens errants a diminué de 15 %. Le système actuel de micropuces obligatoires s’est donc avéré bénéfique. Toutefois, il présente deux défauts majeurs : la lecture non obligatoire de la micropuce et l’absence d’une base de données unique.

Lecture non obligatoire

Bien qu’il soit obligatoire de munir les chiens de micropuces, les professionnels vétérinaires, les sauveteurs d’animaux et les autorités locales ne sont pas tenus d’utiliser un lecteur pour scanner les animaux de compagnie avec lesquels ils entrent en contact.

Ils ne sont pas non plus tenus de comparer les micropuces avec les informations contenues dans une base de données ou de contacter les propriétaires enregistrés si ces données ne correspondent pas à la personne en possession de l’animal. Par conséquent, les possibilités de retrouver les animaux disparus et volés sont régulièrement compromises.

Prenons l’exemple de Clooney, un chat siamois muni d’une puce électronique, volé en juin 2013 dans l’Est-Anglie, une région à l’est de l’Angleterre. La base de données sur laquelle il est enregistré montre que sa micropuce a été lue deux fois en mars 2018, mais le propriétaire enregistré n’a jamais été contacté et la localisation de l’animal reste à ce jour inconnue.

Sa propriétaire Toni Clarke a écrit par la suite :

Comment puis-je me réconcilier avec le fait que Clooney est dans la nature, qu’il est signalé comme étant disparu pour quiconque consulte ses coordonnées dans la base de données et que les seules personnes qui peuvent obtenir ces informations, à savoir la police, ne s’en occupent pas ?

De plus, l’augmentation des vols de chiens depuis que la puce électronique est devenue obligatoire en Angleterre suggère que les affirmations du gouvernement selon lesquelles la puce électronique obligatoire pour les chats « aidera à lutter contre le vol de chats » n’ont aucun fondement.

Selon des groupes tels que Cats Matter, le problème des chats blessés ou tués dans des accidents de la route est encore plus important.

Selon le Road Traffic Act 1988, les conducteurs qui frappent un chien doivent signaler l’incident, mais ce n’est pas le cas pour les chats. Par ailleurs, certaines municipalités se débarrassent des chats morts sans d’abord lire leur micropuce pour en extraire les données.

La loi de Fern obligerait les vétérinaires à scanner tous les nouveaux animaux de compagnie qu’ils reçoivent. 4 PM production/Shutterstock

C’est ce qui est arrivé à Gizmo, dont la propriétaire Heléna Abrahams a lancé une pétition qui demande une lecture obligatoire de la micropuce. Une autre pétition, pour la loi de Fern, rendrait obligatoire pour les vétérinaires la lecture des micropuces de tous les nouveaux animaux de compagnie qu’ils reçoivent, et la vérification de la puce et du dossier associé lors du bilan de santé annuel.

Pas de base de données unique

Sur les 10,9 millions de chats dénombrés au Royaume-Uni, 71 pour cent sont micropucés, ce qui signifie qu’environ 3,2 millions devraient l’être. Le coût moyen de la micropuce est d’environ 15 £ et les gestionnaires des bases de données facturent des frais supplémentaires pour la mise à jour des informations.

Il existe actuellement 13 bases de données de micropuces sur la liste du gouvernement. En tant qu’entreprises privées, elles appliquent des processus différents et n’ont aucun intérêt à créer un registre central standardisé.

Pour compliquer encore les choses, les bases de données à micropuces qui ne répondent pas aux normes gouvernementales continuent d’être en fonction et sont souvent très bien classées sur les moteurs de recherche. Si un propriétaire s’inscrit dans une base de données non répertoriée, non seulement il risque une amende de 500 £, mais la micropuce de son animal sera considérée comme non enregistrée lorsqu’elle sera lue.

Bien que la British Veterinary Association (BVA) ne soit pas favorable à la numérisation obligatoire, elle pense que le système de bases de données doit être modifié. Selon la présidente de la BVA, Daniella dos Santos, le système de micropuces dans son ensemble n’est pas adapté à la situation :

Il y a tellement de trous et de lacunes. N’importe qui peut créer une autre base de données et il n’y a pas assez de règlements. C’est très compliqué et c’est un système qui ne fonctionne pas.

L’utilisation obligatoire de la micropuce peut certainement améliorer l’identification et le retour des animaux de compagnie disparus ou volés à leur propriétaire, mais le système ne sera efficace qu’à condition d’être modifié. La lecture non obligatoire des micropuces et la concurrence entre les bases de données commerciales ne servent pas la cause des animaux de compagnie et des propriétaires qui souhaitent être responsables.

Dans cette optique, la mise en place de la puce obligatoire pour les chats est une excellente occasion pour le gouvernement d’œuvrer en faveur d’une lecture obligatoire par les professionnels et les organismes de protection des animaux, et d’un registre unique accessible pour les chats et les chiens.

This article was originally published in English

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