La musique ne doit pas céder à la menace

Un homme joue «Imagine» de John Lennon, à proximité du Bataclan, au lendemain de l'attaque. Kenzo Tribouillard/AFP

Les atrocités vécues à Paris dans différents lieux de la capitale, vendredi 13 novembre, laissent un pays choqué par les attaques revendiquées sans surprise par le groupe État islamique. Les meurtres de plus d’une centaine de victimes ont été principalement commis dans des arrondissements de la capitale souvent fréquentés pour leurs activités nocturnes – qu’elles soient plutôt calmes ou festives.

Pour les désigner, le terme de « rues blanches » commence d’ailleurs à émerger. Loin de toutes perspectives racistes, il définit ces rues où les terrasses de café, les restaurants se remplissent majoritairement de français ou de touristes curieux et désireux de découvrir la vie de l’hexagone, de discuter comme sur une page blanche, d’échanger des pensées libres, toujours à la découverte d’idées progressistes. Les valeurs énoncées de « liberté, égalité et fraternité » s’y égrènent çà et là selon les conversations, les niveaux intellectuels, les mélanges de cultures et les lieux d’ouvertures culturelles et de divertissements.

Le Bataclan, célèbre salle de spectacle, se trouve justement dans une de ces rues blanches ; mais en ce soir du vendredi 13 novembre, ses clients, amateurs de musique ont vécu « un acte de guerre », comme le précise le Président de la République française lors de son allocution télévisée du lendemain matin. Ceux-là mêmes qui venaient assister au concert du groupe californien Eagles of Death Metal ont été parfois massacrés sous les balles froides et déterminées de jeunes extrémistes. Les survivants, toujours choqués, pleurent les corps sans vie de leurs proches plusieurs heures encore après le drame, comme l’ensemble de la population française qui, dans un sentiment d’impuissance, tente de rester forte, unie et de garder la tête froide pour ne pas céder à la menace.

L’affiche du concert de Eagles of Death Metal. DR

Au-delà de ces victimes, ce massacre touche l’humanité et à travers elle, la culture. La violence des attaques-fusillades simultanées par des jeunes hommes aux visages non masqués prouve qu’ils voulaient défier une capitale de renommée culturelle internationale et se sentaient investis d’une mission. Pour certains d’entre eux, il est possible que le fait de tuer les clients du Bataclan soit aussi un acte d’adoration binaire où tout est bon ou mauvais.

Ainsi la musique est, pour certains musulmans intégristes, « haram », autrement dite interdite. Il serait illicite, pour eux, d’écouter et/ou d’assister à des concerts. C’est ce que montre une vidéo de l’imam de la mosquée sunna de Brest, Rachid Houdeyfa, qui devant une vingtaine d’enfants, insiste sur le fait que la musique est pour le diable « chaïtan » et les menace d’ « être engloutis par la terre » ou « changés en porc ou en singe » s’ils pratiquent ou écoutent de la musique.

L’amour du spectacle et de la musique

Quid des cours de musique obligatoires et des sorties musicales proposées par les écoles françaises et des relations à venir avec les enfants recevant un double discours ? Quid de la pratique des instruments de musique, des traditions et des savoir-faire musicaux, tant dans la fabrication des instruments, dans les techniques de chant que dans la pratique instrumentale ?

Il est un fait : certains musulmans radicaux et les terroristes refusent la musique et pensent que ceux qui l’écoutent doivent recevoir un châtiment. Dans cet axe de pensée donc, pas loin d’un millier d’hommes et de femmes sont devenus otages et ont vécu l’horreur de bras armés de fusils d’assaut des terroristes pour l’amour du spectacle et de la musique.

Un tel discours ne peut qu’alerter sur la liberté d’expression artistique et inciter à rappeler que la création artistique est libre d’être et d’exister dans la paix et pour la paix. Le refus de céder à la panique et de ne pas se soumettre à la terreur peut permettre à ce jour de clamer haut et fort que la lumière de l’esprit peut être apportée par la culture. Que la musique est un art qui doit adoucir les mœurs, qu’elle est un acte de création et que de simples notes de musique deviennent, aujourd’hui, un hommage aux victimes et un symbole : celui de la liberté.